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histoire originale par Andrej Koymasky


pin QUE TA MAIN DROITE IGNORE
CE QUE FAIT TA MAIN GAUCHE
CHAPITRE 3
UNE NOUVELLE FAMILLE

Pierre se sentait fier, en menant sa mère à l'autel où l'attendait Giuseppe. Madeleine portait un habit de satin lilas très clair, avec des garnitures blanches et sur la tête une couronne de marguerites blanches : elle était vraiment très belle, pensait Pierre, fier, ému et heureux de l'évident bonheur de sa mère.

Lui, comme Diego et son père Giuseppe, portait un complet gris taupe à rayures gris très clair, du même tissu, mais le complet de Giuseppe avait aussi un gilet de la même étoffe. Et alors que Giuseppe avait une petite cravate anthracite, celle de Diego et la sienne étaient bordeaux.

Il y avait peu de monde à l'église pour la cérémonie. Mais les beaux parents de Giuseppe étaient venus d'Ivrea, sa sœur et son mari et ses deux frères avec leurs familles. Diego, si élégamment vêtu, était plutôt beau, il faisait bonne figure. Mais il savait que lui aussi faisait bonne figure : quand Raoul l'avait vu il lui avait dit qu'il avait l'air d'un vrai seigneur, habillé comme ça.

Pendant la cérémonie, quand son regard n'était pas fixé sur sa mère, il croisait parfois celui de Diego qui à chaque fois lui faisait un petit sourire auquel il répondait par un autre. Enfin arriva le moment du "oui" fatidique et l'échange des alliances. Pierre remarqua que Giuseppe avait les yeux brillants, il était ému, alors que sa mère était sereine et même radieuse : il ne l'avait jamais vue si belle, jusque là, et il en fut heureux. Cela valait la peine qu'elle épouse l'aubergiste, ne serait-ce que pour le bonheur qu'elle prenait à ce jour.

Ils sortirent de l'église. Giuseppe avait loué un cabriolet et un cocher qui les attendait hors de l'église. Les deux garçons s'assirent devant, à côté du cocher, et le couple s'installa derrière eux, sur la banquette rembourrée. Pendant que le cabriolet descendait vers le village pour les ramener chez Giuseppe où ils habiteraient désormais, Pierre remarqua la vieille Paulet au seuil de chez elle.

Elle salua en silence d'un geste des bras et des pétales de fleurs sortirent de ses mains... Pierre lui sourit et la salua. La vieille lui répondit par un sourire édenté et Pierre crut qu'elle criait, d'une voix forte mais un peu éraillée : "La Paulet n'oublie jamais une gentillesse, Pierre Martinet..." mais le cabriolet avait déjà dépassé la maison de la vieille.

Le vendredi précédent, ils avaient déjà apporté, avec la charrette de Jacquot, leur peu d'affaires à la nouvelle maison, au village, à l'étage au dessus du bistrot "Aux cinq marches", aussi Pierre avait-il vu pour la première fois la chambre qu'il partagerait avec Diego. Les pièces sentaient fort la peinture, Giuseppe les avait toutes fait blanchir en honneur de sa nouvelle épouse.

Quand ils descendirent du cabriolet et passèrent le seuil qui menait à la cour au fond de laquelle était le bistrot, Pierre vit que Giuseppe avait préparé une autre surprise : les cinq marches qui menaient à l'entrée et ses montants étaient décorées de guirlandes de fleurs.

"Oh, Giuseppe, que c'est beau !" s'exclama Madeleine, rose de plaisir.

"Et j'ai invité tous les clients, aujourd'hui j'offre à boire gratis !" répondit-il en se penchant vers elle.

Et en effet, dès leur entrée, ils trouvèrent la salle pleine de monde, surtout des hommes, qui les accueillirent en frappant des mains et en craint en chœur : "Vive les mariés ! Vive les mariés !"

"Tu as vu ?" lui demanda Diego en se penchant à l'oreille de Pierre pour se faire entendre dans ce vacarme, "Tu trouves que c'est l'accueil d'une servante ? Tu vois combien mon père tient à ta mère ?"

Pierre lui sourit et dit, l'air espiègle : "Il suffit qu'il ne change pas d'air ces prochains jours..."

"Ça t'ennuie qu'ils se soient mariés ?" lui demanda Diego, soudain sérieux.

