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histoire originale par Andrej Koymasky


pin LE GARÇON DE L'AQUEDUC
CHAPITRE 8 - SHOU-T'I : CONCLUSION - LE MESSAGER

Enfin le mur octogonal et le Pavillon des Iris furent terminés et Li Pao, Chan et Zhu s'y installèrent. Emménagèrent aussi avec eux les jeunes Gao-zhi et Zong dont les parents, bien qu'à contre cœur, s'étaient pliés à la requête de Li Pao. Les deux garçons adoraient presque Li Pao pour les avoir pris comme serviteurs et leur avoir ainsi permis de vivre ensemble.

Il ne s'était écoulé que dix mois depuis que Hung Hsi avait été couronné Empereur quand sa constitution fragile céda et l'Empereur mourut. La nouvelle arriva à la villa et jeta tout le monde dans la consternation. Moins d'un mois après cette triste nouvelle, Ch'en Yü-liang arriva à la villa avec Ch'ien. Li Pao les reçut avec plaisir.

"Ecoute, Li Pao, le nouvel Empereur, Hsüan Tê, le fils du défunt frère de notre aimé Hung Hsi, m'a confirmé Conseiller du trône. J'ai ici la confirmation par le nouvel empereur de ta charge de surintendant de la villa du Phénix Noir et de celle de Chan comme Surintendant des eaux et jardins de la villa."

"Je te remercie. Je crois les devoir à ton amitié..."

"En partie, mais surtout à mon estime et à vos mérites. J'ai emmené avec moi Ch'ien. Après la mort de Hung Hsi il était en danger à la cour, sans la protection de notre seigneur et son aimé. Aussi ai-je convaincu le nouvel empereur de... l'exiler, pour ainsi dire, ici, où je suis certain que tu prendras grand soin de lui."

"Mais certainement, tu as très bien fait. Je suis heureux que tu aies pensé à cette solution."

"Il n'était pas heureux à la cour... mais tant qu'il était aux côtés de Hung Hsi, il supportait tout. Ici il a connu la sérénité. J'espère qu'il la retrouvera. Avant que je retourne à la cour, y a-t-il quelque chose que je puisse faire pour toi ?"

"Non, merci, tu as déjà fait beaucoup. Tout va bien, ici. Pourquoi ne viens-tu pas visiter ma nouvelle résidence ? Enfin l'Octogone et le Pavillon des Iris sont terminés. Reste déjeuner avec nous, si tu peux. Ch'ien aussi, évidemment."

"Très volontiers. Je crois que Ch'ien est allé à la chambre qu'il partageait avec Hung Hsi..."

"Je vais l'appeler, puis nous irons à l'Octogone." Dit Li Pao.

Il alla à la chambre qui avait été celle de Hung Hsi. De derrière la porte il entendit un sanglot. Il frappa et demanda à haute voix s'il pouvait entrer. Ch'ien vint ouvrir la porte. Son visage était baigné de larmes et le lit portait la marque de son corps.

"Pardonne-moi, Li Pao, si je me suis permis de venir ici..."

"Tu en as tout le droit..."

"Non, je ne suis qu'un serviteur, l'as-tu oublié ?"

"Je ne l'ai pas oublié, comme je n'ai pas oublié le fort et vrai amour qui t'a uni à Hung Hsi. Mais maintenant, viens avec moi, je te prie. Nous montons, avec Ch'en Yü-liang, déjeuner à l'Octogone. Il y aura aussi Chan, bien sûr."

"Vous êtes tous si bons et généreux avec moi..."

"Pour l'amour que tu as eu, que tu as pour Hung Hsi... il est naturel que nous t'aimions bien. Viens, mon ami."

"Je ne suis qu'un serviteur..." murmura Ch'ien.

"Tu n'en es pas moins notre ami. Tu es avec des amis, et cette maison est ta maison."

Après le repas, pendant que Chan faisait faire à Ch'ien le tour de leur petit royaume, Li Pao demanda à Ch'en Yü-liang : "Ai-je autorité pour nommer Ch'ien vice-surintendant de la villa ?"

"Bien sûr que tu l'as. Je crois que c'est une bonne idée. J'ai vu avec plaisir que Chan et toi êtes toujours liés par une forte affection..."

"Oui, c'est vrai. Et toi, cher ami, as-tu trouvé quelqu'un à aimer et qui t'aime ?"

"Oui, depuis quelques mois. C'est le plus jeune fils de l'ex précepteur de Hsüan Tê. Un garçon très timide, hors du lit. Mais plein de chaleur quand nous faisons l'amour."

