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histoire originale par Andrej Koymasky


pin LYON, MON AMOUR CHAPITRE 7
LAURÉAT ET PUIS...

Arriva enfin le dernier jour de mes études à La Catho. Mes parents avaient voulu assister à la cérémonie de remise des diplômes et je leur avais pris une chambre d'hôtel. Et pour la première fois, je voyais le père de Billel.

Après la cérémonie, il y avait un cocktail auquel tous les jeunes diplômés étions invités, avec nos parents et nos professeurs et le personnel de l'université.

Billel vint me voir avec son père. "Papa, voici Osvaldo Fiorito, mon meilleur ami, avec qui j'ai fait mes études ces dernières années. Osvaldo, je te présente mon père."

Je tendis la main au père de Billel, selon l'usage en France où la personne la moins importante doit offrir sa main au plus important. Il me donna une poignée de main rapide et ferme, en me regardant dans les yeux avec sérieux.

"Enchanté de vous connaître, monsieur Moussouni. Et c'est un honneur d'être l'ami de votre extraordinaire fils." Lui dis-je.

"Tu ne m'avais jamais dit que ce petit jeune était ton... meilleur ami." Dit-il à son fils.

"C'est vrai. Et je ne l'ai jamais invité à la maison, et je le regrette, Papa. Une erreur que je ne referai plus."

Je remarquais que le père de Billel était un peu mal à l'aise et ne savait pas quoi dire.

Alors je lui dis, en souriant : "Permettez-moi de vous présenter mes parents, monsieur Moussouni." Et je fis signe à mes parents d'approcher.

"Papa, Maman, j'ai le plaisir de vous présenter monsieur Moussouni, un journaliste, le père de mon meilleur ami. Et lui c'est Billel, dont je vous ai déjà parlé..." leur dis-je en italien. Puis j'ajoutais en Français en me tournant vers Billel et son père : "Mon père, ma mère..."

Ils se serrèrent la main. Je m'excusais auprès de monsieur Moussouni de ce que mes parents ne parlent pas français. Billel me sourit.

"Vous n'êtes pas français, monsieur... Florito?" me demanda le père de Billel, un peu étonné, en écorchant mon nom.

"Non, je suis italien, monsieur."

"Ah. J'ai entendu dire que c'était très beau, l'Italie... Mais je n'y suis jamais allé."

"Billel m'a beaucoup parlé de l'Algérie, et je pense que votre pays aussi est très beau." Lui répondis-je.

Après d'autres convenances, pour lesquelles je faisais l'interprète entre mes parents et les Moussouni, nous nous éloignâmes pour saluer d'autres gens.

Le secrétaire de la faculté, le père Goetz, vint saluer mes parents. Comme il parlait un peu italien, je n'eus pas besoin de faire l'interprète.

"Alors, monsieur et madame Fiorito, vous pouvez être fiers de votre fils, un de nos meilleurs élèves."

"Merci. Osvaldo a toujours beaucoup aimé étudier, et il aime le français." Dit mon père.

"Et quels projets avez-vous pour lui, maintenant?" demanda le père Goetz.

"Et bien... je crois qu'il va devoir passer un examen pour valider l'équivalence de son diplôme en Italie, puis qu'il essaiera de trouver un poste d'enseignant..."

"Tu ne penses pas rester en France, Osvaldo ?" me demanda le prêtre.

"Et bien... j'y ai pensé, c'est vrai, mais..." dis-je avec un coup d'œil à mes parents.

"Je viens de recevoir une offre de travail de la part du Musée des Beaux-Arts... et je pensais leur donner ton nom..."

"Je ne sais pas..."

"C'est un bon travail, et un italien serait assez apprécié..."

"Ils le paieraient bien ?" demanda mon père, à ma grande surprise.

"Bien sûr. Enfin, si votre fils est intéressé, je peux donner son nom et le recommander comme il le mérite."

"Et quand devrait-il commencer ?" demanda ma mère.

"Après les vacances d'été, je pense." Dit le père Goetz.

"Alors il peut venir passer les vacances à Turin..." dit ma mère, "puis revenir ici."

"Mais ce jeune homme n'a pas encore dit s'il souhaite ce poste ou non..." dit le secrétaire en me regardant.

"Je... je n'y ai pas encore réfléchi, mais... mais je crois que ça pourrait me plaire de travailler dans un musée... et de rester ici, à Lyon." Dis-je, un peu hésitant.