"Mais non, pas tant que maman est contente. Et toi, de nous avoir chez toi ?"

"Oui, ça me va, tant que tu ne me casses pas les couilles !" répondit Diego en se tournant vers lui et il se mit à rire et passa un bras à l'épaule de Pierre dans un geste amical.

"Si je te les casse... avant de m'éclater le nez, tu pourrais peut-être juste me le dire."

"Et toi aussi. J'aurais aimé avoir un petit frère."

"Moi aussi... un petit frère. Mais je me ferai à en avoir un grand, si on devient vraiment frères, ou au moins amis."

"Je me trompe ou tu te méfies de moi ?" lui demanda Diego en lui tendant un verre de vin pour le toast en l'honneur des mariés qui se préparait.

"Non, je ne me méfie pas, c'est juste qu'on ne se connait pas encore vraiment, toi et moi."

"On aura tout le temps de se connaître."

Quelqu'un demanda le silence, l'obtint avec un peu de mal, un homme monta sur une chaise, leva son verre et déclama :

"Amis connus et inconnus
les époux festoyer sont venus
il est d'usage à qui s'est marié
de bonheur et enfants leur souhaiter.
Mais comme l'épouse et son mari
A cela déjà pourvu ils ont
Avec ces deux beaux garçons, alors je dis
rappelez-vous d'un vieux dicton :

Jamais deux sans trois, comme les anciens disaient.
Donc à bientôt faire un petit troisième veillez !
Et donnez à ces garçons un frère encore,
Qui comme eux soit sain, beau et fort!"

Tout le monde applaudit, Madeleine rougit un peu et Giuseppe, souriant, demanda à son tour le silence.

"Merci pour ces vœux, chers amis,
Si dieu le veut, nous ferons ce que tu as dit,
Et que ce soit un fils ou une fille
C'est belle chose d'agrandir la famille !
Et plus vous viendrez ici à boire
Plus grande famille je pourrai avoir !"

Diego regarda Pierre en rigolant : "Tu vois ce qu'il est bon, mon père, va savoir combien l'autre a travaillé pour écrire son poème, mais papa, il a improvisé sa réponse au pied levé !"

"Oui, et il en a même profité pour se faire de la publicité." remarqua Pierre en souriant, puis il lui demanda : "Et s'ils nous donnaient vraiment un frère ou une sœur, tôt ou tard, hein ?"

"Je suis sûr qu'ils feront tout leur possible, tous les deux, ils sont encore assez jeunes..." chuchota Diego. "Ça te plairait, Pierre, un petit frère ou une petite sœur ?"

"Ce que dieu nous envoie est le bienvenu..." répondit-il en haussant les épaules.

"Moi je préférerais une petite sœur, puisque le petit frère je l'ai déjà."

"Mais on n'est pas frères."

"Et on ne pourrait pas le devenir ?"

"Mais nous n'avons aucun parent commun, et on n'a même pas le même nom."

"Mais on ne pourrait pas le devenir ?" insista Diego.

"C'est impossible, mais... on pourrait devenir encore plus que des frères si on est bien ensemble. Un frère, qu'il te plaise ou pas, tu le trouves et tu dois le garder. Un ami, par contre, tu le choisis."

"Et bien, on peut essayer."

"Bien sûr. Bon dieu, ce que ces chaussures neuves me font mal. J'ai envie de les enlever."

"Et pourquoi pas, si ça ne t'ennuie pas d'être pieds nus."

"Aux beaux jours je suis toujours pieds nus, au hameau." répondit Pierre en enlevant enfin chaussures et chaussettes qu'il posa sous le zinc.

"C'est vrai que tu es allé jusqu'au brevet ?"

"Oui."

"Moi aussi. Mais tu aimais l'école ? Moi vraiment pas, même si papa insistait pour que je continue..."

"Moi par contre, j'aimais. Et si j'avais pu continuer..."

"Mais comment ça pouvait te plaire ? Tu y aimais quoi ?"

"J'apprenais plein de nouvelles choses, je pouvais poser plein de questions aux maîtres. Et puis je suis content de savoir lire et écrire. Pas toi ?"

