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histoire originale par Andrej Koymasky


pin QUE TA MAIN DROITE IGNORE
CE QUE FAIT TA MAIN GAUCHE
CHAPITRE 9
UNE BONNE CARRIERE

Deux jours plus tard, en rentrant chez lui, Pierre trouva Charles qui l'attendait.

"Oh, Charles, viens... tu n'es pas venu, hier..."

Pendant qu'ils entraient dans sa chambre, le garçon lui expliqua : "Hier soir j'ai trouvé un type qui m'a donné du fric, alors je ne suis pas venu. Un type qui me plaisait. Et il m'a dit qu'il pourrait me trouver du travail. Alors ce soir j'ai voulu venir te remercier. Tu es le seul à m'avoir offert à manger sans rien me demander en échange."

"Assieds-toi, je prépare à manger. Tu peux venir ici quand tu veux, je ne te demanderai jamais rien en échange, je te l'ai dit."

"Mais tu ne vis pas dans l'abondance, je ne veux pas te priver."

"Le type d'hier... tu l'as vraiment suivi parce qu'il te plaisait ?"

"Oui, plutôt. Il n'est pas vieux, plutôt bel homme, bien fait... et pas violent au lit. Et il dit que si je vais travailler pour lui, il me donnera aussi un endroit pour dormir, pour autant que je lui donne mon cul chaque fois qu'il en aura envie..."

"Tu es sûr que ça en vaut la peine ? Tu ne ferais pas mieux de chercher un travail où on ne te demande rien en échange ?"

"Je ne sais rien faire, j'ai fait que berger de toute ma vie, quel travail veux-tu que je trouve ? Et donner mon cul... je t'ai dit que ça ne me dérange pas..." dit-il avec l'air de vouloir se montrer fanfaron, mais en trahissant une grande incertitude.

"Ça ne me paraît pas juste, c'est tout. Ce type va peut-être se lasser de toi du jour au lendemain et te renvoyer à la rue. Il y a des métiers qui s'apprennent, même si on ne sait rien faire. J'ai trouvé un travail de garçon de propreté dans une petite affaire, et c'est super facile à apprendre."

"Tu sais, c'est pas facile de trouver du travail, les temps sont durs. Et s'il me jetait à la rue... je recommencerais à zéro. Après tout, lui donner mon cul, à lui ou à un autre..."

Pendant qu'ils mangeaient, Pierre lui demanda : "Et toi, tu as compris comment que tu aimais faire... ces choses ?"

"Que je suis pédoque ? Oh, là-haut à la montagne, dès mes douze ans... avec d'autres bergers, quand on était seuls des semaines durant à l'alpage ... Les deux fils du patron, la nuit, ils s'amusaient avec moi. Ils disaient que mon petit cul était mieux que celui des brebis, et qu'en plus je pouvais aussi les sucer. L'un me mettait par derrière, l'autre par devant, à tour de rôle, en même temps..."

"Et ça te plaisait ?"

"Oui. Peut-être pas les premières fois, mais après... maintenant j'aime si celui qui me met n'est pas violent, ne l'a pas trop grosse et n'est ni trop vieux ni trop laid. Toi... tu n'as jamais essayé ? Tu es beau, t'es jeune et gentil. J'aimerais le faire avec toi. Et pas parce que tu me donnes à manger, tu sais ?"

"Je... moi aussi je ne vais qu'avec les garçons, les filles ne m'intéressent pas..."

"Vraiment ? Alors... tu me veux dans ton lit, cette nuit ?" lui demanda le garçon en le regardant avec une expression d'espoir dans les yeux.

"Non, Charles, je n'en ai pas envie."

"Je ne suis pas ton type ?"

"Ce n'est pas ça, tu es beau garçon..."

"Je te ferais jouir comme tu veux... j'aimerais le faire avec toi, vraiment, si tu dis que tu es comme moi."

"Non, Charles. Vraiment ça ne me dit rien, ni avec toi ni avec personne."

"Mais tu disais que toi aussi tu aimais..."

"Le garçon dont j'étais amoureux est mort il n'y a pas deux mois." expliqua Pierre à voix basse.

