Il avait assez vite découvert qu'au bord du fleuve en remontant vers l'Hôpital Principal, dans le parc derrière la faculté, on pouvait faire des rencontres intéressantes. Aussi s'était-il mis à y aller, parfois, après le dîner, quand l'envie de "compagnie" se faisait trop pressante.
Les premières fois il s'était contenté d'explorer les sentiers et les fourrés de buissons pour se faire une idée de la "faune locale", mais il avait vite aussi commencé à s'isoler avec quelque garçon assoiffé de sexe, au moins autant que lui. Leonardo était beau garçon, aussi trouvait-il assez facilement un compagnon.
Son seul problème était qu'il aimait les types jeunes et virils et qu'en même temps il aimait le rôle dit "actif", il préférait de beaucoup baiser qu'être baisé. Mais en général, quand le type qui l'abordait ou qu'il accostait avait l'air viril, c'était qu'il voulait prendre...
Léonardo se sentait particulièrement attiré par ceux qu'on appelle "les marocains" en Italie, les garçons d'origine nord-africaine. Il était encore plus difficile de trouver parmi eux un garçon qui se laisse baiser... Aussi quand il y arrivait, bien qu'il s'agisse en général de tapins, des prostitués qui justifient par leur besoin d'argent de se laisser prendre, Léonardo en éprouvait un plaisir tout particulier.
Ce soir là il vit un garçon qui attira tout de suite son attention : il devait avoir dix-huit à vingt ans, il était nord-africain, très beau et bien habillé. Quand Léonardo passa près de lui, le garçon lui demanda s'il avait une cigarette.
"Je ne fume pas, désolé." lui avait-il répondu, sachant bien que ce n'était qu'un prétexte pour l'aborder et il se dit que le garçon lui plaisait beaucoup.
"Je fume peu, juste une cigarette de temps en temps... comme ça, pour avoir quelque chose entre les lèvres..." répondit-il avec un sourire malicieux.
"Tu parles très bien italien. D'où es-tu ?"
"De Tunisie. Mais je suis en Italie depuis six ans. Je suis arrivé à treize ans. Je finis mes études de géomètre."
"Ah... je suis étudiant en architecture. Toi aussi, après, tu feras archi ?"
"Non, je chercherai du travail. Je veux quitter la maison dès que possible et faire ma vie. Si mon père ou mes frères apprenaient que je viens ici, le soir... ils me tueraient. Ils me croient en boîte à chercher une nana..."
"Et en fait... tu cherches quoi ?" lui demanda Léonardo avec un petit sourire.
"Et bien... quelqu'un comme toi, par exemple... Si toi aussi tu cherches quelqu'un comme moi..."
"Ça se pourrait... Tu es très beau..."
"Toi aussi. Tu aimerais baiser un beau petit cul ?" lui demanda le garçon en le regardant droit dans les yeux.
"Le tien ? Oui, j'aimerais..." lui répondit Léonardo et déjà il s'excitait.
"Si tu as un endroit... je n'aime pas le faire dans les buissons, c'est trop dangereux."
Il était rare que Léonardo emmène une conquête occasionnelle chez lui, mais... peut-être valait-il la peine de faire une exception. Ce garçon, avec son sourire franc et un peu espiègle, affolait ses hormones.
"Tu fais ça pour le fric ?" demanda Léonardo.
"Oui, mais avec un garçon qui me plait comme toi, je me contente de peu, et puis tu es étudiant, et on est toujours fauchés, nous les étudiants. Tu as un endroit ?"
"Combien tu veux ?"
"Cinquante mille lires ? Pour faire ça dans le calme. Tu es partant ?"
"Oui, allons-y." décida Léonardo. "Tu t'appelles comment ?" lui demanda-t-il pendant qu'ils s'éloignaient.
"Murad, ce qui dans ma langue veut dire désiré." répondit-il avec un petit rire.
"Moi c'est Léonardo. Oui, tu es vraiment désirable. Mais c'est vrai que tu aimes être pris ?"
"Oui. Si un client le veut, je peux le prendre, mais je préfère être pris. Et toi ?"
"C'est le contraire, je préfère prendre."
"C'est parfait. Tu as un copain ? Un régulier ?"
"Non, pour l'instant je préfère m'amuser."
"Oui, moi aussi. Mais j'aimerais un jour rester avec un régulier. Je me moque qu'il soit riche ou beau, il suffira qu'il m'aime bien. Je finirai peut-être par le trouver, qui sait !"