"Nooon ! Ce que je dois savoir pour faire tourner le bistrot, je l'apprends avec papa. Et mes questions, je peux les poser à tout le monde. La seule chose utile que j'ai appris à l'école, c'est les tables de multiplications pour faire vite l'addition des clients. Le reste... qu'est-ce que j'en ai à faire de Garibaldi, de la capitale de l'Autriche ou du plus long fleuve d'Europe ? Ça nourrit son homme, peut-être ?" puis Diego baissa la voix et ajouta : "Et les maîtres à l'école ne nous apprennent même pas à nous branler !"

Pierre le regarda, surpris, puis il rit : "Ah, mais ce serait drôle... et on aurait peut-être des devoirs à faire à la maison !"

"Ceux-là, je les aurais faits volontiers !" répondit Diego en riant. "Mais après tout, si c'étaient des devoirs, peut-être que ça ne m'aurait pas autant plu..."

La fête finit par se terminer et les gens, peu à peu, s'en allèrent. Giuseppe ferma la porte avec l'aide de son fils, puis il alluma deux lampes à huile.

"Madeleine, ça te dit de préparer à manger, ou tu préfères qu'on prenne juste des tranches de salami, du pain et du fromage ? Tu es fatiguée ?"

"Non, montre-moi ce qu'il y a à la cuisine et je vais préparer quelque chose. Il faut que je m'habitue à où tu ranges les choses, vous devrez être patients, au début..."

Diego prit une des deux lampes et dit à Pierre de monter avec lui se changer dans leur chambre : "Ils sont peut-être élégants, ces habits, mais je me sens tout saucissonné, la cravate surtout, je ne la supporte vraiment pas. Tu viens ?"

Ils montèrent. La chambre était fraîche, mais pas trop. Il faisait bon. Ils se déshabillèrent vite et Pierre vit que Diego avait un slip en coton blanc et un maillot blanc aussi. Lui par contre avait un caleçon taillé dans une vielle toile à matelas, à raies blanches et marron, et un maillot en chanvre beige. Le slip de Diego, il ne put éviter de le remarquer, mettaient agréablement en relief le volume de son contenu, par devant.

Ils passèrent vite des habits de tous les jours, rangèrent avec soin leurs beaux vêtements sur des cintres qu'ils mirent chacun dans son armoire.

"Tu es prêt ? On descend ?" lui demanda Diego en reprenant la lampe en verre bleu.

"Je dors où, cette nuit ?" lui demanda Pierre.

"Là, dans le nouveau lit. Moi je suis sous la fenêtre."

"Tu n'en veux pas, du nouveau lit ?"

"Non, je préfère le mien. Hier soir j'ai essayé de dormir dans le tien, mais je n'arrivais pas à m'endormir... Je me croyais à l'hôtel, pas chez moi. Non, je préfère le mien," répéta-t-il.

"Tu as déjà dormi à l'hôtel ?"

"Oui, l'an passé, quand papa m'a emmené à Turin pour le mariage de son cousin. Tu sais, j'ai même vu le roi, à Turin !"

"C'est vrai ? Tu as vraiment vu le roi ?"

"Oui, bien sûr."

"Il est comment ?"

"Un poil plus petit que toi !" répondit-il en rigolant." Le prince Umberto par contre, était très beau garçon, il doit avoir à peu près ton âge."

"Et la reine ?"

"Elle était belle, la reine Hélène. Tu sais qu'elle est pas italienne, enfin, maintenant elle l'est, mais elle est née au Monténégro."

"Elle est noire ?" demanda Pierre stupéfait en descendant.

"Mais non, crétin ! Le Monténégro n'est pas en Afrique, c'est pas loin d'ici. Elle était blanche, comme la neige, et aussi son habit était si blanc et avec tant de joyaux sur elle qu'ils brillaient plus que ceux de la vierge à l'église ! Ils étaient dans un grand carrosse tout doré avec six chevaux blancs avec des panaches et les gens autour, habillés à l'ancienne : papa m'a dit que leurs costumes avaient plus de cent ans. Et tout le monde applaudissait et criait : Vive le roi ! Vive le roi !"

"Mon Dieu, ça devait être beau. Et tu as vu le Po ?"

"Oui, bien sûr. Et papa m'y a même fait faire de la barque."

"Il est grand, le Po ?"