"Amoureux ? Deux garçons peuvent aussi être amoureux ?" demanda Charles, ébahi.

"Bien sûr qu'ils peuvent. Et quand tu es amoureux, faire ces choses est encore meilleur. Ce n'est plus seulement un jeu, un amusement et encore moins un soulagement."

"Je croyais que seuls un homme et une femme pouvaient être amoureux. Je croyais que deux hommes peuvent juste baiser. Mais... lequel de vous donnait son cul à l'autre ? Lui, je pense, toi tu es si viril..."

"Lui aussi était viril, au moins autant que moi. Certains n'aiment qu'être pris, d'autres seulement prendre, mais il y en a aussi qui aiment les deux rôles."

"Tu dis vrai ? Je veux dire... ce n'est pas toujours le même qui fait l'homme et l'autre la femme ?"

"Toi non plus tu ne me semble en rien une femme, tu n'es pas efféminé. Tu es beau garçon, tu es viril, n'est-ce pas ?"

"Mais moi je ne fais qu'être pris et sucer, et personne ne me l'a jamais fait à moi. Les fils du patron disaient que je suis bon à faire ces choses, comme une femme... Ils disaient que je suis né pour faire ça. Ils disaient que j'avais quelque chose de trop entre les jambes et qu'il me manquait quelque chose à la poitrine..."

"C'étaient des cons. Tu aimerais être une femme ?"

"Non, je ne sais pas, mais je ne crois pas. Non, je crois aimer être un homme, même si j'aime le faire avec des hommes."

Après leur frugal repas, Pierre lui dit : "Bon, Charles, souviens-toi, à chaque fois que tu n'as pas à manger, viens ici et nous partagerons ce que j'ai."

"Je voudrais faire quelque chose pour toi, pour te remercier. Mais à part cela... je ne saurais pas quoi te donner."

Pierre lui ébouriffa les cheveux : "Ne t'en fais pas, Charles. Bonne nuit..."

"Bonne nuit, et merci."

"Attends !" lui dit Pierre à la porte. Il avait eu une idée. "Samedi soir, tu peux venir ici ?"

"Oui..."

"Tu peux venir avant huit heures ?"

"Je crois que oui."

"Bien, alors on prendra le dernier car et je t'emmènerai à un endroit où on te donnera peut-être du travail sans rien te demander en échange. Je ne te promets rien, ça ne dépend pas de moi, mais peut-être..."

Pierre était presque sûr que s'il expliquait à Giuseppe la situation, il donnerait à Charles un toit et un travail. Même s'il ne l'avait vu que deux fois, il lui semblait un bon et brave garçon,. Il avait juste joué de malchance.

Quand le dimanche Pierre reprit le car pour rentrer à Aoste, il était content. Sa famille avait accueilli Charles sans problèmes, l'avait fait dormir dans sa petite chambre et l'avait fait travailler au bistrot à sa place.

Quand le garçon apprit que Damiano et Diego étaient un couple, il écarquilla les yeux, et plus encore quand il sut que tout le monde à la maison le savait et s'en accommodait sans problème. Charles le raccompagna au courrier.

"Tu es un ange, Pierre. Ta famille, elle est incroyable ! Bon dieu, je n'aurais jamais cru que j'aurais une telle chance ! Je croyais que... que je devrais vendre mon cul toute ma vie, et là... Et sans rien demander en échange..."

"Si, ils attendent quelque chose en échange : tu dois travailler dur au bistrot, pour mériter ce que Giuseppe te donne."

"Bien sûr. Tu verras, je ne les décevrai pas. Et toi non plus tu ne seras pas déçu. Et... Pierre... si par hasard un jour... Moi j'aimerais je faire avec toi, ne l'oublie pas, j'aimerais vraiment !"

Pierre lui ébouriffa les cheveux ne répondit pas et il monta dans le car. Charles attendit jusqu'à ce qu'il disparaisse dans la rue en pente et le salua jusqu'au bout en agitant un bras.

