Après m'avoir invité au petit déjeuner, Bernard me dit de l'attendre un moment au bistrot.
"Où vas-tu ? Eh, tu ne t'enfuirais pas, hein ? pourquoi je ne peux pas venir moi aussi ?"
"Ne commence pas à faire ta midinette jalouse avant qu'on n'ai commencé..." me dit-il en souriant et il se leva.
"Eh, fais gaffe, des filles il n'y en a pas par ici, d'accord ?"
"Je sais, je sais bien ! Allez, je fais vite. Et toi... tiens moi tout ça bien au chaud."
"Si je chauffe un peu plus ça prend feu..." lui dis-je avec un petit rire.
"Je fais vite..." répéta-t-il et il courut dehors.
Une vingtaine de minutes plus tard il réapparaissait enfin à la fenêtre : il avait un grand sac en papier marron à la main et il me fit signe de la tête de venir. Je sortais.
"C'est quoi, ça ?"
"Tu verras. Allons-y !"
On courrait presque, comme deux voyageurs qui ont peur de rater leur train, enfin nous montions à ma chambre en riant et en cherchant à se dépasser l'un l'autre, comme des gamins. Quand j'ouvris, il m'écarta et se précipita dedans. Pendant que je fermais à clé, il ouvrit le sac sur le bureau et il en sortit d'abord une rose qu'il me tendit.
"Tu voulais une rose ? Tiens, la voila."
"Merci..."
Puis il sortit de ce grand sac et posa sur le bureau une débauche de sandwiches, de tartines, de fruits et trois bouteilles de boissons : "Avec ça on ne devra pas se rhabiller quand on aura faim !" m'annonça-t-il avec un grand sourire.
"Et, mais il y en a pour..."
"Tu ne voulais pas que je te dédie tout mon week-end ?" me dit-il en venant vers moi, il me prit entre ses bras et m'embrassa, tout fougueux.
J'étais très excité mais lui ne l'était pas moins. Ses deux mains couraient dans mon dos, me palpaient les fesses, pendant qu'il se pressait contre moi et me faisait sentir sa baguette...
"Eh..." je murmurais, "... laisse-moi respirer..." en me détachant un peu de lui et en le regardant, plein de désir.
"On n'a pas le temps de respirer..." dit-il joyeusement et il commença à me déshabiller.
Tous nos habits furent vite éparpillés par terre, autour de nous. Enfin, je le voyais nu ! Et j'étais loin d'être déçu...
"Tu aimes ce que tu vois ?" me demanda-t-il en levant la main pour me caresser la poitrine.
"Ne crois pas que je vais me contenter de regarder..." lui répondis-je en l'attirant vers le lit.
"J'espère bien !" dit-il en soulevant le rideau et en se glissant derrière avec moi, puis il me poussa contre le matelas.
Alors que je me couchais en le tenant par les mains, il perdit l'équilibre et me tomba dessus, avec un petit cri, puis un rire : "Eh, mais quelle hâte ! On a deux jours tout à nous, garçon..." me dit-il et il prit ma tête entre ses mains et m'embrassa de nouveau, à fond. "Tu as vu 'Les amitiés particulières' de Jean Delannoy ?" me demanda-t-il alors.
"Le film ? Non, j'ai lu le livre de Peyrefitte..." répondis-je.
"Nous deux on va faire bien mieux..." me dit-il en caressant entre mes jambes mon sexe dur.
"J'espère bien, je ne suis pas chaud du tout pour le suicide..."
"Pas de problème, mon petit italien..."
"Petit, tu parles... Tu aimes faire quoi ?"
"J'aime faire, pas parler. Tu sais que tu me plais vraiment, petit mec ?"
"Eh, j'ai juste deux ans de moins que toi." Protestais-je en plaisantant.
"Et tu penses à tout ce qu'on peut faire en deux ans ?"
"Je pense plutôt à tout ce qu'on peut faire en deux jours, ce week-end..." répondis-je en lui caressant les épaules, le dos et la nuque.
Il se frotta contre moi, puis il me glissa sur le côté en me poussant vers le mur. Je lui faisais de la place. Il croisa ses jambes avec les miennes, éloignant un peu son visage et il me regarda, les yeux rieurs.
"Et dire que pendant des mois j'ai eu envie de toi... de cela... et toi tu avais envie de moi..."
"Mais toi, pendant ce temps tu t'es amusé, hein ? Avec Jean et sans doute bien d'autres."
