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histoire originale par Andrej Koymasky


pin QUE TA MAIN DROITE IGNORE
CE QUE FAIT TA MAIN GAUCHE
CHAPITRE 6
UN MUR LEZARDE

"Tu déconnes, c'est ton vrai nom ?" s'exclama Pierre devant le diplôme que son ami lui montrait : "Roger-Marie Emmanuel Geoffroi Laval, Comte de Chambord !"

"C'est ridicule, hein ?" répondit-il en reprenant le parchemin.

"Ridicule, non, mais... vraiment trop long."

"Roger Laval, point, à la ligne." dit-il en haussant les épaules. Et il demanda : "Alors, on fait quoi ? Tu veux encore essayer de monter à cheval, aujourd'hui, ou on va au torrent, ou au prieuré de saint Pierre ? C'est toi qui choisis."

"Moi, tout me va, tant que c'est avec toi."

"Charmeur, comme toujours. Je t'ai demandé de choisir, fais-le, s'il te plait, sinon on va passer l'après-midi à échanger des politesses."

"Alors le torrent... qu'au moins je voie ton beau corps nu. Mais non, puisque tu ne me laisses toujours pas te toucher, il vaut peut-être mieux qu'on aille à vélo au prieuré, tu ne me l'as toujours pas montré."

"Mon corps n'est pas aussi beau que le tien. Il est trop maigre, je n'ai pas tes beaux muscles."

"Maigre, non, il est... charmant et élégant. Il me plait, quoi qu'il en soit, et si tu n'étais pas si timide... je t'aurais plus que volontiers déjà mis la main dessus. Mais je ne t'apprends rien, hein ?"

"Non... Allons au prieuré, alors. Viens à la remise, on prend les vélos et on y va. En fait non, passons d'abord aux cuisines nous faire préparer un en-cas à monter là-haut."

"Pourquoi ne m'as-tu toujours pas montré ta chambre ? Tu m'as fait faire le tour de presque tout le château..."

Roger rigola : "Je sais bien, canaille, pourquoi tu voudrais que je t'emmène dans ma chambre, qu'est-ce que tu crois ?"

"Et ça t'ennuierait tellement ?"

"Non, c'est que... je t'ai déjà dit... je ne me sens pas encore prêt. Même si moi aussi j'ai envie. Sois encore un peu patient, s'il te plait. Je sais que de toute façon, très bientôt ce sera moi qui te le demanderai."

"Mouais ! En attendant tu prends plaisir à me faire souffrir."

"Non !" s'exclama Roger. "Pas du tout, crois-moi. Mais je ne veux pas que ça soit... que ça semble juste... un soulagement, un petit plaisir à consommer sur place et... Un truc sordide comme c'était devenu avec mon prof ou mes deux copains au collège, comme je te l'ai expliqué."

Ils mirent de quoi manger et boire sur leurs vélos et montèrent vers le prieuré en pédalant avec vigueur et bonne humeur. Pierre se sentait léger et heureux comme il l'avait rarement été. Roger aussi semblait particulièrement content. De temps en temps, sans cesser de pédaler, ils se mettaient côte à côte et échangeaient un sourire.

Enfin, après le dernier virage, apparut le prieuré, ou ce qui en restait. De loin il donnait l'impression d'être intact, mais quand ils s'approchèrent Pierre vit qu'il était en très mauvais état. Il y avait à droite les ruines de l'ancienne église, dont il restait la façade avec un porche et une rosace vide, comme une orbite aveugle. Le mur droit était encore presque intact, mais il ne restait que des morceaux de l'abside et du mur gauche, sur une hauteur d'au plus un mètre, un mètre et demi.

A droite de l'église, à partir de derrière l'abside, il y avait un bâtiment sur deux niveaux, puis une espèce de tour large de trois étages puis un autre bâtiment de deux étages, perpendiculaire, qui fermait la petite place. Aucune n'avait de fenêtre et seul ce dernier bâtiment avait encore une apparence de toit.

Ils avancèrent entre les ruines avec prudence et les explorèrent. Les deux plus grands bâtiments étaient construits en C et deux grandes arcades, une à l'est l'autre à l'ouest, donnaient sur l'intérieur. Les restes de fresques peintes apparaissaient ça et là.

Pierre regardait partout, surpris et ravi. "Il y a combien de temps que c'est autant en ruine ?" demanda-t-il.