"Quel âge a-t-il ?"

"Vingt et un ans. Son père lui avait fait épouser la troisième fille du chef des gardes du corps de l'Empereur... une femme altière et frigide. Il n'était pas heureux, avant de me rencontrer..."

"Vous n'avez pas de problèmes pour être ensemble, à la cour ? Je ne pense pas que tu aies la liberté qu'on avait ici..."

"Aucun problème. Sa femme sait pour nous et cela ne lui fait rien, au contraire, elle supporte à contre-cœur, comme mon amant, les nuits où elle doit partager son lit pour essayer de faire naître leurs héritiers. Non, vraiment aucun problème. Moi aussi je vais prendre femme... Tu sais comment, à la cour, un haut fonctionnaire sans épouse est regardé de travers, surtout par le nouvel Empereur qui ne partage pas nos goûts."

"As-tu déjà trouvé une jeune fille à épouser ?"

"Oui. C'est une des dames de compagnie de l'Impératrice. Je l'ai choisie parce que j'ai découvert qu'elle est la secrète amante du troisième trésorier de la cour. Je lui permets de poursuivre sa relation avec lui et je reconnaîtrai les enfants qu'ils feront... et elle me laisse rester avec mon garçon. Comme tu vois, les intrigues de cour s'étendent jusqu'aux secrets d'alcôves. Nous devons juste faire attention aux eunuques, ils épient toujours tout et tout le monde pour en tirer avantage. Mais nous aussi avons nos espions et nos acolytes."

"Je suis content de pouvoir vivre ici et non à la cour !" s'exclama Li Pao.

"Et dis-moi, mon cher paysan lettré, comment va ta vie, à part l'évident bonheur que tu partages avec Chan ?"

"Oui, je suis vraiment un paysan lettré. A part la jouissance des livres que tu m'as donnés et grâce auxquels je rédige un commentaire sur les écrits du maître K'ung, j'ai recommencé à cultiver la terre, ici à l'Octogone. J'alterne le pinceau et la pioche : je ne pourrais pas être plus heureux."

Après que Ch'en Yü-liang ait quitté la villa, Li Pao nomma Ch'ien son assistant et l'autorisa à vivre dans la chambre du prince, en lui demandant seulement de la laisser libre quand viendrait quelque important visiteur de la cour.

Lentement, l'ex favori de l'Empereur sembla retrouver une certaine sérénité. Mais à part s'occuper avec soin de la villa et aller de temps en temps voir ses deux amis à l'Octogone, il était toujours seul.

"Ch'ien," lui dit un jour Chan, "ne crois-tu pas qu'il est temps que tu regardes autour de toi et te trouves un nouveau compagnon ?"

"Comment pourrais-je ? Je n'ai pas encore fini de pleurer mon seigneur..."

"Ne crois-tu pas, mon ami, que l'âme de Hung Hsi s'attriste de ta tristesse ? Ne crois-tu pas que, par l'amour qu'il avait pour toi, il voudrait maintenant que tu trouves un autre amour ?"

"Je ne peux pas, vraiment."

"Non, tu ne peux pas encore, je te l'accorde. Mais pense à ce que je t'ai dit : tu as encore le pouvoir de rendre sereine l'âme de Hung Hsi, en trouvant un nouvel amour... Tu es encore jeune, tu ne peux pas consumer ta vie dans le souvenir... Tu ne peux pas et tu ne dois pas, crois-moi."

"Je ne peux pas. Si j'étais sûr que tu as raison, si c'était lui qui me le demandait en rêve... peut-être pourrais-je un jour. Mais je lui appartiens encore."

Zhu avait fini la vaisselle. Il sortit de l'Octogone pour aller faire quelques courses dans les villages voisins. En rentrant, il vit un garçon avec des habits de novice bouddhiste pliés sur l'herbe à côté de lui, il avait le crâne rasé et se lavait dans un des ruisseaux qui allaient, en aval, dans les jardins de la villa. Le garçon ne portait qu'un pagne.

"Ohé, novice ! D'où viens-tu et où vas-tu ?" lui demanda Zhu en admirant son beau corps.

Le garçon ne l'avait pas entendu arriver, il sursauta et se retourna brusquement, perdit l'équilibre et tomba dans le ruisseau. Il en sortit aussitôt, ruisselant d'eau. Zhu rit de bon cœur.