Au travail, Pierre savait se rendre de plus en plus utile et précieux, grâce à son attention constante. Il observait les différentes phases des travaux et parfois, avec tact, il donnait quelques conseils d'amélioration. Le patron, à son insu, le gardait à l'œil : il subodorait que le garçon de nettoyage avait du talent et qu'il pourrait devenir autre chose.

Aussi le promut-il ouvrier et, sous prétexte de le faire remplacer telle ou telle ouvrière absente, il lui fit peu à peu fait faire le tour de toutes les phases de fabrication des chemises, de la découpe à la couture, au repassage et à l'emballage. Le petit atelier travaillait à plein rendement et il dut vite commencer à s'agrandir et de nouveaux ouvriers furent embauchés, alors le patron promut Pierre contremaître et, moins d'un an après, chef d'atelier.

Malgré son si jeune âge, Pierre montra aussi du talent à diriger les ouvrières et les ouvriers. Il savait conseiller, aider et même reprendre, gronder, mais sans jamais de laisser de mauvais sentiments aux autres. Et il était toujours prêt à écouter, à encourager et à féliciter.

Sa rapide carrière correspondit aussi à une rapide augmentation de salaire, ainsi Pierre put-il se permettre de louer un appartement décent et de le meubler de façon simple et fonctionnelle.

Le fait de devenir chef d'atelier le mit en contact plus étroit avec Umberto, le fils du patron. En fait, ils partageaient le bureau.

"Ça te plait, Pierre, de travailler avec nous ?" lui demanda un jour Umberto.

"Oui, j'ai appris plein de nouvelles choses. Et il y a une bonne ambiance, ici. Ton père est bourru, mais c'est un homme juste, il me plait."

"Oui... quand on pense que sa mère, ma grand-mère, était une couturière qui travaillait chez elle, et qu'il a transformé ce travail simple et humble en tout ceci... Et nous grandissons encore... Dis-moi, Pierre, l'autre jour je t'ai entendu dire que nous devrions emballer les chemises de façon plus frivole..."

"Non, pas plus frivole, je disais plus élégante. La première chose que voit un client, quand il achète vos chemises dans un magasin, c'est l'emballage. S'il y avait sur la boîte un beau dessin attrayant, si en l'ouvrant il y avait du papier de soie qui la protège comme un objet précieux... la chemise semblerait encore plus belle, les gens ne préféreraient-ils pas les vôtres aux autres marques ? Tu n'as jamais regardé comment se comportent les gens dans les magasins quand ils vont acheter des chemises ?"

"Non, jamais. Et toi ?"

"Ça m'est arrivé deux ou trois fois : on dirait qu'ils ouvrent un cadeau de Noël ou d'anniversaire. Alors, puisque les chemises que nous faisons sont d'excellente qualité, pourquoi ne pas les présenter aussi comme un très beau cadeau ?"

"Tu pourrais faire une maquette de ce que tu as en tête, pour mieux voir ce que tu veux dire ?" lui proposa Umberto.

"Je peux essayer, même si je ne suis pas expert en la matière, ce n'est pas mon travail."

"Tu es entré ici comme garçon de nettoyage et tu es déjà chef d'atelier. Il y a des gens qui entrent ici avec une tâche et n'en changent pas jusqu'à ne plus être en mesure de travailler. Papa dit que tu as du talent et je crois qu'il a raison. Que risques-tu à essayer ? Au pire, tu auras perdu un peu de temps..."

Pierre acquiesça. Il emporta une boîte chez lui, fit le tour des magasins d'Aoste, acheta du papier, des crayons et diverses affaires et il essaya, essaya encore et encore, mais il n'était pas satisfait, pas du tout. Un jour il vit en ville quelques affiches publicitaires pour Dubonnet et il eut une révélation : il savait à présent ce qui manquait pour donner corps à son idée ! Mais où et comment trouver le dessinateur qu'il souhaitait ? Pierre ne se sentait pas d'essayer de dessiner, il n'était pas doué...

Il décida d'en parler à Umberto, mais il préféra l'inviter chez lui que de lui en parler au bureau. Ainsi, un dimanche après-midi, Umberto se présenta à sa porte. Pierre lui fit voir l'emballage qu'il avait préparé.