"Toi... c'était quand ta première fois ? En Tunisie ou en Italie ?"
"En Italie. Peu après notre arrivée. Un copain de classe, il m'aidait pour les problèmes que j'avais avec l'italien, alors on allait travailler chez lui... Mais j'avais déjà compris que j'aimais les garçons, alors, quand il a essayé, j'ai tout de suite dit oui. On baisait d'abord puis on travaillait." dit-il avec un rire amusé.
"Tu n'es plus avec lui ?"
"Non, ça a duré à peine plus qu'un an, puis il a déménagé et je suis resté à sec... Mais après, par chance, je me suis rappelé qu'il m'avait parlé de cet endroit là au parc, alors de temps en temps j'y viens." dit Murad.
Ils étaient arrivés chez Léonardo et ils entrèrent.
"Tu vis seul ici ?" lui avait demandé le jeune tunisien, un peu surpris, en regardant autour de lui.
"Non, mais mes parents sont partis pour deux jours." mentit Léonardo, par prudence.
Il avait emmené Murad dans sa chambre et le garçon l'avait pris dans ses bras et s'était pressé contre lui pour lui faire sentir son érection.
"Tu bandes déjà..." avait-il commenté, ravi, "Je te plais ?"
"Oui, Murad, tu me plais."
"Et tu aimes aussi embrasser ?"
"Oui..."
Ils se sont embrassés et serrés l'un contre l'autre, se sont caressés sur tout le corps avec un désir croissant. Puis Murad a commencé à lui déboutonner la chemise. Léonardo a pris son portefeuille dans la poche arrière de son pantalon en a sorti cinquante mille lires qu'il a tendues au jeune tunisien.
Murad les posa sur la commode : "Non, après... seulement si tu es vraiment content de moi." dit-il avec un sourire.
"Le début me plait bien..." dit Léonardo avec un petit soupir.
Murad se remit à lui déboutonner les habits et quand enfin il lui baissa le pantalon aux genoux, il s'accroupit devant lui, lui sortit du slip le sexe dressé et se mit à l'embrasser et le lécher avec un plaisir évident.
"Tu as une belle bite, assez grosse mais pas trop, et assez longue... Tu vas me la mettre en entier ?" lui a-t-il demandé en le regardant de bas en haut avec son petit sourire. "Tu as une capote ?"
"Oui, bien sûr. Dans le tiroir de la table de nuit. Et du gel." lui a répondu Léonardo avant de le faire se relever et de l'embrasser sur la bouche tout en le déboutonnant et lui enlevant un à un tous ses habits.
Peu après ils furent nus tous les deux, debout à côté du grand lit de Léonardo. Murad le poussa sur le lit et le fit se coucher sur le dos, les jambes pendantes, et il s'était accroupi entre ses cuisses pour se mettre à lécher puis sucer son sexe dur et dressé.
Murad s'est relevé : "Je peux prendre le matos dans le tiroir ?" lui a-t-il demandé.
Leonardo hocha la tête. Le jeune tunisien en sortit un sachet avec une capote qu'il déchira et il déroula avec les lèvres la membrane transparente sur le sexe dressé de Léonardo, puis il a prit le lubrifiant et en étala un peu sur la capote et un peu entre ses fesses fermes.
"Je suis prêt. Je me mets comment ?" lui demanda-t-il avec un sourire, après avoir posé le tube de gel sur la table de nuit.
"Comment aimes-tu le faire, Murad ?"
"J'aime être pris en levrette... Comme ça tu peux mieux pousser tout dedans et me bourrer fort..." répondit-il.
Léonardo s'était agenouillé sur le lit et Murad s'était mis devant lui, à quatre pates. Il tourna la tête vers Léonardo, et lui dit avec un sourire encourageant : "Allez..."
Léonardo lui glissa les genoux entre les jambes, le saisit par la taille et avait pointé son sexe dur et dressé entre ses fesses. Murad poussa le bassin en arrière pour l'accueillir. Léonardo glissa lentement en lui, dans une poussée continue. Une forte chaleur entoura aussitôt son membre englouti ce qui augmenta encore son excitation.
"Allez.." murmura de nouveau Murad.
Léonardo avait alors commencé à marteler en lui à l'envie. Le jeune tunisien faisait palpiter son sphincter et ondulait légèrement le bassin, ravi et prenant à l'évidence beaucoup de plaisir à cette virile chevauchée. Léonardo collait la poitrine contre son dos et tandis que d'une main il lui titillait les tétons, de l'autre il lui manipulait et palpait le sexe avec art, sans cesser de le prendre vigoureusement.