"Alors voila ce qu'on va faire : je vais demander à la Maison des Etudiants de te garder ta chambre pour le moment. Tu vas passer les vacances avec tes parents et en Septembre tu reviens ici et tu rencontres le directeur du musée, un bon ami à moi. Qu'en dis-tu ?"

Mes parents approuvèrent et le père Goetz me dit qu'il m'appellerait à Turin s'il avait plus de précisions à me donner.

"Ça ne vous ennuierait pas que je reste à Lyon ?" demandais-je à mes parents.

"Non, ce n'est pas si loin de Turin..." dit ma mère.

"Et au moins tu aurais vite un bon travail. Tu sais ce qu'il est difficile d'obtenir une place de prof en Italie..." dit mon père.

"Mais toi, ça te plairait de rester ici ?" me demanda ma mère.

"Oui... maintenant je me suis habitué, je suis bien ici. J'y ai presque plus d'amis qu'à Turin maintenant..." dis-je en pensant que, de retour en famille à Turin, j'aurais eu moins de liberté pour vivre ma sexualité.

Alors, après avoir fait visiter la ville à mes parents pendant quatre jours où ils restèrent prendre du repos, je rentrais avec eux à Turin et je laissais ma Fiat 500 à Lyon, on avait décidé de rentrer en train.

On est partis trois semaines à la mer, ensemble, à Albisola, où j'ai même réussi à avoir une aventure agréable avec un garçon allemand. Puis, revenus à Turin, j'ai pu rencontrer Carlo et Filippo, toujours ensemble, et toujours heureux.

Et enfin je rentrais à Lyon. A peine arrivé, j'appelais le père Goetz pour lui dire que j'étais de nouveau en ville.

"Oh, bien, j'allais te téléphoner. Lundi 3, à dix heures du matin, le directeur du musée des Beaux-Art t'attendra dans son bureau. C'est quelqu'un de très gentil, mais un peu... vieille France. Si possible, vas-y avec une veste et une cravate, ça vaut mieux."

"Oui, d'accord. Vous avez d'autres conseils, mon père ?"

"Quelques jours avant, va visiter le musée, toutes les soixante-dix salles, achète le catalogue et fais en sorte d'arriver au rendez-vous avec un minimum de préparation..."

"Sans problème, mon père."

"Je suis sûr que tu lui feras bonne impression et qu'il t'embauchera. Et une fois le contrat en poche, tu pourras commencer à chercher un appartement et laisser ta chambre à la Maison des Etudiants."

"Je peux y rester combien de temps ?"

"Oh, ça. Mais toute l'année scolaire puisque je t'ai fait une prorogation."

"Merci pour tout, mon père."

"Nous nous occupons toujours de nos meilleurs élèves." Me dit-il courtoisement.

J'essayais d'appeler Bernard et Jacques pour leur dire que je resterais certainement travailler à Lyon, mais la bonne me répondit que toute la famille était en vacances et qu'ils ne reviendraient que le 5 septembre.

Je voulais aussi le dire à Billel, mais je n'avais pas son téléphone. Je me souvenais qu'il habitait rue Bastéro à La Mulatière et bien que ne sachant pas quel numéro, j'essayais quand même de trouver sa maison : maintenant que Billel m'avait présenté à son père, me présenter chez eux n'était pas un problème.

Alors j'ai pris mon pot de yaourt et je partais le chercher. Je me garais chemin de Fontanières et je remontais sa rue à pied jusqu'à trouver une boîte aux lettres au nom de Moussouni. Je sonnais. Une jeune fille vint ouvrir, la sœur de Billel. Je me présentais et je demandais si mon ami était là.

Elle me dit que son frère était allé à Marseille pour voir s'ils l'embaucheraient pour un journal arabo-français, "l'écho de la Méditerranée". Je lui demandais de lui dire, à son retour, que son ami était revenu à Lyon et qu'il était encore à la Maison des Etudiants. Je la saluais et je rentrais en ville. J'ai eu envie d'aller chercher Farid, mais je me suis dit qu'il valait mieux pas, et puis je craignais de tomber sur son frère Moussa.

Le trois, avec ma veste et ma cravate et sachant tout sur le musée, comme m'avait conseillé le père Goetz, je me présentais au musée des beaux-arts, au palais Saint-Pierre, 20 place des Terreaux. A dix heures pile je fus introduit dans le bureau du directeur. C'était un homme entre cinquante cinq et soixante ans, grand et sec, la rosette de chevalier de la Légion d'Honneur à la boutonnière.