"Et toi... rien ?"
"Rien.
Rien de rien.
Rien de rien de rien !"
"Alors je te ferais rattraper le temps perdu, promis ! Tu me plais beaucoup... Et dire que je t'avais, là, à portée de la mains..."
"J'avais peur de n'avoir aucune chance, avec toi."
Un autre baiser cella cette déclaration réciproque de notre désir et la sanctionna plaisamment. Nos mains ne cessaient d'explorer le corps de l'autre et de le faire vibrer comme les cordes d'une harpe. Parfois il me serrait contre lui, il se mettait sur moi, parfois il s'écartait un instant pour pouvoir me regarder et ses yeux caressaient alors tout mon corps, comme ses mains avant.
Parfois je me mettais sur lui et je le serrais avec mes bras et mes jambes et on s'embrassait encore et encore. Nous étions pressés et pourtant tous deux nous savourions ces moments de plaisir mutuel et de découverte graduelle.
"Tu ne m'as pas encore appris à cuire les pâtes..." dit-il à un moment.
"Pour l'instant pensons plutôt à faire le pain..." lui répondis-je avec un sourire aguicheur.
"Quand je te parlais de pétrir, de faire lever et d'enfourner... j'espérais que tu comprendrais le message."
"J'ai compris que tu parlais de sexe... mais je croyais que tu pensais à une fille."
"Je ne pouvais pas trop me découvrir... Toi non plus d'ailleurs. On a toujours peur de se planter, surtout avec quelqu'un qu'on doit voir tous les jours. Je m'étais résigné à rêver de toi..."
"Mais sans oublier de ramener des garçons dans ton lit..." lui rappelais-je.
"Bah... il faut bien manger du pain quand on ne peut que rêver à la brioche..."
"Et moi je serais ta brioche ?"
Il acquiesça les yeux rieurs et il m'embrassa de nouveau. Et nous arrêtâmes de parler un moment pour nous dédier à plus concret... et nous nous sommes enfin retrouvés unis en un soixante neuf des plus agréables, couchés sur le côté, la tête appuyée sur la cuisse de l'autre, l'autre jambe repliée et avec le genou soulevé...
On se léchait de haut en bas, on s'arrêtait sur le gland à peine découvert, on le prenait en bouche et le faisait descendre bien à fond, puis on bougeait la tête en rythme pour donner du plaisir à l'autre. Bernard savait bien faire, comme j'aimais, et c'était rare, la plupart des garçons ne font que sucer comme s'il fallait t'aspirer l'âme. Lui par contre, il courait de bas en haut, bougeait la langue et serrait les lèvres sur la couronne du gland, là où c'est le plus sensible...
Quand on s'est rendu compte qu'on approchait trop de la ligne d'arrivée, on s'est séparés, je me suis tourné et on s'est embrassés de nouveau.
"Mmhh... comme j'aime ta baguette..." me dit-il les yeux joyeux.
"Et moi la tienne. Et tu sais l'apprécier en connaisseur..."
"Je dirais plutôt en vrai glouton..."
"Tu m'as dit que ta première expérience c'était à quatorze ans ?" lui demandais-je.
"Oui, c'était l'été 57... A la fin de la crise du canal de Suez si je me souviens bien. Je me souviens que les soviétiques menaçaient de bombarder Paris... Enfin, rien à voir avec mon histoire. J'avais déjà l'impression que quelque chose en moi ne fonctionnait pas comme chez mes copains : eux commençaient à faire les idiots devant les filles, alors que moi j'étais vraiment fasciné par eux...
"Ma famille avait décidé de passer l'été à Sète, où vit un cousin de mon père qui possède deux bateaux de pêche. Et un jour, un de ses fils, Luc, qui avait dix-sept ans, sous le prétexte de me faire visiter un des bateaux... il a commencé à me toucher et... peu après j'étais à quatre pattes sur une couchette, le caleçon aux chevilles et lui essayait de m'enfiler..." me dit-il en ricanant.
"Et il n'y est pas arrivé ?"
"Pas ce jour-là... mais avant la fin des vacances, si. Et c'est comme ça que j'ai clairement compris que je préférais mes copains aux filles. Après la rentrée j'ai essayé avec un copain de classe... Il s'appelait Antoine, c'était un blondinet timide et mignon à croquer... Et je la lui ai mise. On allait chez lui sous prétexte d'étudier, ses parents avaient une boulangerie et d'habitude il n'y avait personne d'autre chez lui, alors d'abord je le baisais puis on faisait nos devoirs."