"Putain ! Je crois qu'il est plus large que la place du village. Il y avait des rameurs aux maillots à bandes blanches et bleues qui fonçaient comme des flèches, et un type qui donnait la cadence, ohoh; ohoh, ohoh ! Oui, c'est vraiment beau, Turin, et si grand ! Et puis, tu sais, il y a les usines Fiat où ils font les voitures."

"Oui, ça je le savais, le maître nous l'a dit et il nous a même montré des photos des usines où ils les fabriquent."

Ils dînèrent. Après le dîner, Giuseppe envoya les deux garçons nettoyer à fond la salle du bistrot pour qu'elle soit en ordre pour le lendemain.

"Putain, elle cuisine bien, ta mère..."

"Oh, ce soir elle a fait un truc vite fait. Elle cuisine mieux, quand elle a de quoi cuisiner."

"Ici elle ne manquera de rien, elle pourra avoir tout ce qu'elle veut. Si elle cuisine aussi bien pour les clients, je suis sûr qu'on en aura encore plus..."

"Qui faisait à manger, avant ?" lui demanda Pierre.

"Parfois papa, parfois moi, mais pas grand-chose et toujours pareil. Et on mangeait souvent sans rien préparer, un bout de fromage, des tranches de salami, du pain et du beurre."

Avant de se coucher, Diego emmena Pierre au cabinet qui donnait sur la cour. C'était la première fois qu'il voyait une cuvette en céramique blanche, aux bords verts, et ça lui parut splendide. Chez lui c'était un siège en bois et un trou rond avec un couvercle dessus, en bois aussi. Et pour autant que sa mère essaie de garder l'endroit propre, l'odeur en restait déplaisante. Quand il eut fini, il vida le seau comme Diego le lui avait montré. Il sortit et le remplit à la pompe à main, puis il attendit que Diego ait aussi fini.

Les deux garçons dirent bonne nuit et montèrent dans leur chambre, tandis que Giuseppe et Madeleine discutaient encore un moment à la cuisine. Ils se déshabillèrent vite et se mirent chacun dans son lit. Diego éteignit la lampe à huile et une complète obscurité tomba dans la chambre.

Pierre avait encore remarqué le renflement du slip de Diego et il se demandait si, tôt ou tard, il ne pourrait pas faire avec Diego aussi "ces choses"... il avait dit aimer se branler, alors... Mais il se disait qu'il ne pouvait pas le lui proposer lui, d'abord, Diego était son ainé, et puis il était chez lui...

"Tu dors ?" lui demanda Diego peu après.

"Non."

"C'est le lit ? Parce que ce n'est pas le tien ?"

"Non, il est meilleur que le mien, il est doux... et les draps aussi, si doux et si blancs... C'est juste que... c'est la première fois que je ne dors pas chez moi."

"Mais maintenant, ici c'est aussi chez toi, non ?"

"Oui, ça le deviendra, de toute façon... C'est plus beau que chez moi, ici, il faut juste que je m'habitue."

"Tu dormais avec ta mère, là-haut ?"

"Non, j'avais ma chambre, mais elle faisait le tiers de celle-ci, et les murs étaient en pierre nue, pas aussi beau qu'ici."

"Si tu avais vu la chambre à l'hôtel !"

"A Turin ?"

"Oui. Tu sais, c'était même à éclairage électrique !"

"C'est comment, l'éclairage électrique ?"

"Pratique. Plus blanc et plus fort que les lampes à huile. Et tu touches un bouton, ça s'allume, tu le retouches, ça s'éteint et les courants d'air ne l'éteignent pas et ne la font pas vibrer. C'est pratique, en fait. Ça t'ennuie pas de pas dormir tout seul ?"

"Non, pourquoi ?"

"Et bien... moi, à l'hôtel, je dormais dans la chambre de papa alors je pouvais pas... si j'avais envie... je pouvais le faire qu'au cabinet, tu comprends ?"

Pierre rigola, puis il lui demanda : "Mais toi... tu le fais souvent ?"

"Parfois deux ou trois fois par jour, mais parfois pas. Je sais vraiment pas pourquoi. Et toi ?"

"Pareil, comme toi."

"Si tu veux le faire, ne t'en fais pas pour moi, d'accord ?"

"Je sais pas. Mais si toi tu veux le faire, t'en fais pas pour moi, ça m'est égal."

"Ce soir j'ai pas envie. Et toi ?"