"Cette partie est la moins en ruine, elle a été utilisée du temps de mon grand-père et l'église aussi était encore entière, un incendie l'a détruite en 1864, quand mon grand-père avait mon âge. Le reste était déjà en ruine."

"Mais ça a été construit quand, tout ça ?"

"A plusieurs époques. L'église et la partie derrière a été bâtie par les bénédictins autour de l'an 1100. Puis en 1403 les bénédictins l'ont cédée au premier comte de Chambord et c'est devenu une commenderie. L'abbé habitait la tour centrale. Puis un de mes aïeux l'a donnée aux franciscains en 1521 qui finirent par être si nombreux qu'ils ont construit cette partie, moins en ruines, doublant ainsi le couvent. A la suppression des ordres religieux au siècle passé, les franciscains ont dû partir et le monastère fut utilisé quelques temps comme caserne par l'armée de Piémont-Sardaigne. Quelques années après il est devenu un prieuré, mais il a été abandonné il y a environ cinquante ans et... et il a fini comme tu le vois." expliqua Roger pendant qu'ils continuaient à explorer les ruines.

"Tu viens souvent ici ?"

"Non... j'aime l'endroit, mais ça me rend triste, toutes ces ruines. J'ai demandé plusieurs fois à mon père de les restaurer... de ne pas permettre que tout disparaisse lentement, mais ça ne l'intéresse pas. Viens ici, regarde cette chambre..." dit-il en le guidant dans une pièce du dernier étage de la tour centrale.

C'était une pièce octogonale avec des fenêtres bilobées sur trois côtés contigus, toute en pierres nues bien carré, qui portaient encore les traces de fresques peintes en imitation de drapés et de tapisseries. Par les fenêtres vides on voyait un paysage merveilleux, la vallée qui serpentait tout en bas, dans une mer d'arbres parsemée ça et là de quelques toits en lauses. En face, après le torrent, la crête des montagnes s'élevait, raide, couverte d'un manteau de verts variés avant de se découper en petits sommets rocheux.

"C'est beau, n'est-ce pas ?"

"Fantastique !" s'exclama Pierre, d'une voix rêveuse, et il se retourna pour regarder son compagnon.

"J'aimerais pouvoir habiter ici..." murmura Roger.

"Seul ?" lui demanda son ami.

"Pas nécessairement..."

"Avec moi ?" demanda alors Pierre, à voix basse.

Roger ne répondit pas, mais il approcha de lui, le prit dans ses bras, le poussa contre la petite colonne qui séparait la fenêtre en deux, chercha ses lèvres des siennes et l'embrassa.

Ce geste prit Pierre complètement par surprise, il n'avait jamais été embrassé, avant, pas par un garçon et jamais sur les lèvres. Ça l'excita instantanément et il sentit que Roger aussi était excité. Timidement, incertain de ce qu'il devait faire, il répondit au baiser... mon dieu, que c'était tendre et bon !

"Tu me désires..." murmura Roger.

"Oui..." haleta-t-il presque, et il serra le corps de Roger contre lui pour mieux sentir son érection et lui faire pleinement sentir la sienne.

Roger l'embrassa encore, et cette fois leurs langues jouèrent un peu l'une avec l'autre.

"Tu me veux..." murmura Roger et il rougissait un peu dans son excitation croissante.

"Oui, je te veux." dit Pierre en écho, peinant presque à articuler tant il était ému et excité.

Leurs corps frémissaient et, à travers leurs habits légers, ils sentaient chacun la chaleur du feu qui brûlait en l'autre. Leur troisième baiser fut plus long, plus intime. Pierre se dit confusément que c'était beau d'embrasser comme ça, qu'il était incroyable qu'il soit si bon d'embrasser, d'être embrassé.

Ses mains fouillaient les habits de Roger et cherchaient à passer dessous et sentir sa peau nue. Roger lui caressait la nuque et le dos, les yeux fermés, tremblant presque d'excitation, il se pressait contre lui et continuait son baiser intime, leurs langues jouaient à se battre tour à tour dans la bouche de l'un ou de l'autre.

"Je te veux." haleta Pierre qui avait sorti la chemise du pantalon de Roger promenait déjà une main dans son dos alors que l'autre, passée sous la ceinture et les habits, caressait avec un plaisir croissant les petites fesses fermes et douces comme de la soie précieuse.