"Ah, voici donc l'origine de ton histoire de pain !"
Nous avons ri tous les deux. "J'ai continué à me le faire jusqu'à l'après midi où son frère de seize ans nous a découverts en pleine action, lui qui d'habitude était à l'école à cette heure, je ne me souviens pas pourquoi il était rentré ce jour-là... Enfin, son frère nous a rejoins sur le lit et il m'a pris pendant que je prenais Antoine..."
"Le frère aussi était homosexuel ?"
"Non, en fait, dès qu'il a trouvé une copine, il a arrêté de le faire avec moi... Mais à ce point, même quand il était à la maison, Antoine et moi pouvions continuer sans problème." Me dit-il, puis il me raconta d'autres détails...
Puis nous avons arrêté de parler et recommencé à faire l'amour. Et, enfin, lui d'abord, "enfournait", puis il me fit "enfourner". Il savait y faire, il me plaisait de plus en plus, et pas seulement pour avoir enfin mis fin à ma longue période d'abstinence.
Nous avons fait une pause pour nous rassasier et boire quelque chose : il était midi passé. Que c'était bon d'être là, nus tous les deux, à manger et bavarder en jouissant de notre nudité avec un plaisir évident. Nous avons recommencé à nous toucher, à nous caresser, puis nous sommes retournés sur le lit pour le deuxième service de jambes en l'air.
Enfin, nous avons passé ainsi tout le week-end et dimanche soir nous étions tous les deux épuisés mais comblés. Quand l'un de nous devait sortir pour aller au cabinet, il passait juste un pantalon et un T-shirt, sans rien dessous, et partait pieds nus... Bernard ne rentra dans sa chambre que dimanche soir, presque à minuit.
Ainsi commença notre histoire. J'aimais beaucoup coucher avec Bernard, et lui aussi. On se retrouvait en moyenne un jour sur deux...
Le lundi après ce week-end, quand j'arrivais à la fac, Billel me demanda ce qui m'était arrivé...
"Pourquoi ?" lui demandai-je.
"Tu m'as l'air plus joyeux que d'habitude. Comme si on t'avait fait un beau cadeau. Comme si... dis, tu ne te serais pas fiancé, ce week-end ? me demanda-t-il avec un regard malicieux.
"Mais non ! Tu sais, il n'y a pas que les filles, hein ?" répondis-je en jouant l'indifférence.
"Non... c'est vrai... même si à notre âge c'est un objectif important. Le problème pour moi c'est que les filles nord-africaines sont gardées à vue par leurs parents et leurs frères, et que les françaises sont rarement prêtes à se fiancer à un nord-africain."
Quel dommage, pensais-je, qu'il me parle de filles... enfin, il n'était pas certain que ce ne soit pas qu'un masque. Bien que complètement satisfait de coucher enfin avec Bernard, je restais attiré par le tendre et beau Billel et par son sourire lumineux.
Quand on avait cours l'après-midi on allait déjeuner ensemble au restau U puis on allait se promener sous les arbres de la place Bellecour, ou sur les quais de Saône, et on bavardait longtemps. Je me sentais très bien avec lui et, d'évidence, lui aussi avec moi. Mais rien ne me donnait le courage d'abattre mes cartes devant le bel algérien.
Pour les vacances d'été, après avoir réussi mes examens avec de bonnes notes, je pris ma Fiat 500, enfin, mon pot de yaourt, et je rentrais à Turin en passant le Montcenis. Je revoyais Carlo qui me dit qu'il s'était mis avec un homme qu'il me présenta : il s'appelait Filippo, il avait trente et un ans et il tenait une boutique de cadeaux au faubourg Saint Paolo. Il vivait seul et Carlo allait chez lui sans problème. Il n'était pas mal, ce Filippo, et Carlo me dit qu'il en était amoureux.
On ne se vit que deux ou trois fois, parce qu'ils partaient en vacances ensemble, à Maltes. Evidemment, la famille de Carlo pensait qu'il partait seul, ils ne savaient rien de Filippo.
Mes parents avaient décidé de prendre leurs vacances en Septembre, seules mes sœurs étaient parties à la mer, dans les Abruzzes, chez une cousine de ma mère. Papa et Maman avaient l'intention d'aller passer les vacances à Albisola et ils avaient réservé une chambre dans une maison tenue par des sœurs... Sincèrement, je m'ennuyais un peu à Turin : la ville était quasi déserte, la plupart des magasins et des cinémas étaient fermés.