"Eh, mais je ne suis pas l'orque des fables ! Je ne suis qu'un serviteur, un cuisinier." dit-il.

"Je ne t'avais pas entendu arriver..."

"Qui es-tu ? Tu viens du monastère en bas dans la vallée ?"

"Je m'appelle Ren, j'étais novice au monastère de Ch'ang-an..."

"C'est très loin d'ici. Tu étais novice, dis-tu ? Tu as fui le monastère ?"

"Non... si... et je voudrais que mes cheveux repoussent vite et pouvoir abandonner ces habits. Tu as quelque chose à me donner à manger ? J'ai très faim et l'eau ne calme plus mon estomac..."

Zhu posa le balancier avec deux grands paniers, y prit un peu de nourriture qu'il tendit au garçon.

"Quel âge as-tu ?"

Le garçon prit la nourriture : "Merci. Presque dix-huit ans..."

"Pourquoi as-tu fui le monastère ?"

"Maître Ou-yand avait un trop gros bâton et me le faisait savourer trop souvent..."

"Tu étais donc si indiscipliné qu'il devait te battre sans cesse ?" lui demanda Zhu en continuant à admirer le beau corps à moitié nu du garçon.

"Mais non ! Je parle du bâton... qu'il a entre les jambes. Il me faisait mal quand il me mettait... c'est pour ça que j'ai fui !"

Zhu rit de nouveau.

"Ris, ris. J'aurais voulu t'y voir toi, à ma place ! Les premières fois il m'a fait saigner..."

"A ce point ! Pauvre garçon. Si tu n'aimes pas faire ça avec un homme, pourquoi es-tu rentré dans un monastère ? Tout le monde sait que les moines observent leur vœu de chasteté en fourrant les novices, non ?"

"Oui, je le savais. C'est pour ça que je suis allé au monastère. Mais maître Ou-yand l'a plus grosse que celle d'un âne !"

"Ah, mais alors tu aimes en prendre dans ton petit cul ? Tu en avais déjà prises avant que Ou-yang ne te fourre ?"

"Ou-yand, pas Ou-yang. Oui, mais de mes compagnons... qui en avaient de la bonne taille. Avec eux j'aimais... Et je suis entré au monastère pour éviter de devoir me marier. Moi les femmes me font ramollir !"

"Et maintenant, que comptes-tu faire ?"

"Je t'ai dit, j'attends que mes cheveux repoussent puis j'espère trouver d'autres habits, après je chercherai un quelconque travail qui me nourrisse, pourvu que ce soit loin de tout monastère !"

"Tu es très beau garçon... En plus d'un travail, trouve peut-être un amant qui... en ait une de la bonne taille, comme tu dis."

"La tienne... quelle taille a-t-elle ?" lui demanda le garçon l'air malicieux.

Zhu rit : "Qu'est cela, une proposition de ta part ?"

"Si tu aimes les garçons, et si tu ne l'as pas trop grosse... ça me plairait d'essayer de le faire avec toi : tu es bel homme... et si ça nous plait à toi comme à moi, peut-être pourrais-tu demander à ton patron de me prendre comme aide en cuisine..."

Le garçon plaisait à Zhu. Il se dit qu'il avait peut-être trouvé le bon garçon... de toute façon il pouvait essayer...

"Je ne te promets rien... mais... tu me plais beaucoup, tu es bien fait... Enlève ton pagne et faisons un essai..."

"Ici ? Et si quelqu'un venait ?"

"Enlève ton pagne et remets ton habit. Moi je la sors et m'assieds par terre, toi tu t'assieds sur moi. Si on voit quelqu'un arriver on aura le temps de se séparer et de faire semblant de rien..."

"Mais d'abord tu me la fais voir..." lui dit le garçon en enfilant de nouveau l'habit de novice, mais sans encore enlever son pagne.

Zhu remonta sa veste baissa son pantalon et la montra au garçon.

"Elle est très belle ! Mais elle est encore molle... je ne voudrais pas que..." dit-il et il se mit à genoux devant l'homme, la prit en main et se mit à la lécher et la travailler des lèvres et des mains jusqu'à bientôt arriver à la faire se dresser.

"Oui, elle a la bonne taille... Assieds-toi dans l'herbe, va, essayons !" lui dit-il avec un sourire alléchant.

"Là aussi tu as faim ?" lui demanda Zhu en riant, et il s'assit.

"Il y a près de vingt jours que j'ai fui le monastère et je ne l'ai plus fait... bien sûr que j'ai faim là aussi..." dit le garçon.