Il me retint dans son bureau pendant près de deux heures, en partie pour m'interroger, en partie pour m'expliquer le travail et à la fin il appela le chef du personnel pour qu'il prépare tous les papiers pour mon contrat. Un employé m'accompagna au secrétariat. Je devais commencer à travailler dès que je leur aurais fournis tous les papiers qu'ils voulaient et signé le contrat. Ils m'obtiendraient un permis de séjour permanent. J'étais assez excité par ce bon poste, qui me paraissait très intéressant.

Je téléphonais tout de suite à Turin pour demander à mon père de faire les démarches pour obtenir les documents nécessaires. Puis j'allais à La Catho mettre le père Goetz au courant et le remercier.

Le cinq septembre, je rappelais chez le notaire et je demandais Bernard ou Jacques. C'est Jacques qui me répondit.

"Osvaldo ! Quelle bonne surprise ! Mais où es-tu ?"

"Ici, à Lyon. J'ai trouvé du travail au musée des Beaux-Arts."

"Il faut absolument qu'on se voit, avant que Bernard et moi ne partions..."

"Il a eu le poste à Paris ?"

"Oui, finalement. Le musée de l'Homme l'a embauché. Et mes parents m'ont inscrit à La Sorbonne. Un ami de papa nous cherche un appartement."

On a bavardé un peu et on s'est promis de se voir. Mais, pour diverses raisons, on n'a pas réussi à se retrouver avant leur départ, alors je suis allé leur dire au revoir à la gare.

On discutait quand est arrivé le professeur Michel Charbonneau, mon ancien prof de phonétique et phonologie, avec son fils Fabien.

Et ce fils m'a tapé dans l'œil : c'était un garçon de vingt ans, fin et grand, avec une tignasse châtain et un visage pas vraiment beau, comme Bernard ou Billel, ou encore Farid, mais très agréable, surtout ses yeux et son sourire.

Le professeur me salua amicalement et me présenta à son fils : "Osvaldo Fiorito, un de mes meilleurs élèves. En fait, le meilleur, vu qu'il est étranger. Vraiment doué pour les langues."

Fabien me tendit la main et je la serrais : une étreinte virile et agréable qui me donna un petit frisson dans tout le corps, surtout parce que je le savais homosexuel, comme moi.

Après avoir salué nos amis, le train parti, nous sommes sortis de la gare tous les trois.

"Alors, Fiorito, vous êtes encore à Lyon, je vois. On m'a dit que vous travaillez au Musée des Beaux-Arts..."

"Non, pas encore, mais très bientôt..."

"Parfait, parfait. Alors, maintenant que vous n'êtes plus mon élève, je peux vous inviter à déjeuner un jour à la maison. Ça me ferait très plaisir de ne pas perdre le contact..."

"Je vous remercie, professeur, c'est très gentil. Je viendrai avec plaisir..." dis-je et je jetais un coup d'œil à Fabien, qui sourit.

Je me demandais si, comme Jacques quelques mois plus tôt m'avait parlé du fait que Fabien était homosexuel, en paix avec ses parents qui l'acceptaient, eux aussi savaient pour moi... D'ailleurs, le fait que je sois venu dire au revoir à Jacques et Bernard pouvait aussi le leur avoir fait penser...

Le père de Fabien me demanda si j'avais un peu de temps et à ma réponse affirmative, il voulut m'offrir un café. Nous sommes allés nous asseoir dans un bar.

Bien que la conversation se tienne surtout entre le professeur et moi, de temps en temps Jacques et moi échangions un regard. Je me sentais attiré par ce garçon et j'ai eu l'impression que lui aussi s'intéressait à moi.

Je me disais que c'était peut-être ma longue abstinence, à part les quelques rencontres avec le garçon allemand à la mer, qui me donnait des illusions...

Quand on se quitta, le professeur voulut me donner son numéro de téléphone et il me fit promettre de faire signe, pour qu'il puisse m'inviter à déjeuner chez lui.

"Vous m'avez dit que pour l'instant vous êtes encore à la Maison des Etudiants, place d'Aguesseau, n'est-ce pas ? Alors je peux peut-être vous appeler là. Ou alors au musée, quand vous y travaillerez."

"Bien sûr, professeur. Je vous remercie, vraiment. Ce sera un plaisir de vous revoir."

Finalement je commençais à travailler au musée. Je fus intégré à une équipe de chercheurs, en plus d'aider à la bibliothèque où je m'occupais des livres d'art en langue italienne. L'ambiance était agréable, et si j'étais le plus jeune du groupe, le plus vieux n'avait que trente neuf ans. Je me liais facilement avec tous.