"Ici ? Maintenant ?" demanda Roger, la voix presque étranglée par la force du désir qu'il éprouvait.

"Oui, maintenant et ici. Tu ne veux pas être à moi ?"

"A toi ? A toi pour quelques minutes, pour t'amuser un peu avec mon corps ?" demanda Roger sur un ton triste en éloignant la tête de son ami et en le regardant droit dans les yeux.

Pierre se figea, ses mains s'immobilisèrent, l'une sur sa taille, l'autre sur une fesse, il lui rendit son regard droit et sincère et lui dit : "Tu veux que je te dise que c'est... pour toujours ?" et il sentit son cœur tambouriner dans sa poitrine et le sang battre avec violence à ses tempes.

Oui, il se sentait prêt à lui dire qu'il le voulait pour toujours, et il savait qu'il ne le dirait pas pour le tromper, il sentait que c'était vraiment le cas, à ce moment. "Pour toujours." murmura-t-il, conscient du poids énorme de ses mots, en se disant que la masque s'était certainement trompée.

Roger se détacha de lui, mais ne résista pas quand Pierre l'attira de nouveau en disant : "Ne t'échappe pas... je parlais sérieusement..."

"Je sais que tu parlais sérieusement, tes yeux me l'ont mieux dit que tes mots, mais... Si j'étais une fille il serait déjà difficile que mon père me permette de t'épouser... et nous sommes deux garçons."

"Ce sera... notre secret..."

"Et on se verra rarement et en cachette ? Ce sera une vie, ça ?" demanda Roger d'une voix extrêmement triste.

"Il faut voler ce qu'on peut à la vie... ce qu'on a le droit d'avoir et ce qui nous est refusé..."

"Voler, oui, comme des criminels..."

"Je te veux, Roger... s'il te plait... ne me dis plus non..."

"Moi aussi je te veux, en moi, mon bon Pierre, je n'ai jamais rien désiré aussi fort de ma vie, crois-moi... Mais... Tu n'es pas comme les autres, pour moi... Si tu m'utilisais... cette fois-ci j'en mourrais."

Pour toute réponse, Pierre commença à ouvrir la chemise de Roger et, dans le silence absolu et enchanteur que rien ne troublait dans la chaleur de l'après-midi, il la lui enleva et la laissa tomber à terre, puis peu à peu, il lui retira tous ses habits, un à un, jusqu'à l'avoir complètement nu devant lui. Il le regarda de haut en bas et sur tout le corps, plusieurs fois. Il l'admirait : il l'avait déjà vu nu au torrent, mais cette fois-ci il pensa qu'il était beau comme un ange et il se sentit incroyablement ému.

"Oh, Roger... Roger... veux-tu devenir mon Roger ?"

"Je suis ici... je suis ici, Pierre."

Le garçon se déshabilla rapidement, presque en hâte, puis tira de nouveau son ami contre lui. Ils s'embrassèrent encore, longuement, tandis que leurs mains, en extase, erraient sur tout le corps de l'autre. Leurs membres virils, dans la plénitude de leur raideur juvénile, étaient serrés entre leurs ventres. Puis Roger se détacha délicatement, se retourna entre les bras de son compagnon, appuya les mains sur le rebord de la fenêtre et, sans tourner la tête pour le regarder, il dit à voix basse, mais claire et ferme : "Prends-moi ! Fais-moi tien !"

Pierre admira ce beau corps sain et jeune, penché et prêt à le recevoir, puis les petites fesses fermes, belles comme une pêche mûre prête à être cueillie, savourée, dégustée. Le soleil de l'après-midi illuminait en partie le corps qui s'offrait enfin à lui et semblait le peindre d'or pur. Emu, Pierre mit de la salive sur son membre raide et dur, puis sur le trou caché du garçon et il le sentit frémir.

"Prends-moi, Pierre... fais-moi tien..." le suppliait presque Roger, d'un ton pressant de prière et de puissant désir.

Pierre se sentait presque ivre, le désir fort que son compagnon montrait faisait éclater le sien. Il ne s'était jamais senti aussi excité, aussi vif et plein de vie, aussi exalté et heureux, aussi prêt à se donner à l'autre, même en le prenant.