"Oui... oui... allez..." gémissait Murad, content.
Murad plaisait beaucoup à Léonardo : non seulement il était beau garçon, avec l'air viril comme il aimait, mais il participait à leur union avec un plaisir évident, ce qui était assez rare chez les garçons qui tapinent. Il lui fit tourner la tête en arrière et, tout en continuant à marteler en lui, il l'embrassa. La réponse de Murad à ce baiser profond et intime fut presque avide, et il gémissait de plaisir.
"Ne jouis pas tout de suite, s'il te plait... on a tout le temps qu'on veut, n'est-ce pas ?" murmura Murad.
"Comme tu veux... moi c'est d'accord." répondit Léonardo en se retirant de lui.
Assis sur le lit, les jambes croisées, face à face, ils se caressaient l'un l'autre tout le corps et s'embrassaient. Murad se pencha pour lui sucer les tétons.
"Tu aimes ?" demanda-t-il en le regardant avec un sourire.
"Oui, Murad. Et toi ?"
"Sacrément. Toi oui, tu es un bon coup. Et ta bite aussi, elle a juste la bonne taille. Mon premier copain aussi en avait une de la bonne taille et c'était un bon coup."
"Il ne t'a pas fait mal, la première fois ?"
"Juste un tout petit peu, mais ça me plaisait. Et puis j'en avais envie depuis trop longtemps. Il te plait, mon petit cul ?"
"Tout me plait en toi. Tu as un beau corps et un beau sourire... Et tu es sympa. Tu n'as rien d'efféminé, même si tu aimes être pris. En général les nord-africains ne veulent que prendre..."
"Les nord-africains se croient moins homme s'ils se font prendre. Ce préjugé a la peau dure. Et ils méprisent les gens comme moi. Si j'étais efféminé, peut-être qu'ils m'accepteraient plus facilement, je ne sais pas. Tu sais, chez nous un type qui baise un homme n'est pas pédé... ne l'est que celui qui est pris... celui qui baise est un homme... la personne baisée est une femme et dans le cas d'un mec, c'est juste une demi-femme, sans être aussi demi-homme, je veux dire qu'il n'est qu'une moitié et c'est tout. Et pourtant, je me sens un homme à part entière, moi, même si j'aime être baisé."
"Tu n'as rien d'une femme, c'est pour ça que tu me plais. Je n'ai jamais supporté les garçons efféminés, ce ne sont que des caricatures de femmes."
Ils recommencèrent à faire l'amour. Ils prenaient leur temps et s'interrompaient parfois pour prolonger leur union, jusqu'à ce qu'ils sentent tous deux qu'il serait trop difficile d'arrêter encore et Léonardo déchargea dans le chaud canal du jeune tunisien.
Murad, en se rhabillant, lui demanda : "On pourra se revoir ?"
"C'est possible. Tu m'as beaucoup plu..."
"Toi aussi. Je peux prendre l'argent, maintenant ?"
"Bien sûr. Tu es au parc en général, comme ce soir ?"
"Je n'y vais pas souvent. Mais quand j'y vais c'est à peu près vers onze heures, comme ce soir. Si je ne me suis pas encore arrangé avec un autre, tu m'y trouveras. J'aimerais te revoir..." dit Murad et, après un dernier baiser, il s'en alla.
Léonardo se coucha, satisfait. Il avait eu de la chance, il avait trouvé un garçon bien, cette fois-ci. Oui, il espérait vraiment revoir Murad, quand il aurait envie d'un peu de sexe. Après tout, cinquante mille lires n'était pas une grosse somme, pour lui : ça avait été de l'argent bien dépensé, se dit-il.
Quelques jours plus tard, en sortant de la fac, après avoir déjeuné dans un bar brasserie Léonardo alla chercher un banc libre au parc. Le ciel était un peu couvert, l'air doux, peut-être encore un peu frais. Il posa sur le banc la grande chemise qui contenait ses dessins puis s'assit, appuyé au dossier, les jambes détendues et un peu écartés et il réfléchit à ses cours de l'après-midi.
Il espérait que cette fois son prof serait enfin satisfait : il avait dessiné jusqu'à trois heures du matin pour tout finir et faire les modifications qu'il lui avait dit d'apporter. Mais pourrait-il jamais être satisfait, celui-là ? C'était déjà la quatrième fois qu'il lui faisait modifier son projet mais après tout, il ne s'agissait que d'un édicule funéraire, pas d'un grand monument.