Il s'assit sur ses genoux, glissant son dos contre la poitrine de l'homme, jusqu'à arriver à le prendre tout en lui. Il se pencha alors un peu de côté, passa un bras à son cou et posa l'autre main par terre et il commença à bouger de bas en haut sur le beau membre dur et dressé de Zhu.

"Oh oui, elle est vraiment bien !" s'exclama-t-il, heureux. "Tu aimes aussi embrasser ?"

"Oui..."

Leurs bouches se cherchèrent et s'unirent. L'ex-novice chevauchait gaiement le beau pieu de chair qu'il faisait ainsi glisser dans et hors de lui. De temps en temps ils regardaient autour pour s'assurer que personne ne venait.

"Oh, oui, ça me plait, avec toi ! Attends, fais-moi me mettre à quatre pattes, tu pourras me prendre avec plus de vigueur..." dit-il joyeusement.

Ils changèrent de position. Zhu le pénétra de nouveau et commença à marteler en lui. Le novice agitait son beau petit cul contre lui, ravi du martèlement de l'homme en lui.

"Oui, allez... allez... oui... comme ça..." l'encourageait le garçon tout en se masturbant avec plaisir. "Tu aimes ?"

"Oui, Ren, j'aime."

"Moi aussi ! En voila une belle chevauchée ! Tu sais y faire, toi... et tu en as une vraiment de la bonne taille... allez... allez..."

Quand finalement, l'homme d'abord puis le garçon eurent atteint le sommet du plaisir, ils s'assirent haletants dans l'herbe.

"Je t'en prie... prends-moi avec toi... Demande à ton patron de me prendre comme serviteur... Je te jure, je serai un serviteur zélé ! Et je serai avec toi chaque nuit et tu pourras me prendre... Le jour aussi, si tu veux... S'il te plait... J'ai toujours rêvé d'un homme comme toi..."

"Mais que sais-tu de moi, et moi de toi ? Il ne suffit pas d'une fois pour savoir si nous serons bien ensemble. Je pourrais être un mauvais homme pour toi, ou toi un mauvais garçon pour moi. Qu'en savons-nous ?"

"On peut au moins essayer, non ? Juste un essai ? On est libres de se séparer si ça ne marche pas. Je t'en prie... Tu verras que tu ne le regretteras pas de me prendre à l'essai. Tu es gentil..."

"Mais qu'en sais-tu ?"

"Je le vois dans tes yeux. Tu es beau... et tu sais y faire. Tu es gentil, tu m'as donné à manger..."

"Peut-être ne t'ai-je donné à manger que pour pouvoir me faire ton beau petit cul..."

"Non, tu m'as donné à manger avant qu'on parle de le faire."

"Je ne peux rien te promettre, mais... viens avec moi, j'essaierai de demander au patron s'il te prendrait comme serviteur... au moins à l'essai."

"Ce n'est pas un bouddhiste pratiquant, j'espère ? Que pensera-t-il en voyant un ex-novice..."

"Non, il suit la doctrine du tao, il ne s'intéresse pas à celle de Bouddha. De toute façon je te donnerai quelque chose à mettre, à la maison du patron, avant de te présenter à lui."

Le garçon le prit dans ses bras et l'embrassa impulsivement : "Merci. Tu verras, tu seras content de moi. J'apprendrai à faire tous les travaux que vous m'assignerez, le patron et toi. Tu verras, je serai obéissant et diligent. Et je te donnerai tout le plaisir que tu voudras prendre."

Zhu réarrangea ses habits, reprit le balancier sur les épaules et partit. Le garçon le suivit, joyeux. Zhu entra à l'Octogone, tourna derrière le petit bois de bambous, posa les paniers à la cuisine, puis emmena le garçon dans sa chambre. Il lui donna certains de ses habits et le garçon se changea.

"Tu es drôle... ils te sont un peu trop grands... Si le patron te laisse rester ici, je veillerai à t'en trouver d'autres..." lui dit Zhu.

"Nous allons tout de suite demander au patron de me prendre à l'essai ?"

"Non, Maintenant tu viens à la cuisine avec moi et tu m'aides à préparer le repas. Après le repas je demanderai à parler au patron, je te présenterai à lui et nous verrons ce qu'il dira."

"Il est très sévère, le patron ?"

"Non, Ren, avec qui fait bien son devoir il est bon et gentil."

"Alors il sera bon et gentil avec moi aussi. Il est vieux ?"