"Moi non plus." mentit Pierre, un peu gêné de l'avouer. Il avait envie de lui demander s'il l'avait déjà fait avec un ami ou un compagnon, mais il n'en eut pas le courage. Pourtant, un peu après, il lui demanda : "Tu as une fiancée, toi ?"

"Moi ? Mais non. J'en ai jamais eue. Bon, à vrai dire je fais parfois un peu l'idiot avec une fille, mais c'est juste parce que tout le monde le fait, pour ne pas avoir l'air différent des amis."

"Tu en as beaucoup, des amis ?"

"De vrais amis, non. Mais parfois je descends au torrent avec les copains, pêcher, me baigner quand il fait chaud, ou des conneries de ce genre. On se connait tous, ici, mais les vrais amis sont rares. Ne serait-ce que parce que le soir, quand les autres vont se balader, moi je dois aider papa au bistrot."

"Mais tu aimes ça, travailler au bistrot ?"

"Et bien, pourquoi pas ? On connait un peu tout le monde, on entend pleins de trucs qu'on ne saurait pas ailleurs... Et ce n'est pas trop fatigant, sauf peut-être quand il faut décharger les tonneaux ou les provisions, et nettoyer tous les soirs. Mais à présent qu'il y a aussi ta maman qui aide... Tu veux continuer à monter travailler à la boulangerie ? Tu n'as pas envie de travailler ici avec nous ?"

"Je ne sais pas. J'aime bien faire le pain."

"Il est bon le pain fait au hameau. Papa dit que c'est à cause de l'eau. Et il dit qu'à l'avenir il commandera là-haut et que tu le redescendras à vélo. Il dit qu'il va te faire mettre deux paniers au porte bagage, un par côté, pour que tu puisses redescendre le pain après ton travail pour le lendemain."

"Il ne me l'avait pas dit."

"Il aura oublié. Mais ça t'ennuie ?"

"Mais non. Mais il vaut mieux qu'il monte lui pour se mettre d'accord avec le boulanger, s'il ne l'a pas déjà fait. Ils pourront discuter la quantité et le prix. Peut-être qu'il lui fera un bon prix, si c'est moi qui le descends après le travail..."

"Tu as des amis, là-haut, au hameau ?"

"Deux ou trois. Mais comme tu dis, pas des vrais amis. Deux avec qui... je suis bien et je n'ai pas de problèmes."

Après quelques autres échanges de mots, les deux garçons finirent par se laisser glisser dans le sommeil. Pierre se sentait bien, le début de sa nouvelle vie dans cette maison s'était passé sans problèmes. Diego semblait l'avoir accepté tranquillement, sans grand enthousiasme ni résistance agacée.

Diego plaisait à Pierre. Les jours suivants les deux garçons apprirent à mieux se connaître et peu à peu ils devinrent plus intimes. Les premières gênes surmontées, ils avaient même commencé à se changer sans honte de montrer leur nudité et ils avaient même une fois comparé leurs "dimensions" comme il est naturel que deux adolescents fassent pour se rassurer sur leur croissance et en certains points particuliers. Mais ils ne s'étaient pas encore touchés, pas là.

Pierre désirait de plus en plus le faire, le sexe de Diego lui semblait beau, il aurait aimé le toucher, le tenir en main, le sentir durcir, apprécier sa consistance et aussi, peut-être, lui donner du plaisir et s'en faire donner par lui...

Pierre ignorait que des sentiments analogues agitaient Diego, mais que lui non plus n'arrivait pas à se décider à faire le premier pas, parce qu'il craignait de "profiter" du garçon plus jeune que lui, ne serait-ce que de deux ans. Et Diego, en fait, ne souhaitait pas seulement la masturbation réciproque à laquelle Pierre pensait de plus en plus souvent, mais quelque chose de plus intime qu'il avait eu l'occasion d'expérimenter avec deux garçons de son âge avant que ces derniers n'arrêtent de se prêter à ces "petits jeux", maintenant qu'ils draguaient les filles.

Diego avait compris depuis longtemps que les filles ne l'intéressaient pas, elles ne lui disaient rien sur ce plan. Il avait déjà compris depuis longtemps qu'il était "pédoque" comme on disait à l'époque en patois. Cette prise de conscience l'avait d'abord dérangé et même un peu effrayé, mais il avait par la suite eu la chance de pouvoir en parler avec son père, qui lui avait expliqué (chose exceptionnelle pour l'époque) qu'il est naturel que certains naissent comme ça et que le seul vrai problème n'était pas que les autres garçons lui plaisent, mais le fait qu'il devrait en garder le secret et être très prudent pour ne pas être montré du doigt, marginalisé, méprisé et persécuté.