Mes parents venaient d'acheter leur première télé, encore en noir et blanc, qui avait coûté plus d'un mois du salaire de mon père. Alors je passais des heures à regarder les programmes. J'aimais surtout Carosello, c'est à dire la publicité, je dois l'avouer. Il n'y avait encore que deux chaînes. La télé était rangée dans un gros meuble en bois de bruyère avec deux portes, quand elles étaient fermées ça avait l'air d'une armoire basse.
Quand je rentrais enfin à Lyon, je poussais presque un soupir de soulagement. Bernard n'était pas encore arrivé, je savais qu'il ne reviendrait à la Maison des Etudiants qu'une quinzaine après moi.
Comme les cours n'avaient pas encore repris, je révisais un peu et j'allais un peu me promener au parc de la Tête d'Or pour me détendre. Parfois je louais une barque et je me promenais sur le lac, ou alors j'allais au jardin zoologique, ou je me promenais sur les boulevards en prenant plaisir à regarder les beaux garçons que je croisais, même s'ils avaient leur copine au bras.
Un après midi, j'étais assis sur un muret à côté du ruisseau du "bois" et je fumais une des trois cigarettes que je me concédais chaque jour, quand arriva un garçon d'à peu près mon âge. Il portait une chemise à manches courtes et un pantalon beige, souple. Il avait une cigarette à la main et une revue roulée sortait d'une poche de son pantalon. Il me demanda si j'avais du feu. Je sortis boite d'allumettes et la lui tendit. Il se pencha, alluma sa cigarette et me la rendit.
"Vous êtes d'ici ou vous êtes touriste ?" me demanda-t-il.
"Ni l'un ni l'autre : je fais des études à La Catho."
"Et tu vis seul ?"
Vu comme il me regardait, je me demandais s'il ne tentait pas une approche. Je me dis que ça valait la peine de lui tendre la corde.
"Oui, à la Maison des Etudiants de la Guillotière."
"Ah, tu es venu en bus ?"
"Non, ma voiture est là. Et toi ? Tu étudies ?"
"Non, je suis électricien, mais là je suis en vacances."
"Je m'appelle Osvaldo Fiorito. Et toi ?"
"Claude Guillaneux. Mais tu n'es pas français, toi ?" me demanda-t-il, un peu étonné.
"Non, italien."
"Tu parles très bien le français, sans accent. Il y a un italien qui travaille avec moi, mais ça s'entend dès qu'il ouvre la bouche : ça fait dix ans et il ne parle toujours pas bien le français. Toi tu es là depuis combien de temps ?"
"Presque deux ans."
"Ah, seulement ? Tu as une copine ?"
"Non, les filles ne m'intéressent pas..."
"Parce que tu dois faire tes études ?"
"Non, parce qu'elles ne m'intéressent pas." Lui dis-je en le regardant droit dans les yeux, avec un petit sourire.
"Ah. Moi non plus..." dit-il, et il sortit de sa poche la revue roulée et, sans qu'il la lâche, j'entrevis un homme à moitié nu sur la couverture : c'était une de ces revues "culturistes"...
"Je préfère un beau garçon..." lui dis-je avec un clin d'œil et en regardant la main qui serrait la revue : "...comme celui de ta revue..."
Il me sourit : "Et ceux... comme moi ?"
"Encore plus. Ça te dit de venir avec moi... voir ma chambre ?"
"Si tu peux me ramener par ici, après..."
"Oui, bien sûr..." dis-je en descendant du muret.
Il me sourit et il me suivit à ma voiture. Une fois partis, il me demanda : "Et un copain, tu en as un ?"
"Oui et non : il est en vacances en ce moment."
"Comme le mien. Il a quel âge ?"
"Deux ans de plus que moi. Et le tien ?"
"Vingt-six, six de plus que moi. Et d'ailleurs c'est mon chef d'équipe. Il est marié et il a un fils de quatre ans. Mais il dit qu'il me préfère à sa femme..." dit-il en ricanant. Puis il ajouta : "Nous sommes ensemble depuis cinq ans, depuis que je travaille dans son équipe. Il adore mon petit cul... et toi, tu aimes mettre ?"
"Mettre ou prendre, j'aime les deux."
"Moi j'aime seulement prendre. Ça te va ?"
"Mais oui... Tu es beau garçon."
"Toi aussi."