"Tu vois, la boîte est blanche, mais il faudrait un dessin dessus, un beau jeune homme en manches de chemise, souriant, beau, robuste, comme tout homme voudrait être ou avoir été, ou comme toute femme aimerait que son mari soit... Tu vois ce que je veux dire ? Puis, ouvre la boîte, tu vois, il y a un beau ruban de soie bleue, la couleur du roi, bordée d'or pour donner l'idée de luxe, avec une boucle simple, comme un paquet cadeau, et dessous, enveloppée dans deux couches de papier de soie très blanc, la chemise bien pliée et mise dans une enveloppe en cellophane... quelque chose de précieux... Le tout coûterait un peu plus que la boîte actuelle, mais..."

"Oui... oui, c'est très élégant, comme ça, et vraiment chic, la chemise semble encore plus belle qu'elle n'est... mais pourquoi as-tu mis sous le col ce carton en forme de papillon ?"

"Pour qu'il tienne le col raide et donne une idée de raffiné, de... prêt à mettre, et ça tient toujours le col en forme parfaite."

"Je vois. Tu as raison."

"Et les emballeuses, une fois qu'elles auront appris, y mettrons juste deux minutes de plus. Mais je ne sais pas comment trouver un dessinateur pour faire l'image que je t'ai dit pour la boîte. L'image est au moins aussi importante, ce sera la première chose qui attire le regard."

"Moi je me débrouille un peu, en dessin, assez du moins pour pouvoir présenter la boîte à papa et lui faire comprendre ton idée. Qu'en dis-tu ? Tu m'expliques comment je dois le dessiner... et tu peux être mon modèle. Je fais quatre ou cinq dessins, on choisit celui que je réussis le mieux... et on montre le tout à papa."

L'enthousiasme d'Umberto fit plaisir à Pierre. Alors il passa une chemise tout juste repassée, mit une cravate simple et s'assit pendant qu'Umberto commençait à faire quelques esquisses et le faisait prendre différentes pauses. Quand il fut arrivé à ce qu'ils voulaient, Umberto alla chez lui chercher une boîte de crayons de couleurs et, à son retour, il dessina sur le couvercle blanc de la boîte la version qu'ils avaient choisie. Le soir ils étaient satisfaits du résultat obtenu.

"Oui, si le dessin est fait par un bon illustrateur, je crois que ce sera parfait ! Et si on convainc papa, il se débrouillera pour trouver l'illustrateur qu'il faut."

"Et surtout, un dessinateur qui trouve le bon modèle." commenta Pierre, satisfait.

"Mais non, tu es le bon modèle, tu es très beau garçon." dit à voix basse Umberto en le regardant avec des yeux où brillaient une flamme qui provoqua un léger trouble en Pierre.

"Tu trouves ?" demanda-t-il dans un filet de voix en cherchant à cacher ce que la remarque et le regard de l'autre avait suscité en lui.

"Depuis le premier jour où je t'ai vu." affirma le jeune homme presque à voix basse.

Une atmosphère chargée de tension s'était créée dans la pièce, les deux jeunes hommes ne se regardaient plus dans les yeux, ils semblaient tous deux gênés, pourtant aucun des deux ne voulait troubler ou détruire cette atmosphère. Après un court silence, qui leur sembla très long à tous deux, Umberto déplaça une main sur la table et la posa sur celle de Pierre, qui sursauta. Puis ce dernier retourna sa main et leurs doigts se croisèrent. Pierre réalisa qu'il était très excité et il frémit. Il voulait retirer sa main, mais il n'en avait pas la force.

"Depuis le premier jour où je t'ai vu..." répéta Umberto, "j'ai pensé que je n'avais jamais rencontré un garçon... comme toi."

"Ah bon ?" murmura Pierre.

"Beau, doué et... désirable." dit enfin Umberto en se levant et en le faisant se lever.

Pierre se retourna, libéra sa main de celle du jeune homme et lui tourna le dos pour lui cacher son trouble. Mais Umberto le prit par la taille, l'attira vers lui et se serra contre lui. Pierre sentit clairement qu'il était aussi excité que lui. Il s'abandonna contre sa poitrine, il sentait sa tête et son corps en flammes.