Léonardo regardait paresseusement autour de lui. Il vit deux garçons arriver en marchant lentement, tout à une discussion animée. A leur physionomie ils étaient nord-africains, peut-être tunisiens... ou algériens... ou marocains, qui sait ? Ils avaient tous deux dans les vingt ans et l'un était très sensuel.
Quand ils passèrent devant lui, il entendit leur langue pleine des sons aspirés et gutturaux caractéristiques des dialectes arabes. Le plus mignon lui jeta un coup d'œil distrait. Léonardo le regarda avec un petit sourire et un regard intense, en se disant qu'il l'aurait bien mis dans son lit...S'il avait été seul, peut-être aurait-il essayé. Il repensa à Murad...
Léonardo aimait coucher avec un de ces immigrés nord-africains que, contre un peu d'argent, et pour autant qu'ils tiennent le rôle dit "actif", il n'était pas difficile de les mettre dans son lit. Il n'avait pas de problèmes d'argent et quelques fois il avait couché avec l'un d'eux. De rares fois, comme avec Murad, il avait même réussi à faire accepter à deux ou trois de tenir le rôle passif...
Les deux garçons continuaient en s'éloignant. Léonardo promena le regard. Un clochard entre deux âges était assis sur un autre banc, plongé dans la lecture, il avait un gros livre à la main et semblait en avoir déjà lu près du tiers. Il se demanda ce que ce clochard lettré pouvait lire avec un air si absorbé... Ça n'avait pas l'air d'un roman, le livre était relié en cuir marron foncé et la couverture avait des frises dorées : quelque chose de "classique" se dit Léonardo.
Une femme avec une poussette double, et des jumeaux dedans, arrivait du côté opposé. Elle était plutôt maigre, vêtue avec grande élégance, un air sérieux sur un visage pas beau mais très bien soigné. Les deux bébés, habillés pareils, avec de coûteux habits de garçonnets, étaient endormis, potelés, les joues un peu rosâtres. C'était à l'évidence des jumeaux.
Deux jeunes filles d'environ vingt-cinq ans arrivaient d'en face. Elles portaient toutes les deux une blouse bleue au faux-col blanc : ce devaient être des employées à leur pause déjeuner. Elles parlaient à voix basse et rigolaient. L'une d'elle le regarda avec un intérêt évident. Léonardo, amusé, se dit : "Aucune chance, ma belle, moi je n'aime que les petits mecs... Cet arabe juste avant n'avait rien de mal... mais tu n'as aucun espoir avec moi, inutile de continuer à me déshabiller du regard..."
Lequel regard, effectivement, parcourait de haut en bas le corps de Léonardo, du visage au léger renflement entre ses jambes, un peu écartées, dans un message muet mais éloquent, explicitement érotique. Léonardo les suivit du regard, mais la fille ne se retourna pas.
Il regarda sa montre : il avait encore près d'une heure à passer avant de devoir retourner à la fac pour le cours de "projet 1". Le clochard lisait encore et hochait la tête de temps en temps... Léonardo était intrigué, que pouvait-il donc bien lire de si intéressant ? Il n'avait pas envie d'aller voir, ni de le lui demander, même s'il aurait aimé le faire, mais il se sentait un peu paresseux dans son début de digestion.
Un garçon tenant un bébé par la main arrivait à travers la pelouse, d'un pas lent réglé sur celui du bébé. Le garçon devait avoir dans les dix-sept, dix-huit ans, le bébé moins de deux. Le garçon parlait au petit qui de temps en temps levait la tête pour le regarder, le visage souriant, et répondait quelque chose. Ils s'arrêtèrent au milieu de la pelouse, après le sentier, devant Léonardo. Le garçon se pencha, cueillit une primevère et la tendit au petit qui la mit contre son nez et la sentit.
Il entendait le son de leurs voix mais ne distinguait pas leurs mots. Le garçon s'assit dans l'herbe et le petit sur ses genoux, puis il lui posa un bisou sur le nez. Le garçon rit et lui rendit un baiser sur le bout du nez. La scène était attendrissante. Léonardo sourit. Il se demandait s'ils étaient frères, ou peut-être oncle et neveux... ou alors un baby-sitter... non, vu l'évidente affection qui les liait, ce devait plutôt être une des deux premières hypothèses.