Nous sommes montés à ma chambre. Je lui demandais de me faire voir sa revue : c'était la première que je voyais avec des hommes complètement nus, certains seuls, certains en couples et même quelques uns en demie érection, dans des poses qui suggéraient le sexe mais sans qu'ils le fassent vraiment.
"Ils te plaisent ?" me demanda-t-il.
"Je te préfère toi. Allez, déshabillons-nous..." lui dis-je en posant la revue sur le bureau et en commençant à déboutonner sa chemise.
"Tu aimes embraser ?" me demanda-t-il.
Pour toute réponse, je l'embrassais, tout en me battant avec les boutons de son pantalon et lui commença à me déshabiller. Il n'embrassait pas aussi bien que Bernard, mais il se débrouillait pas mal. Enfin nu, il désigna le rideau de la tête.
"Ton lit est là ? On y va ?"
J'acquiesçais. J'ouvris le rideau et on s'étendit. Claude se lova contre moi et commença à me travailler des lèvres et de la bouche, de façon très agréable. J'essayais d'atteindre son sexe mais il m'arrêta.
"Non... ou je jouis tout de suite... je suis trop excité."
"Comment tu veux jouir ?"
"Pendant que tu me prends, en me caressant... J'aime être sur le dos quand on me prend... ça te va ?"
J'acquiesçais. Avec Bernard il y avait de longs et plaisants préliminaires, Claude par contre voulait tout de suite du sérieux. Et dès qu'il sentit que je l'avais bien dure, il se mit sur le dos et replia ses jambes sur la poitrine : "Allez, mets-la moi, vas-y !"
Pendant que je plongeais en lui, il ferma les yeux et lâcha un long gémissement. Il avait une expression intense, il ne souriait pas comme Bernard... Quand je commençais à bouger d'avant en arrière, il soulignait chacune de mes poussées par un bref gémissement bas. D'une main il se titillait les tétons et de l'autre il caressait son sexe dur...
"Plus fort..." demanda-t-il, toujours les yeux clos, le visage rouge de plaisir. "Allez... allez... oui... comme ça..."
Il était beau garçon, mais... si plaisant qu'il soit de le prendre, c'était bien loin d'avec Bernard... enfin, c'était mieux que rien. En me sentant accélérer, il rouvrit les yeux.
"Ne jouis pas encore... fais durer autant que tu peux..." me demanda-t-il, la voix rauque, le regard un peu vague, comme s'il était ivre.
J'acceptais. Il referma les yeux pour mieux jouir de mon exercice... Nous avons continué ainsi, avec des accélérations et des ralentissements, jusqu'à ce qu'il lâche un long geignement étranglé et qu'il atteigne l'orgasme. Ses contractions déclenchèrent les miennes et je déchargeais en lui. Puis nous nous sommes affalés tous les deux, un peu haletants.
"Une belle baise..." murmura Claude. "Merci, j'en avais vraiment besoin. Je peux fumer une cigarette ?"
"Je préfère ne pas fumer dans ma chambre..."
"Ah. Oui, je comprends. Aucune importance. Tu vas souvent chercher de la compagnie au Parc ?"
"Non..."
"On trouve assez facilement, là-bas. Mais quand mon mec est là... il est jaloux, tu sais." Dit-il en souriant.
"Et c'est ton premier homme ?"
"Oui... un des premiers jours, je le regardais aux toilettes et... il m'a demandé s'il me plaisait... puis il m'a fait le toucher... puis l'embrasser... puis il m'a emmené au box, on s'est enfermés dedans, il a baissé mon pantalon et il m'a pris... là, debout."
"C'était ta première fois ?"
"Oui. Ça me faisait un peu mal mais ça me plaisait. Puis après deux ou trois fois il m'a dit qu'il voulait que je sois son petit ami."
"Il était déjà marié ?"
"Oui, depuis peu."
"Et vous faites ça où, d'habitude ?"
"D'habitude, chez lui. Sa femme est infirmière et quand elle est du soir, il me fait venir chez lui. Quand elle fait le jour, nous le faisons dans le magasin, au travail. Mais je préfère faire ça au lit. Quel dommage que je ne puisse pas vivre avec lui."
"Et tu vois souvent d'autres hommes ?"
"Non... quelques fois... Seulement quand il n'est pas à Lyon. Il me tuerait s'il savait que je le trompe. Mais quand il n'est pas là... je ne tiens même pas deux jours. Que j'envie sa femme ! Maintenant il est avec elle et leur fils..."