Il le saisit doucement par la taille, pointa son sexe entre ses fesses, fit son chemin petit à petit et, sans être guidé ni aidé, il trouva l'étroite porte du désir et commença à pousser pour l'ouvrir. Roger l'accueillit en lui avec un long gémissement étouffé de plaisir, en poussant le bassin contre Pierre qui glissa lentement, mais de façon continue, dans une unique poussée, virile et douce, jusqu'à être tout en lui.

"Oh, Roger... mon Roger..." sanglota-t-il presque.

Il lui posa les mains sur la poitrine, le fit doucement se redresser, tourner la tête et il l'embrassa puis enfin son bassin commença à bouger d'avant en arrière, dans la danse de l'union. D'une main il lui caressait le sexe dressé et de l'autre le ventre plat, la poitrine large et douce, le cou. Roger soulignait chacune des poussées par lesquelles Pierre le prenait en lâchant un petit halètement, étouffé par leur interminable baiser.

Les deux garçons avaient fermé les yeux pour mieux savourer, sans distraction, cette union si attendue et si désirée. Ils se sentaient tous deux aux portes du paradis, cette fois-ci était pour eux deux totalement différente de quoi que ce soit qu'ils aient connu jusque là : c'était magnifique !

Ils consommèrent leur union comme ça, debout, le corps caressé par le soleil, dans un calme plein de virile passion, sans hâte, savourant chaque instant de leur découverte mutuelle et de leur rapprochement. Quand leurs bouches se détachèrent, elles murmurèrent chacune le nom de l'autre puis se retrouvèrent, assoiffées l'une de l'autre.

Quand enfin éclata intensément leur plaisir, l'un contre les vieilles pierres du bâtiment désert et abandonné, l'autre dans les profondeurs étroites, chaudes et mystérieuses de son compagnon, ils restèrent immobiles, encore unis, un peu haletant et frémissants, leurs visages rougis retrouvèrent lentement leur couleur. Quand Pierre rouvrit les yeux, il vit Roger avec un petit sourire, les yeux encore fermés. Les rayons du soleil faisaient briller ses cils qui ressemblaient à deux minuscules diadèmes précieux.

Puis Roger rouvrit aussi les yeux, croisa son regard et son sourire s'accentua un peu.

"Merci, Pierre. C'était beau... très beau." murmura-t-il.

A cet instant, une bergeronnette lança son cri et un bruissement d'ailes sous la fenêtre attira leur attention, deux passereaux semblaient jouer gaiment en l'air, comme pour se donner en spectacle à eux deux.

Lentement, presque à contrecœur, leur union cessa et Roger se retourna face à Pierre, lui posa doucement les mains sur les côtés. "Merci, Pierre." répéta-t-il.

"Ce n'était que le début. Tu veux me prendre, maintenant ?" lui proposa Pierre.

"Non, je n'aime pas le faire, et puis je ne pourrais pas, là. Oui, j'avais raison, tu n'es pas comme les autres, tu es mieux. Je suis heureux de t'avoir rencontré, et d'avoir enfin fait l'amour avec toi."

"Alors, maintenant tu m'emmèneras aussi dans ta chambre ?"

"Oui, maintenant ce n'est plus un problème." lui répondit-il avec un sourire espiègle, et il lui caressa la joue.

"Tu sais que tu es très beau, Roger ?"

"Pas autant que toi."

"Je ne parle pas que de ton corps, qui pourtant me plait beaucoup, mais de tout ton être, de ton sourire, de ta personnalité. Bon dieu, ce que je suis content d'être ici, avec toi, comme ça, dans tes bras et de t'avoir dans les miens !"

"Que tu me le dises maintenant, après qu'on ait fait l'amour, et pas avant, me convainc que tu es sincère."

Pierre le caressa et le serra de nouveau contre lui, tendrement. "Tu sais, je n'avais jamais embrassé, avant... C'est splendide !"

"Je n'aurais pas cru. Alors c'est que tu apprends vite."

"C'est bon d'être comme ça, nus, à côté de l'autre."

"Ça nous est déjà arrivé, là-bas, au torrent..."

"Mais c'était différent. Là-bas, il y avait encore un mur invisible, entre toi et moi. Maintenant plus rien ne nous sépare."