"Vois-tu, Diego," lui avait dit son père quand le garçon avait enfin eu le courage de lui dire ce qui le tourmentait, "je ne peux pas te dire si c'est bien ou mal, normal ou anormal, je n'ai pas fait d'études. Mais je sais que si quelqu'un est comme ça, on ne peut rien y faire et que ce n'est pas sa faute. Et je sais que pour ton père tu es comme avant, que je t'aime comme avant, et même peut-être un peu plus parce que je sais que cela te fera souffrir. Il n'y a qu'une chose que je veux te dire : n'essaie pas de te marier pour guérir, ça ne marche pas comme ça et tu vous rendrais malheureux elle et toi. Et sois prudent, très prudent. Tu les as entendues, non, les méchantes blagues que presque tous, au bistrot, font sur ceux qui ont ce problème."

"Mais papa, pourquoi je suis comme ça ? Pourquoi je ne peux pas changer ?" lui avait demandé le garçon, au bord des larmes.

"Je ne sais pas, Diego, je ne sais vraiment pas. Mais tu sais, les poules ne savent pas voler comme les canards, mais elles n'en valent pas moins pour autant et elles seraient idiotes d'essayer de changer, d'apprendre à voler : ce n'est pas leur nature. Tu peux enlever ses ailes à un canard, il ne volera plus, mais tu ne peux pas donner à une poule des ailes qui la fassent voler."

"Mais je suis malade, papa ?" avait demandé le garçon, affligé, encore vraiment pas rassuré.

"Je ne le crois pas, Diego. Tu es beau garçon, fort, sain et ta tête fonctionne bien. Tu sais, presque tout le monde nait droitier, mais il y a quelques gauchers, et aucun n'est meilleur ni moins bon que l'autre. Et c'est tout. Les gauchers aussi, en s'adaptant un peu, peuvent vivre comme les droitiers. Toi aussi tu peux vivre bien, même si tu aimes les garçons et pas les filles."

"Mais tous mes copains n'arrêtent pas de parler des filles et de ce qu'ils leurs font, et..."

"Et bien parles-en toi aussi, avec eux. D'autant plus que, qu'est-ce que tu crois, plus de la moitié de ce qu'ils disent est des bobards plus gros qu'eux, de pures inventions ou des fantasmes... Fais comme eux, racontes-en, et sans te poser de problèmes."

"Mais eux, un jour ils vont se trouver une fiancée et puis ils se marieront peut-être et... Et moi ?"

"Peut-être qu'un jour tu trouveras un garçon comme toi et que vous aurez une belle vie... Si ça arrive, tu me le présenteras, Diego ? Ça me ferait plaisir."

"Vraiment, papa ?" lui demanda Diego stupéfait mais un peu rassuré.

"Je suis ton père, je t'aime et je t'aimerai toujours, ne l'oublie jamais. Et si tu aimes un garçon et qu'il t'aime, je l'aimerai comme s'il était mon fils. Mais, je te le répète, sois toujours très prudent..."

Quand après, Diego avait rencontré Pierre, son père lui avait demandé : "Il te plait, le fils de la Madeleine, n'est-ce pas ?"

"Oui papa, il m'a l'air d'un garçon sympathique et il est aussi très mignon."

"Bien. Mais fais attention... vous dormez dans la même chambre parce qu'on n'a pas assez de pièces pour vous en donner une à chacun. Mais il n'est pas dit qu'il soit comme toi et qu'il aime faire ces choses avec un garçon. Tâche donc d'avancer avec grande prudence, d'accord ? Avec un autre, si ça ne marche pas, chacun peut rentrer chez lui et ça s'arrête là, mais c'est différent, avec Pierre. Tu comprends ? Et il est plus jeune que toi, donc ta responsabilité est encore plus grande."

"Oui, papa. Je ferai attention." avait promis le garçon.