Un soir, à peine rentré dans ma chambre, on frappa à ma porte. C'était la concierge.

"Monsieur Fiorito, il y a un jeune homme en bas qui vous demande. Vous pouvez descendre ou je le fais monter ?"

Je pensais à Fabien : "Faites-le monter, madame, merci."

"Mais... vous l'attendiez ? Vous savez, c'est un nord-africain..." me dit la femme, hésitante.

Billel ! "Bien sûr que je l'attends, c'est un ancien compagnon de fac, il est diplômé comme moi de l'université catholique." Lui dis-je.

"Oh... je comprends." Dit-elle avec un certain étonnement, "c'est un diplômé..."

"Oui. Ça vous étonne tant ?" lui demandais-je sans me méprendre sur la petite trace de racisme qui lui valait cette stupeur.

"Non... non... Alors je le fais monter... Si vous vous portez garant de lui..."

"Evidemment que oui, il est comme un frère pour moi !"

Elle me lança un coup d'œil désapprobateur mais elle acquiesça et descendit. Peu après je vis Billel monter. J'allais à sa rencontre et nous avons échangé une étreinte amicale.

"Viens, viens. Si tu savais ce que je suis content de te revoir !"

"Cette harpie ne voulait pas me laisser monter... tu sais... un arabe, qui peut s'y fier !" dit-il joyeusement. "Ma sœur m'a dit que tu étais passé me chercher, alors... me voici !"

Je le fis entrer dans ma chambre et je lui donnais mes dernières nouvelles. Il me dit qu'il avait été embauché par le journal, grâce à son père journaliste, et que le travail lui plaisait.

Un peu plus tard je lui demandais : "Et... Farid ?"

"Tu penses encore à lui ?"

"Bah..."

"Il n'est plus à La Mulatière. Il est à Ecully, maintenant."

"Son père l'a mis dehors ? Il a découvert pour lui ?" lui demandais-je, inquiet.

"Non. Je lui ai conseillé de partir. Il a rencontré un jeune tunisien et il est allé vivre avec lui... Un brave garçon qui travaille à Ecully au lycée agricole, où il s'occupe du laboratoire d'agronomie."

"Ils sont... amoureux ?"

"Evidemment. C'est pour ça que je lui ai conseillé d'accepter sa proposition de venir s'installer chez lui. Il s'appelle Habib Taher, il a vingt-sept ans."

"Mais la famille n'a rien dit quand il est allé vivre avec lui ?"

"Non. Surtout parce qu'il est tunisien... et donc 'des nôtres'." Dit-il un peu amer. "L'excuse officielle, c'est qu'il travaille avec Habib, comme assistant."

"Je suis content pour Farid, s'il est bien."

"Oui. Moi aussi je suis content pour lui. Et toi ? Toujours rien ?"

"Non, rien. Mais toi, plutôt ?"

"J'ai rencontré une fille, à Marseille. Il semble que... quelque chose soit en train de naître entre nous. Elle s'appelle Claudine et ses parents n'ont pas de problème à ce que je sois d'origine algérienne."

"Super."

"J'ai trouvé qu'à Marseille les gens sont un peu moins fermés qu'ici à Lyon. Si... si par hasard entre Claudine et moi les choses devaient mûrir... tu accepterais de descendre pour mon mariage et d'être mon témoin ?"

"Avec grand plaisir. Mais je vois que tu penses déjà au mariage, ce n'est donc pas qu'une petite histoire..."

"Non, c'est plus que ça. Et tu sais comment je pense, non ?"

"Pas de problème de différences d'origine et de religion ?"

"Non. Sa famille est... pratiquante pas croyante. Et moi je suis croyant pas pratiquant." Me dit-il en souriant. "Quand on aura des enfants, l'important c'est qu'ils deviennent bons, honnêtes et sans préjugés, puis on verra, ils embrasseront une religion ou l'autre... ou aucune. L'important c'est qu'ils apprennent à aimer tout le monde... surtout ceux qui portent l'étiquette de différent et qu'on discrimine. Les plus faibles, les plus seuls."

"Alors, que la colombe se pose sur leur épaule..." dis-je.

Il sourit : "Exactement... et qu'ils ne l'abattent pas pour la manger."

Quelques jours après cette agréable visite de Billel, le professeur Charbonneau m'appelait de son bureau pour m'inviter à déjeuner le dimanche d'après.

Ils avaient préparé, en mon honneur, un repas tout à base de spécialités lyonnaises, et Lyon est renommé pour sa gastronomie, des plats de l'ancienne tradition des canuts, les ouvriers de la soie.