Une main d'Umberto se posa sur la braguette de Pierre et pressa pour sentir sa vigoureuse érection.

"Non..." gémit Pierre, mais sans se soustraire.

"Pourquoi pas, Pierre ? Je... je te désire à en mourir, je te désire depuis toujours. Et toi aussi, à en juger à... à ta réaction. Pourquoi pas, Pierre ?" lui murmura-t-il à l'oreille, ému.

"Je... je..." balbutia presque ce dernier. "depuis que mon copain est mort..."

Umberto exultait : si Pierre avait eu un copain, il était clairement comme lui ! Il lui embrassa et lui mordilla le cou.

"Mon dieu... Umberto... que fais-tu ?" gémit-il presque.

"Je te veux, Pierre. Tu ne me veux pas, toi ? Tu ne veux pas être mon copain ?" demanda-t-il d'une voix chaude et persuasive et il lui fit encore sentir son érection et massa délicatement celle de Pierre.

Pierre pencha la tête en arrière, l'appuya sur l'épaule d'Umberto, et posa une main sur celle qui massait sa braguette, pas pour la retirer, mais au contraire pour la presser plus contre son sexe en feu. Umberto le força gentiment à se retourner, le serra encore contre lui et l'embrassa. Pierre répondit avec passion à ce baiser brûlant. Leurs corps se collèrent fort, leurs bassins bougeaient à peine en mouvement circulaire, pour mieux sentir l'autre.

"Tu ne veux pas être mon copain, Pierre ? Je ne veux pas rien qu'une aventure avec toi."

"Ton copain... Que savons-nous de si nous pouvons vraiment nous mettre ensemble ? On se connait pas encore... pas pour ces choses. Je..."

"Tu n'aimerais pas te mettre avec moi ? Je ne suis pas aussi beau que toi, mais..."

"Tu es bel homme, Umberto, mais je n'ai jamais pensé à toi... de cette façon."

"Mais tu es excité, au moins autant que moi..."

"Mon corps... mon corps est en feu, et ma tête aussi..."

"Et alors ?"

"Mais pas mon cœur..."

Umberto lui posa l'autre main sur la poitrine : "Mais il bat fort, très fort... comme le mien, d'ailleurs. Moi aussi, bien que je te désire, je n'avais pas espéré... pouvoir un jour te dire combien je te désirais. Tu ne m'emmènes pas là, sur ton lit ?"

Pierre était partagé, son corps lui hurlait oui, mais il hésitait encore, il avait été pris par surprise par la proposition d'Umberto. C'était un jeune homme agréable, cela il n'en doutait pas, et même de bon caractère, pour ce qu'il le connaissait, mais était-il prêt à commencer quelque chose de sérieux et d'engageant avec lui ? Et Umberto, voulait-il vraiment quelque chose d'engageant et de sérieux ?"

"Tu ne m'emmènes pas ?" insista Umberto.

"Mais si après, entre toi et moi, ça ne marche pas ? Si seuls nos corps disent oui mais pas nos esprits ni nos cœurs ? Ces derniers mois mon corps a eu d'autres occasions, mais je les ai toutes refusées..."

"Tu es encore amoureux de lui ?"

"Comment peut-on être amoureux de quelqu'un qui n'est plus ? Mais... il reste toujours dans mon cœur. Et après lui, ça ne m'intéresse pas d'avoir une aventure."

"Cela te fait honneur. Mais si tu n'essaies pas, tu ne pourras jamais savoir, tu ne pourras jamais rencontrer un autre, tu ne crois pas ?"

"Toi tu n'as pas de copain ?"

"Non, je n'en ai plus."

"Mais tu en as eu un ?"

"Oui. Il m'a quitté il y a deux ans."

"Pourquoi ?"

"Il s'est marié, et sa femme lui suffit, dit-il."

"Alors il n'était pas amoureux de toi. Et depuis ?"

"Depuis... rien qu'une longue liste d'aventures sans lien, sans suite. Mais avec toi... je voudrais essayer de voir si ça peut devenir quelque chose de sérieux. Les derniers... je cherchais sans cesse quelqu'un qui te ressemble, tu sais..."