"Ta patiente et ta gentillesse, Pierre, sont venues à bout de ce mur que j'avais bâti surtout par peur que tu ne veuilles que m'utiliser et pas m'aimer. Jusque là, je n'ai jamais été qu'utilisé..."

Pierre devint subitement sérieux. Roger remarqua le changement inattendu dans l'expression de son ami.

"Qu'est-ce qu'il y a ? J'ai dit quelque chose de mal ?" demanda-t-il, inquiet, retenant presque sa respiration.

"Non... c'est que... je ne veux pas me moquer de toi, Roger, non, tu es trop important pour moi, mais... je ne peux pas non plus te mentir, te tromper... tu sais... pour moi tu es de jour en jour plus important, plus précieux, surtout maintenant que tu m'as voulu en toi, mais... si je disais être amoureux de toi, je mentirais. Non, Roger, je ne te dis pas que je veux juste m'amuser avec toi, je ne dis pas que je ne t'aime pas, mais..."

Roger sembla rassuré par ces mots et surtout par le ton inquiet et gentil de Pierre : "J'ai peut-être eu tort d'utiliser le mot aimer. Ce que je voulais dire c'est que je ne suis pas pour toi un objet à utiliser pour ton plaisir puis à jeter... Je sais que tu me respectes, que tu m'aimes bien, que je suis vraiment important pour toi, et ça me suffit. On se rhabille ?"

"Non, pas encore. C'est une fête pour mes yeux de te regarder, surtout maintenant qu'on a fait l'amour, parce que ton beau corps n'est plus seulement quelque chose d'admirable, mais bien plus. Je ne sais pas, Roger, tu sais, j'en suis encore à découvrir mes sentiments, et je voulais juste ne pas te tromper pour que tu ne sois pas blessé, après. Ça je ne le veux pas. Tu es vraiment de jour en jour plus important et précieux pour moi. Surtout à présent que tu t'es donné à moi. Je te le jure !"

Roger sourit : "Inutile de jurer, je te crois, je le vois dans tes yeux, je le sens dans... ton inquiétude. D'ailleurs, si ce n'était pas le cas, je ne me serais pas donné à toi aujourd'hui, ou alors je te l'aurais proposé au torrent, dès notre première rencontre, et alors tu n'aurais été pour moi qu'un garçon parmi tant d'autres, et moi aussi, pour toi."

A cet instant un écureuil apparut à la fenêtre, debout sur le rebord et il les regarda, curieux. Pierre le montra du regard à Roger et lui fit signe de garder le silence. "Tu as vu ce voyeur ?" murmura-t-il gaiment.

"Mais tu aurais honte devant lui ?" demanda Roger en riant.

"Et bien, je ne sais même pas si c'est un mâle ou une femelle... et si c'est un mâle, est-il homosexuel ou scandalisé par ce qu'on a fait..." dit Pierre, à moitié sérieux.

"Tu ne vois pas qu'il sourit ?"

"Les bêtes ne sourient pas."

"Si, quand on sait les regarder... et lui, il sourit."

"Lui, ou elle ?"

"Qu'importe ? Il est heureux avec nous, c'est tout ce qui compte."

L'écureuil pencha la tête de côté, sans les quitter du regard, puis jeta un petit cri et, aussi soudain qu'il était apparu, il disparut de la fenêtre.

"Il nous a dit au revoir !" dit Pierre en souriant.

"Pas tout à fait, il a dit : salut, beaux mecs !"

"Oui, j'oubliais que tu es doué pour les langues."

Ils rirent, ils se sentaient heureux. Sans y penser, ils furent à nouveau dans les bras l'un de l'autre. Puis ils vinrent tous deux à une fenêtre, s'y penchèrent, respirèrent à fond et se retournèrent ensemble pour se regarder.

"Mon dieu ce que je suis bien ! Je ne me suis jamais senti aussi bien qu'en ce moment, Pierre, tu t'en doutais ?"

"Oui, je m'en doute, parce qu'il en est de même pour moi. Dommage qu'on doive redescendre. Mais il faut que j'aille aider Giuseppe, il va bientôt ouvrir le bistrot."

"Mais tu ne préférerais pas faire des études, plutôt que de servir au bistrot ?" lui demanda Roger pendant qu'ils se rhabillaient.

"Chacun doit faire ce qu'il peut, sans pleurer sur ce qu'il ne peut pas." lui répondit Pierre, tranquille.