Après le repas, ils me firent m'installer dans le petit salon et on conversa aimablement. L'épouse du professeur était aussi une personne exquise, très gentille et d'une remarquable culture. Puis le professeur proposa à Fabien de me montrer sa chambre, à l'étage.

"Rien de spécial..." me dit-il en me faisant entrer, "à part la belle vue sur la Saône et sur la colline de Fourvière."

C'était une chambre sous les combles, avec des meubles anciens très bien assorties et au murs peints en ocre. Une ambiance bourgeoise, comme le reste de la maison, mais rendue agréable par une collection d'objets très modernes que Fabien avait rassemblés.

"Enfin, voici mon royaume." Ajouta-t-il pendant que je regardais autour de moi.

C'était une pièce en "L" et dans la partie manquante avaient été installées une salle de bain et des toilettes. Un des bras du L était la partie 'nuit', avec le lit, une armoire et un coffre allongé, l'autre bras était un bureau, avec une grande bibliothèque à portes vitrées et le bureau.

"Elle me plait, c'est une belle chambre..." lui dis-je.

"Je préfèrerais un arrangement plus moderne, honnêtement. Seules la bibliothèque et le coffre allongé me plaisent vraiment."

Je regardais les livres à travers la vitrine de l'antique bibliothèque en noyer, quand je remarquais un titre qui me rendit curieux, c'était : "Les nus masculins dans l'art grec."

"Je peux voir ce livre ?" lui demandais-je.

"Oui, bien sûr. Je l'ai acheté à un bouquiniste, ce sont des reproductions en dessin... pas des photos. Il y a aussi quelques scènes reproduites de vases et de coupes, montrant un homme faire la cour à un garçon... c'est surtout pour ça que je l'ai acheté." Me dit-il en sortant le livre. "Rien de vraiment explicite, mais très suggestif."

Je le feuilletais. Fabien était à côté de moi et je "sentais" sa présence avec force, au point que cela m'excita et que me venait une agréable érection. Je jetais un coup d'œil entre mes jambes et je vis qu'elle se remarquait un petit peu...

"Tu... n'as jamais fait la cour à un garçon ?" me demanda-t-il la voix douce.

"Vraiment courtisé... une seule fois. Mais ça n'a pas bien fini."

"Il n'a pas voulu de toi ?"

"Si, mais..." et je lui racontais dans les grandes lignes mon histoire avec Farid et comment elle s'était terminée.

"Quel dommage..." commenta Fabien à la fin.

"Et toi... tu as déjà été courtisé, ou tu as déjà courtisé quelqu'un ?"

Il fit un sourire triste : "Ils sont rares ceux qui, comme nous, ne se précipitent pas au lit dès le premier regard... Ils ont l'air plus intéressés par le physique que par la personne que tu es. Je ne nie pas que le côté physique a son importance, après tout le corps réagit naturellement au désir. Mais je crois que ça doit être très bon d'être courtisé comme personne plutôt que comme... être sexuel."

"Oui, je crois que je comprends. Je crois que c'est dû à notre société, qui trouve normal qu'un garçon fasse la cour à une fille, mais qui regarde les gens comme nous comme des bêtes qui ne cherchent qu'à satisfaire leurs instincts sexuels..."

"Tu... me plais, Osvaldo mais... j'aimerais te connaître mieux, avant de... peut-être..." dit-il en me regardant.

"Toi aussi, tu me plais, Fabien, pour ce que je te connais. Et moi aussi, j'aurais plaisir à mieux te connaître, bien que... je sens déjà du désir en ta présence." Lui dis-je à voix basse.

Fabien sourit timidement, sans me regarder, et posa une main sur la mienne.

"Bernard m'a dit que, avant de connaître Jacques, il a eu une relation avec toi... et que tu es... un bon amant, même si entre vous ce n'était pas un vrai amour, mais juste du désir réciproque et du plaisir."

"Oui, c'est vrai. Mais aussi une vraie amitié."

"Et je suis content que mon père t'ai invité et... j'aurais plaisir à ce qu'on se fréquente tous les deux."

La douceur de Fabien me conquérait et je sentais une agréable chaleur m'envahir. Je tournais ma main sous la sienne et j'entrelaçais nos doigts. Il serra à peine ma main et me regarda.

"Mais sans hâte, s'il te plait..." ajouta-t-il à voix basse.

"Oui, bien sûr, sans hâte. Voyons d'abord si une bonne amitié peut aussi naître entre nous, après... si elle peut évoluer en... autre chose."