Quand je le raccompagnais vers les Brotteaux, avant de descendre, il me remercia de nouveau, mais il ne me demanda pas un autre rendez-vous. Et moi non plus.
Enfin, Bernard rentra. Il m'apportait un cadeau, mais avant que je n'ai le temps de le déballer... il me déballait déjà son "paquet cadeau" comme il disait en souriant ! Il n'y avait pas le moindre doute, faire l'amour avec lui était bien mieux qu'avec ce garçon rencontré au Parc.
Je repris les cours. Je retrouvais Billel... et mon désir pour lui. Billel aussi me rapportait un petit cadeau, et ça m'a fait plaisir, bien au-delà de sa valeur marchande.
Bernard me dit qu'il avait trouvé un cours particulier pour se faire de l'argent de poche : il devait faire réviser un lycéen de dernière année qui peinait en terminale. Il me dit que c'était le fils d'un notaire qui habitait rue Ferrandière.
"Il me paie très bien, je lui donne deux heures de cours trois fois par semaine. En fait je dois étudier avec lui parce que je ne me souviens pas de tout. On lit, je lui explique, je le fais répéter... Puis je lui fais résumer et je le corrige. Puis je lui fais encore répéter."
"Tu aimes enseigner ?"
"Comme ci comme ça... J'espère pouvoir aller travailler au musée de l'Homme, à Paris, après la fac. J'ai de bonnes chances parce que mon oncle connaît bien le conservateur. Il dit que si j'ai mon diplôme avec mention, je suis sûr d'être pris."
"Tu es en dernière année, non ? Tu penses obtenir la mention ?"
"Je crois que oui. J'ai toujours bien réussi aux examens. Et toi, tu penses faire quoi quand tu auras fini ?"
"Je rentre en Italie, je demande l'équivalence des diplômes et je cherche un poste de prof de français."
"Tu aimerais enseigner ?"
"Pourquoi pas ? Enseigner et faire des traductions littéraires, je crois."
Mais début Décembre, alors que je faisais déjà des projets de vacances de Noël à Turin, Bernard monta un jour chez moi. Il prit une chaise et s'assit à cheval sur la chaise, en appuyant les bras sur son dossier.
"Osvaldo... je... je laisse ma chambre à la Maison et... et je dois arrêter de venir baiser avec toi." Me dit-il un peu gêné, mais en me regardant dans les yeux.
Je ne m'y attendais pas, et je l'ai regardé, surpris : "Pourquoi ? Qu'est-il arrivé ?"
"Il est arrivé que... tu sais, le fils du notaire..."
"Oui ?"
"Et bien... on est tombés amoureux et... on a décidé de se mettre ensemble."
"Un vrai coup de foudre !" lui dis-je.
"Pas vraiment. Mais maintenant c'est comme si."
"Mais comment feras-tu, si d'ici un an tu vas à Paris ?"
"Si j'obtiens le poste au Musée de l'Homme, on est d'accord pour que Jacques s'inscrive à la Sorbonne et vienne habiter avec moi."
"Mais... ses parents le laisseront faire ?"
"Oui. Ils savent pour nous deux. Ils sont d'accord, aucun problème."
"Tu veux dire que ses parents savent que leur fils est homosexuel et qu'il n'en font pas toute une histoire ?"
"Exactement. Et ils sont contents que leur fils soit avec moi. La seule condition qu'ils ont mise est que leur fils ait son bac..."
"Et s'ils ne te prennent pas au Musée de l'Homme ?"
"Alors son père m'aidera à trouver un travail ici, à Lyon, et on restera chez ses parents."
"Et maintenant tu laisses ta chambre ici ?"
"Oui, je déménage rue Ferrandière, dans la chambre de mon Jacques. On est vraiment amoureux."
"Et bien... tous mes vœux, alors. Je regrette de te perdre, mais je suis très content pour toi. Tu ne m'as jamais dit que... qu'entre toi et ce garçon quelque chose naissait."
"J'attendais d'en être sûr... Enfin... ça a été très bon, avec toi."
"Pour moi aussi. Tu me le présenteras ? On restera en contact ?"
"Evidemment. Tu verras qu'il te plaira, Jacques."
"Il sait... pour toi et moi ?"
"Oui, bien sûr, il sait tout, même ta sale blague de la lettre anonyme..." dit-il en souriant. "mais il sait aussi que nous ne sommes que des amis... et que je suis là pour te faire ce discours..."