Ils redescendirent en tenant les vélos à la main, pour prolonger le temps qu'ils pouvaient passer ensemble. De temps en temps ils se regardaient et échangeaient un sourire. Parfois ils coupaient le silence par de brèves phrases, en général pour montrer à l'autre quelque chose de beau à regarder. Puis Pierre s'arrêta et dit : "Attends un instant, il faut que je te montre quelque chose..."

Roger le regarda, intrigué, fouiller dans ses poches. Pierre en sortit la petite tabatière en os, l'ouvrit et montra le coquillage à Roger. " C'est une vieille femme qui me l'a offert, il y a des années..." dit-il en guise d'explications.

"C'est splendide ! C'est un cœur !"

"Oui, c'est un cœur." répéta Pierre, mais il se dit que si la masque avait raison, Roger n'était que le deuxième et pas encore son copain, et qu'un jour ils se sépareraient et qu'il en souffrirait... Et ça lui fit mal, parce qu'il avait vraiment Roger dans le sang...

"La nature fait parfois des merveilles, n'est-ce pas ?" remarqua Roger pendant qu'il rangeait le coquillage dans la tabatière et la remettait dans sa poche.

"Bien sûr, il suffit de te regarder !"

"Crétin ! Qui c'est, maintenant, le flatteur ?"

Ils rirent joyeusement. Puis Roger dit, d'un ton un peu triste : "Dommage qu'on ne puisse pas rentrer au village bras dessus, bras dessous, ni même échanger un petit baiser en chemin, comme peuvent le faire les couples... autorisés."

"On doit tous faire ce qu'on peut..."

"Et ne pas pleurer sur ce qu'on ne peut pas faire." acheva Roger et ils rirent tous deux à nouveau.

Quelques jours plus tard, enfin, quand Pierre monta au Châtelet pour faire un peu de cheval avec Roger (il apprenait assez vite, guidé par son ami), quand ils eurent ramenés les chevaux et les eurent confiés aux garçons d'écurie, Roger lui dit : "Viens, monte dans ma chambre, je veux te la montrer. Et on se douchera là, dans ma douche personnelle."

"Et ?" demanda Pierre avec un sourire espiègle, en le suivant dans les escaliers qu'ils montèrent quatre à quatre.

"Oui, et ! Bien sûr. Si tu n'es pas trop fatigué après cette chevauchée."

"Aucun risque. Rien que l'idée de pouvoir le faire me passerait toute la fatigue." répliqua joyeusement Pierre.

La chambre de Roger était au dernier étage de la tour nord-ouest. Ce n'était pas qu'une chambre, mais un appartement très moderne, comprenant une grande chambre carrée dont chaque côté comptait trois arches. Le mur ouest avait trois fenêtres et, sous celle du centre, il y avait un bureau et une chaise. Le mur sud avait trois arches fermées devant un grand lit à baldaquin. Les arches du mur nord avaient des portes coulissantes donnant sur de grands placards, presque de petites pièces avec des étagères et des penderies pour accrocher les habits à droite de la fenêtre. Le mur est, enfin, avait aussi trois arches, l'une était l'entrée d'une antichambre, l'autre donnait sur une grande salle de bain et la troisième était fermée.

Les murs avaient un papier peint à lignes verticales dans des tons gris clair, toutes les arches étaient marquées par une bande de bois laqué blanc, et les portes aussi. Pierre regardait partout, bouche bée. "Bon Dieu, mais ta chambre est un rêve ! C'est trop beau ! Et si grand..." il leva les yeux au plafond, blanc aussi, avec au milieu une grande décoration de plafond, circulaire, en stuc, qui figurait en relief les douze signes du zodiac représentés par de fines et longues silhouettes humaines, nues, qui semblaient faire une ronde.

A côté de chaque arche se trouvaient, accrochées au mur, deux appliques avec des lampes à huile en verre de Murano bariolé et avec des inclusions d'argent et un miroir circulaire derrière.

"Tu dors ici." Ce n'était pas une question, mais un constat stupéfait.

"Quand je suis à la maison, oui. Je l'ai fait préparer par mon père il y a deux ans, mais j'ai choisi dessins et matériaux. Tu aimes ?"

"Enormément."

"Bien, maintenant, allons nous laver."

"Ensemble, d'accord ?"