"J'ai eu quelques expériences, aucune vraiment très plaisante mais... toutes sur le plan exclusivement physique. Vouées à ne pas durer. Aucune n'a fait le saut de l'attirance à l'amitié. C'est pour ça que je crois mieux de partir de l'amitié."

"Le fait que tes parents soient au courant pour toi, ça rend les choses plus simples, tu ne crois pas ?"

"Bien sûr. Je leur ai dit que... que tu m'intéressais et c'est pour ça qu'ils m'ont dit de t'emmener ici. Pour qu'on puisse parler tranquilles et ouvertement. Mais moi, bien qu'attiré par toi, par ta beauté, je ne me sens pas encore prêt à... à t'inviter dans mon lit."

"Aucun problème, Fabien. Moi aussi je suis attiré par toi, mais ça va bien, parce que je sais aussi que c'est encore un désir fondamentalement physique et je sens qu'il y a en toi des trésors, des valeurs, que je voudrais découvrir."

Il me fit un tendre sourire puis il murmura : "Merci. C'est la première fois que... que je peux... que l'autre... ou moi-même... qu'on ne se jette pas tout de suite l'un sur l'autre et qu'on est pas à poil cinq minutes après s'être rencontrés. C'est une belle sensation... au moins pour moi."

"Ça l'est aussi pour moi, je t'assure."

"Toi au moins tu as déjà l'expérience, avec ce garçon algérien. Même si malheureusement ça a mal fini, comme tu as dit. Tu vas essayer... de me courtiser ?"

"Et toi de me courtiser moi ?"

"Certainement. Même si ça me paraît un peu couillon... de décider ainsi à froid de se courtiser !" dit-il avec un sourire joyeux.

"Ce n'est pas à froid, on s'est quand même dit qu'on était attiré l'un par l'autre..." lui dis-je. Puis j'ajoutais : "Même physiquement. Tu... as dit à ton père que tu étais attiré par moi ? C'est pour ça qu'il m'a invité ?"

"Non. Mon père a vraiment de la sympathie pour toi et il t'estime. Et je ne crois pas qu'il sache, du moins qu'il soit sûr, que toi aussi tu es comme moi. Je ne le lui ai pas dit et je ne pense pas que Jacques l'ai fait. A moins que son père n'ai dit quelque chose, il est très ami avec le mien. Mais je ne crois pas, parce qu'il ne m'en a rien dit."

Ainsi Fabien et moi commencions à nous fréquenter, à aller au cinéma ensemble, à nous promener... et aussi à parler toujours plus intimement de nous mêmes, de nous faire connaître par l'autre. J'étais très bien avec lui et, physiquement, de plus en plus attiré.

Et finalement, un soir, en sortant du cinéma, alors que je le raccompagnais chez lui, en passant par la traboule de la rue de Boissac, près du petit restaurant "chez Marie", Fabien me poussa dans un coin sombre se colla sur moi et m'embrassa. Je sentais qu'il était excité et je bandais sur le champ. Il descendit une main pour caresser mon érection.

Puis il se décolla de moi et, d'une voix presque étranglé, il me dit : "Je crois que je ne pourrais pas résister plus longtemps... à ne pas te demander de faire l'amour avec moi..."

"Pourquoi veux-tu résister ?" lui demandais-je en l'attirant à nouveau sur moi et je recommençais à l'embrasser.

Un bruit de pas nous fit nous détacher précipitamment, sortir de l'ombre et gagner la sortie. Une fois dehors, rue Victor Hugo, Fabien me dit : "Ce n'est pas que je veuille résister, bien au contraire..."

"Tu veux... venir à la Maison des Etudiants et monter dans ma chambre ?" lui proposais-je, plein d'espoir.

"Non... ils m'attendent à la maison, je ne peux pas tarder. Et je veux encore moins faire ça en hâte. On aura une autre occasion. Tu regrettes ?" me demanda-t-il avec un sourire timide mais les yeux brillants.

"Oui, un peu... mais tu as raison. Tu sais que tu embrasses bien ?"

"Toi aussi. Tu m'as fait... fondre."

"Tu veux être mon copain ?"

"Tu peux en être sûr. Tu me plais tellement."

"Et... tu en parleras à tes parents ?"

"Ça t'ennuie ?"

"Non, si tu crois que c'est ce qu'il faut faire."

"Ils en seront contents. Je crois qu'à présent ils ont compris que quelque chose de sérieux commence entre toi et moi."


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