Léonardo se dit que le garçon était vraiment très beau. Il était habillé simplement, jeans, tennis, T-shirt bleu sous une veste ouaté en toile verte avec deux bandes blanches sur le devant, ouverte. A présent le garçon était couché sur le dos et le petit assis sur son ventre, le garçon le soutenait par la taille et le balançait un peu de haut en bas en lui chantonnant quelque chose qui semblait être une comptine.
Le visage ouvert, souriant et franc du garçon était vraiment attirant : il donnait envie de l'embrasser, se dit Léonardo qui se sentait un peu excité. Il les regardait jouer. De temps en temps le rire argentin et aigu du petit rompait le calme de ce début d'après-midi.
Léonardo remarqua que le clochard avait arrêté de lire, fermé le livre en laissant un doigt dedans en guise de marque page et qu'il regardait le garçon et le bébé avec un petit sourire. Le petit regarda le clochard et fit "salut" de sa petite main. Le clochard accentua son sourire et répondit d'un geste de la main.
"Comment tu t'appelles ?" demanda le clochard.
Le bébé répondit d'un mot où seuls un "a" et un "o" étaient distincts...
"Je n'ai pas compris. Comment tu t'appelles ?" insista le clochard.
"Il s'appelle Marco." répondit le garçon à voix haute, après s'être tourné vers lui avec un sourire.
"Ah, beau nom ! Et il a quel âge, ce garçon ?"
"Un an et sept mois." dit le garçon en se rasseyant. Puis il ajouta : "Depuis huit jours."
Léonardo remarqua que le garçon, en parlant, n'avait en rien changé d'expression lorsqu'il avait vu que son interlocuteur était un clochard, il avait gardé le même sourire discret. Il nota aussi qu'il avait une belle voix, chaude, encore très jeune mais avec une belle inflexion, basse et virile. Il sentit qu'il le désirait, il commençait à être excité... Toutefois il n'avait plus le temps de tenter une approche, d'ici peu il devrait partir pour les cours de l'après-midi.
Un peu après Léonardo se leva, prit sa chemise à dessins et son sac et partit pour la fac à pas lents. En chemin il se dit que la tendresse même de la scène entre ce garçon et ce petit rendait le garçon encore plus désirable. Tout comme son sourire franc, ses belles lèvres douces et bien dessinées, ses yeux clairs et brillants...
Dans l'enceinte de la fac, il rencontra deux copains de cours qui venaient au même cours, il commença à discuter avec eux et oublia le garçon et le bébé. Quand il montra à son prof la cinquième version de son petit projet, ce dernier lui dit enfin que cette fois c'était bien, et Léonardo lâcha un silencieux soupir de soulagement.
Le surlendemain, après déjeuner et avant les cours, assis à son banc habituel, Léonardo vit de nouveau arriver le garçon et Marco, la main dans la main. Le garçon marchait à petits pas, réglant comme la fois précédente son allure sur celle du petit, qu'il regardait avec un sourire très tendre. Léonardo remarqua qu'ils avaient la même couleur de cheveux, un beau châtain foncé avec de légers reflets blonds. Il en conclut donc qu'ils devaient être frères, malgré leur différence d'âge.
Quand Marco et le garçon passèrent devant lui, le petit fit "salut" à Léonardo de sa petite main.
"Salut, Marco." Lui répondit l'étudiant.
Le petit lui sourit. Léonardo regarda le garçon et vit que lui aussi souriait. Alors il lui fit un salut à lui aussi, auquel il répondit d'un geste. Ils montèrent tous les deux sur la pelouse et s'assirent de nouveau dans l'herbe pour jouer. Ils étaient, comme l'avant-veille, juste devant Léonardo, juste après le sentier en terre battue, aussi pouvait-il les observer sans avoir l'air mal élevé.
Léonardo se disait qu'ils étaient adorables, tous les deux... mais aussi qu'il aimerait vraiment essayer avec ce garçon... Le jeans un peu serré laissait deviner un renflement tentant sous la braguette. Léonardo se sentit de nouveau un peu excité en le regardant. Il avait de plus en plus envie d'aborder ce garçon et il cherchait un prétexte pour le faire. Il se dit que peut-être sous l'excuse de s'intéresser au petit... mais comment faire ?
Quand le garçon regarda vers lui, Léonardo lui sourit et, vite, il lui demanda : "Vous habitez dans le coin ?"
Le garçon répondit : "Oui, rue Baretti."
"Vous venez souvent ici ?"
"Maintenant qu'il fait beau, oui." répondit-il.
"C'est pour ça que je ne vous avais jamais vus avant." dit Léonardo, prêt à tout pour prolonger leur conversation.