C'est en partie pour cela que Diego, bien que sentant un désir toujours plus fort de faire des choses avec Pierre, n'avait encore rien fait pour l'approcher. Mais, quand il se masturbait, c'était de plus en plus souvent le beau corps nu de Pierre qu'il voyait sur l'écran de ses paupières fermées...

Jusqu'à une nuit où Diego se réveilla... et devina aux légers bruits et aux mouvements de la silhouette dans le lit voisin que Pierre se masturbait. Cela l'excita et, peu après, resté dans son lit, lui aussi commençait à se donner du plaisir avec la main, sans détourner les yeux de la silhouette sombre de son compagnon.

Soudain, Pierre réalisa qu'il n'était pas le seul à s'adonner à ce "passe-temps". Il se figea un instant, la tête en feu, puis souleva un peu la tête pour regarder et il se remit à se masturber. Malgré l'obscurité presque complète, les garçons étaient maintenant tous deux conscients que l'autre avait repéré ses manœuvres secrètes.

Après un moment, Pierre murmura : "Ça te dit de... le faire ensemble ?"

Diego, en entendant sa voix, se figea un instant, puis il chuchota, la voix rauque d'excitation : "Allez, viens ici..."

Leste et agile, Pierre quitta son lit et se glissa sous les draps que Diego soulevait en geste d'accueil. Leurs mains descendirent vite saisir le membre dur et dressé de l'autre et se mirent à se donner mutuellement du plaisir. Chacun sentait la chaleur du corps à moitié nu de l'autre et cela aussi les excitait. Le rythme se faisait plus désinvolte, plus intense et ils se mirent tous deux à respirer de plus en plus bruyamment et, enfin, ils atteignirent tous deux le sommet du plaisir grâce aux manipulations de l'autre et ils se détendirent tout doucement, en respirant profondément.

"Putain, que c'était fort !" murmura Pierre.

"Hein, n'est-ce pas ?" haleta Diego. Puis il ajouta : "On le refera, tu veux bien ?"

"Oh que oui. J'ai adoré... On se nettoie avec quoi ?"

"Attends..." murmura Diego, il sortit du lit en enjambant le corps de Pierre et il revint peu après avec une serviette.

Ils se nettoyèrent. Pierre fit mine de sortir du lit pour retourner dans le sien, mais Diego l'arrêta d'une main sur l'épaule et lui dit, le cœur au bord des lèvres : "Reste encore un peu... D'accord ?"

"Oui..."

Ils se recouchèrent, côte à côte, et Diego lui passa les bras autour du cou, l'enlaçant presque : "Tu as envie d'en parler ?"

"Oui..."

"Tu l'as déjà fait, avec tes copains, pas vrai ?"

"Si. Toi aussi, hein ?"

"Et tu aimes ça, n'est-ce pas ? Comme moi."

"Oui, Diego. J'y pense depuis longtemps, mais j'avais peur que tu..."

Diego rigola : "Pareil pour moi. On a été très cons, hein ? Mais... c'était risqué d'essayer... si tu m'envoyais chier... Toi, avec tes copains... vous faisiez... seulement ça ?"

"Oui, pourquoi ?"

"Mais tu ne sais pas ce qu'on peut faire, entre garçons ?"

Pierre le savait, mais il feignit de l'ignorer, lui-même n'aurait pas su dire pourquoi, peut-être par jeu, ou peut-être pour ne pas trop s'exposer... "Non, quoi ?" demanda-t-il.

Diego, en réponse, lui caressa le derrière à travers le tissu de son caleçon et appuya un doigt là où devait être le petit trou caché. "On peut faire aussi des trucs... là."

"Mais c'est bon ?"

"Oui."

"Tu l'as déjà fait ?"

"Oui."

"Et... tu veux le faire avec moi ?"

"Seulement si tu veux bien, si tu aimes."

"Je ne sais pas si j'aime, je n'ai jamais essayé..."

"Et tu ne voudrais pas... essayer avec moi ?"

"Je ne sais pas... Avec toi... peut-être bien, mais pas maintenant. C'est vrai que c'est bon, de le faire là ?"

"Moi j'aime, au moins. Peut-être que tout le monde n'aime pas, mais moi si. Et avec toi... j'en ai envie depuis longtemps."

"Et pourquoi ?"

"Parce que tu me plais et qu'on est devenus amis."

"Oui, c'est vrai, on est amis... et toi aussi tu me plais, Diego."


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