"Mais le physique n'est pas tout..."

"Non, justement. Il n'y a pas que ton corps qui m'attire. Pourquoi ne veux-tu pas me dire oui, Pierre ? Pourquoi ne pas au moins essayer ?"

Umberto, le tenant toujours dans ses bras, le poussa vers une porte. Pierre sourit : "Non, là c'est les toilettes... c'est l'autre porte..." dit-il et il se laissa guider jusqu'à sa chambre.

Sous les fenêtres passaient des hommes ivres qui chantaient à tue-tête des chansons paillardes. Pierre se libéra de l'étreinte d'Umberto, prit les allumettes et alluma la lampe sur la table de nuit. Puis il regarda Umberto et commença à se déshabiller.

"Non..." dit Umberto avec un sourire victorieux, "tu me déshabilles et je te déshabille. Je préfère, c'est mieux." dit-il et il approcha et se mit à ouvrir sa chemise.

Peu après ils étaient couchés sur le lit, tous deux nus, les membres enlacés, ils s'embrassaient de nouveau, frottaient leurs poitrines, leurs ventres et leurs sexes dressés, prisonniers entre leurs corps. Après un moment Umberto se tourna et leurs corps se refermèrent en un anneau de plaisir. Puis il se tourna encore et dit : "Si... si je fais quelque chose que tu n'aimes pas, tu n'as qu'à me le dire, Pierre."

"Bien sûr."

Umberto lui passa un doigt entre les fesses et s'attarda sur le trou pour un délicat massage : "Là... tu aimes ?"

"Oui, mais il y a des années que... va doucement, s'il te plait."

"Et tu aimes prendre ?"

"Oui."

"Parfait, alors on a les mêmes goûts. Mais en fait, si ça fait des années que tu n'as pas été pris, mieux vaut que cette fois tu me prennes. La prochaine fois j'aurai du gel, ça rend tout plus facile."

Pierre le regarda, un peu surpris : "Il y a même un gel... pour faire ces choses ?"

Umberto rigola : "Il a peut-être été inventé pour autre chose, mais il marche très bien pour ça aussi."

"Et toi, tu n'en as pas besoin ?"

"Non, maintenant j'ai l'habitude et ton sexe a la bonne taille, ni trop grand ni trop petit."

"Va savoir combien tu en as pris !" dit Pierre, un peu amusé, il commençait à se détendre.

"Je ne peux pas me plaindre, mais il n'y a pas de quoi se vanter !"

"Mais c'est si facile de trouver des gens comme nous ?"

"Plus que tu ne le crois. Même si beaucoup jurent qu'ils sont normaux, il suffit que personne ne le sache et ils te suivent aussi au lit, et pas que pour faire l'homme, ils se font mettre aussi... même des hommes mariés."

"Allez ! Même des hommes mariés ? Vraiment ?"

"Et comment ! En partie parce que les hommes comme nous doivent souvent se marier, pour que ça ne se sache pas. J'ai peur de devoir, tôt ou tard, me marier aussi, mon père se fait de plus en plus insistant, il veut des petits-enfants, pour continuer la famille, et je suis son seul fils."

"Non, moi je ne me marierai jamais. Je ne saurais pas quoi faire, avec une femme. J'ai peur de ne même pas bander. Tu as déjà essayé, toi, avec une fille ?"

"Juste deux fois. Ça fonctionne, même si je préfère un homme ou un beau jeune comme toi." répondit Umberto.

Puis il se mit en position, à quatre pattes et invita Pierre à le pénétrer. Ce dernier se mit à genoux entre ses jambes, le saisit par la taille et, tandis qu'Umberto tendait une main en arrière et le guidait vers sa cible, il commença à le pénétrer d'une poussée ferme et continue. Il regardait son sexe glisser dedans et peu à peu disparaître entre les fesses musclées d'Umberto qui l'encourageait avec de bas : "Comme ça... comme ça..."