"Oui, bien sûr."

"Et après..."

"Impatient ?"

"Très, vraiment très. Il y a déjà trois jours que nous ne pouvons rien faire."

"Fougueux comme on dit ceux de sang méridional !" se moqua Roger, mais avec un sourire ravi.

"Non, fougueux comme quelqu'un qui a la chance de t'avoir près de lui !" répliqua Pierre pendant qu'ils se déshabillaient.

Roger avait déjà fait allumer par les domestiques le poêle pour l'eau chaude et, quand ils se mirent sous la douche, elle avait la bonne température. Ils se lavèrent puis se mirent à se savonner l'un l'autre. Ils furent vite tous les deux excités. De temps en temps ils s'embrassaient sous le jet d'eau qui les rinçait et ils se caressaient en enlevant le savon du corps de l'autre.

"J'aimerais rester encore sous la douche, mais je crois que je ne saurais plus me retenir..." murmura Pierre.

"L'eau devient froide, de toute façon."

"Je vais veiller à te réchauffer... rinçons-nous et allons-y !"

Roger le guida en le tenant par la main, nus comme ils étaient, jusqu'à son lit, écarta le rideau en voile léger et lui fit signe de monter sur le lit. Pierre sourit, le prit par la taille et ils se couchèrent ensemble, les membres étroitement enlacés, sur le grand lit presque carré. Pierre se mit sur lui et l'embrassa avec de plus en plus de passion et de désir.

Roger glissait sous lui et se mit à l'embrasser, le lécher et le mordiller sur tout le corps, s'attardant sur les petits tétons fermes, avant d'arriver au sexe déjà très dur de son ami. Il le saisit avec une délicate vigueur, commença à l'embrasser, le lécher de haut en bas et le mordiller. Pierre sursauta.

"Oh ! Que fais-tu ?" murmura-t-il en frémissant : jamais il n'avait éprouvé de si fortes sensations.

"Je le prépare..." dit Roger.

"Mais, tu ne trouves pas ça... sale ?"

"Au contraire. Et puis je te l'ai bien lavé, il y a peu, non ?"

"Trop bien, même..." s'amusa Pierre et il se raidit quand son ami le fit glisser entre ses lèvres avec un art goulu. "Oh, ouiii." gémit Pierre. Puis il se dit que si c'était si agréable pour lui, alors il voulait donner le même plaisir à son ami, aussi se tourna-t-il et il se mit à lui dispenser le même traitement.

Au début il était hésitant, mais il découvrit vite qu'il aimait ça et il s'y dédia non plus juste pour retourner la faveur, mais avec une vraie passion. Ils tournèrent et se retournèrent sur le grand lit, parfois l'un était dessus, parfois c'était l'autre.

Puis Pierre réalisa qu'il ne pourrait plus résister longtemps, alors il poussa Roger sur le dos, lui prit les jambes, les posa sur ses épaules et enfin il s'introduisit en lui. A mesure qu'il le pénétrait, il voyait le sourire de Roger évoluer vers une expression de pure extase et son visage rougir de plaisir. Quand après il commença à bouger d'avant en arrière, Roger ouvrit les yeux et le regarda : un feu chaleureux et lumineux brûlait dans son regard.

"Oh, Pierre... Oui... Mon dieu que tu es beau... Oh oui, comme ça... tu m'emmènes... au ciel..."

Pierre, en plus du plaisir qu'il ressentait, était très ému à l'idée que ce soit lui qui procure à Roger un si intense bonheur. Une pensée silencieuse jaillit dans son esprit :

"Oh, Roger, pourquoi ne peux-tu pas être mon copain et moi le tien ? La masque s'est peut-être trompée. Après tout, ça n'existe pas, les masques ! Bon dieu, Roger, je voudrais pouvoir vivre pour toujours avec toi, qu'on partage nos vies et qu'on partage ton lit toutes les nuits, si seulement on le pouvait !" et dans sa pensée se mêlaient plaisir et regret, espoir et appréhension.

Roger lui caressait les bras, la poitrine, les flancs, il l'encourageait de son regard lumineux et heureux. Pierre se pencha pour l'embrasser, sans cesser de bouger en lui avec tendresse et vigueur, dans une mâle passion et il ne pensa plus à rien mais il se contenta de jouir simplement du plaisir de l'autre.


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