"Oui, il faisait trop froid pour l'emmener dehors. Espérons qu'il ne se remette pas à pleuvoir..." dit le garçon.
Le petit tendit les mains vers la tête du garçon et lui mit les doigts dans la bouche. Le garçon rit et se tourna un peu de côté : "Non, Marco, arrête. Tu ne vois pas que je parle au monsieur ?" lui dit-il avec douceur.
"Je m'appelle Léonardo..." dit alors l'étudiant.
"Ah, salut. Moi c'est Rinaldo." répondit le garçon. Puis il demanda : "Et toi, tu viens souvent au parc ?"
"Assez. Je suis en archi, là, au château, et pendant la pause de midi, après avoir mangé un truc à la brasserie, en général je viens là pour me détendre un peu."
"Waouh ! Architecture ! Alors, tu es un artiste !"
Léonardo rit : "J'en connais beaucoup qui se croient artiste rien que parce qu'ils sont inscrits en archi... Moi je me contenterais de devenir un bon technicien. Peu d'architectes deviennent de vrais artistes. Très peu. Toi aussi, tu es étudiant ?"
"Non, je travaille. J'ai dû arrêter mes études..."
"Tu faisais quoi comme études ?"
"J'étais au lycée professionnel... Mais je suis allé que jusqu'en première." répondit-il.
Puis il se mit à faire des chatouilles au petit qui se tordait sur ses genoux et riait, heureux, il essayait un peu de se défendre et un peu de faire des chatouilles lui aussi à Rinaldo.
Les jours suivants ils se revirent. Une fois Léonardo apporta une petite balle en plastique multicolore qu'il était allé acheter exprès à la pharmacie en demandant quelque chose qui aille pour un enfant entre un et deux ans.
Il l'avait donnée au petit : "Tiens, Marco, c'est pour toi..."
"Comment on dit ?" avait demandé Rinaldo.
"Meeeci." avait dit le petit en prenant la balle à deux mains.
Léonardo s'était assis près d'eux, dans l'herbe.
"Il ne sait pas encore dire les R. Moi, il m'appelle Inaddo..."
"Alors il va m'appeler Eonaddo..." dit l'étudiant en souriant.
"Parfois il prononce les L, mais pas toujours." dit le garçon. "De jour en jour il parle un peu plus et un peu mieux. Il grandit à vue d'œil..."
"Il m'a l'air d'un chouette gamin, il a bon caractère..."
"Oui, il ne fait jamais de caprices, c'est une chance. Il est toujours très joyeux. Mais il est aussi obéissant." dit Rinaldo avec fierté.
"Si j'en crois mes parents, moi j'étais plutôt capricieux, pour ne pas dire une peste..." dit Léonardo avec un petit sourire, "selon eux, pour chaque bêtise que je faisais, j'en préparais cent."
"Moi aussi, pour mes parents, j'ai toujours été un casse-tête..." répondit Rinaldo avec un sourire. "J'ai toujours été un fouteur de merde. Du moins jusqu'à ce je doive me remette les idées en place."
"Tu ne m'as en rien l'air d'un fouteur de merde..."
"Bah... et bien, comme on dit, les apparences sont trompeuses... Non, je crois qu'aujourd'hui je n'ai plus rien d'un fouteur de merdre. Je t'ai dit, il a fallu que je me remette les idées en place, bien plus tôt que je ne l'aurais pensé."
Léonardo dut partir pour ses cours. Les jours suivants ils se revirent, presque tous les jours, sauf le week-end puisque Léonardo rentrait à Vercelli chez ses parents, et sauf les jours où il pleuvait, où il faisait mauvais.
Quand ils se voyaient à présent, Léonardo aussi jouait avec le petit Marco et il bavardait avec Rinaldo. Il se sentait de plus en plus attiré par ce beau garçon et il essayait de se faire une idée de si ce garçon pouvait le moins du monde s'intéresser à lui, comme il l'espérait de plus en plus fermement...
Rinaldo était amical, sympathique, mais il n'avait encore rien fait qui puisse montrer qu'il était intéressé par lui dans le sens où l'étudiant en architecture l'espérait de plus en plus ardemment. Parfois, il songeait à diverses possibilités d'attaque, mais la présence du petit le réfrénait toujours. Ce n'était pas que le petit soit en mesure de comprendre, s'il s'était lancé, mais peut-être était-ce l'innocence même de Marco qui l'empêchait d'attaquer celui qui, il en était de plus en plus sûr, devait être son grand frère.