Enfin il se laissa aller dans un va et vient rapide et vigoureux et il se dit qu'il lui avait manqué, cet acte, bien qu'il l'ait toujours refusé après la mort de Roger. Après un moment, Umberto lui demanda de ralentir, il ne voulait pas que ça finisse trop vite. Pierre obéit et passa à des poussées lentes et longues et il se pressa contre son dos et lui caressa la poitrine et le sexe dressé.

"Ça va, comme ça ?" lui demanda-t-il.

"Oui, Pierre, ça va très bien, j'aime. Et toi ?"

"Je crois que... j'en avais besoin."

"Pousse bien à fond, mais tâche de ne pas jouir trop vite."

"Tu préfères prendre ou être pris ?" lui demanda Pierre en continuant à bouger en lui de façon contrôlée.

"J'aime les deux. J'adore les deux. Et toi ?"

"Moi aussi. Mais peut-être un peu plus prendre. Mon Roger, lui, il n'aimait qu'être pris."

"L'important c'est d'être heureux tous les deux, non ?"

Pierre sentait qu'il avait de plus en plus de peine à se contrôler, à se retenir. Inconsciemment il accéléra le rythme et la vigueur de ses poussées. Umberto comprit que Pierre approchait du point de non retour. Ils ne parlaient plus, maintenant, ils savouraient tous deux cette union si longtemps désirée.

Pierre accéléra encore, ses coups se firent forts et désordonnés. Alors qu'il commençait à éjaculer, il sentit le membre d'Umberto palpiter dans sa main et lui aussi arriva à l'orgasme, tandis que Pierre déchargeait vigoureusement et à fond. Ils gémirent tous deux sous l'intensité du plaisir et, leur esprit se vida un instant de toute autre pensée et sensation, vaincu par l'intensité de leur jouissance. Ils s'étendirent, haletants, et se détendirent pendant qu'Umberto caressait doucement le corps de Pierre.

"Putain, c'était fort de le faire avec toi. Ça fait des lustres que je n'ai pas joui rien qu'à me faire prendre ! Tu baises comme un dieu !"

Pierre rit : "C'est presque un blasphème, ce que tu dis." lui fit-il remarquer.

"Tu es religieux, toi ?"

"Je vais à l'église, parfois."

"Tu sais, j'ai baisé parfois avec un garçon qui était séminariste..."

"Alors tu es religieux aussi," lui dit Pierre, un peu ironique. Puis il lui demanda : "Mais tu fais comment pour trouver les garçons que tu baises ?"

"Il y a des endroits et des heures où c'est facile, presque tous ceux qui y vont n'y sont que pour ça. Surtout les soldats."

"Mais il faut les payer ?" demanda Pierre en pensant à Charles.

"Parfois oui. Mais s'ils en valent la peine, pourquoi pas ? Ce qui compte est qu'ils ne fassent pas leur précieuse, qu'ils soient prêts à faire de tout, parce qu'ils aiment. Je leur demandais avant de conclure. Ceux qui acceptaient juste de se faire sucer ou d'enculer et rien d'autre, je les envoyais chier."

"Et ils sont où, ces endroits ?"

"Pourquoi, Pierre, tu préfères aller te chercher des garçons plutôt que le faire avec moi ?"

"Non, simple curiosité. Pour moi, si ça marche entre nous, je n'ai besoin de rien d'autre."

"Il me semble que ça se passe bien, non ? Mais il en est de même pour moi. Si tu veux bien être mon copain, je te jure que je n'irai plus en chercher. Je suis sérieux."

"Je ne sais pas, Umberto. Mais on peut essayer." répondit Pierre, puis il sortit du lit, chercha la tabatière de son père dans la poche de son pantalon, l'ouvrit et lui montra son contenu. "Tu aimes ?"

"Oh, un cœur ! Mais, c'est... c'est un coquillage ?"

"Oui, c'est une petite vieille qui me l'a offert, il y a longtemps. C'est un genre de talisman..." dit Pierre et il pensa qu'Umberto pourrait être le "troisième" dont lui avait parlé la masque. Donc leur relation ne serait pas définitive. "Espérons juste qu'il ne meure pas lui aussi..." se dit-il dans un élan de tristesse.


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