"Non, il a mon âge."

"Je ne sais pas encore comment tu t'appelles..."

"Zhu."

"Je suis vraiment très drôle, avec tes habits sur moi ?"

"Non, juste un peu. Tu ne serais pas vaniteux, par hasard ?"

"Non, c'est juste que je ne voudrais pas faire mauvaise impression au patron."

"Il ne regarde pas les habits, il regarde dans le cœur des gens. Et il sait les lire tous comme à livre ouvert."

"Je n'ai rien à cacher. Il peut lire dans mon cœur."

Le garçon plaisait à Zhu. Il avait le regard ouvert et franc et une bonne dose d'allégresse en lui. Ren s'ingénia à se rendre utile.

Quand les deux autres serviteurs arrivèrent aussi à la cuisine, Gao-zhi et Zong, Zhu leur expliqua dans les grandes lignes qui était Ren, sans entrer dans les détails.

"Si le patron te prend à son service, tu verras que tu seras bien ici avec nous." lui dit Gao-zhi.

Zong ajouta : "Et il y a du travail, mais pas trop. Nous avons aussi le temps de nous reposer et nous amuser un peu, une fois terminé tout ce que nous avons à faire."

"Je n'ai pas peur du travail. Là-bas au monastère nous n'avions même pas un moment libre et on dormait peu." dit joyeusement Ren.

Après le repas, Zhu alla parler à Chan et Li Pao qui voulurent connaître l'ex-novice. Lequel leur fit bonne impression, alors, ayant compris que Zhu était intéressé par le garçon, ils décidèrent de le prendre à l'essai.

Quand la nuit Ren fut dans le lit de Zhu, il lui demanda : "Mais dis-moi, Gao-zhi et Zong, ils le font ensemble ?"

"Ils s'aiment beaucoup. Pense que quand leurs parents ont tenté de les séparer les deux garçons ont décidé de se tuer ensemble."

"C'est beau, un amour aussi fort ! J'aimerais trouver quelqu'un à aimer comme ça... Et, les deux patrons, est-ce que par hasard..."

"Oui, les deux patrons aussi s'aiment beaucoup."

"Alors je suis vraiment tombé au bon endroit. Il faudrait l'appeler le Pavillon de l'Amour, cette maison. Mais même si toi et moi ne sommes pas encore amoureux, tu as envie de le faire encore avec moi ?"

"Pas encore amoureux, dis-tu ? Pourquoi, tu penses que ce sentiment pourrait naître entre toi et moi ?"

"Pourquoi pas ? Tu es fort, gentil, bon... et tu le fais si bien ..."

"Et moi, pourquoi devrais-je tomber amoureux de toi ?" lui demanda Zhu amusé, mais en rien mécontent de la perspective.

"Ça je ne sais pas. Je sais juste que ça pourrait être beau. Tout compte fait, je crois qu'il est beau d'être aimé."

"Il est beau aussi de savoir aimer, pas seulement d'être aimé."

"Oui, je crois que oui. Mais maintenant, tu as envie de le refaire avec moi ?"

"Et bien, qu'en dis-tu ?" lui dit l'homme en lui prenant une main qu'il guida entre ses jambes.

Ren rit : "J'ai l'impression que oui. Tant mieux... Moi aussi j'en ai envie..." dit joyeusement le garçon et, se glissant sous la couverture, il s'attacha à donner du plaisir à l'homme.

Quelques chambres plus loin, Goa-zhi pénétrait Zong avec une tendre passion. Quand il fut tout en lui, il lui dit : "Essaie de ne pas jouir, Zong. Je voudrais que tu me prennes, après..."

"Oui, mon aimé. Quand il fera meilleur, irons-nous un soir le faire au lac ?"

"Oui, bien sûr. Ce sera beau de pouvoir de nouveau le faire dans l'eau, comme à notre première fois."

"Oui, c'était beau, là-bas au fleuve. S'apercevoir soudain, alors qu'on se connaissait depuis si longtemps, que notre amitié était devenue amour et désir..." dit Zong, et puis il rit.

"Qu'est-ce qui te fait rire ?" lui demanda son amant.

"Tu te souviens, nous ne savions pas encore bien faire ? Nous en avons mis du temps, avant d'arriver à bien le faire !"

"C'était notre première fois à tous les deux. Parfois je me demande encore ce qui nous a fait comprendre que notre amitié était devenue autre chose ? Que tous les deux, ce jour là, nous ayons senti le besoin d'accueillir l'autre en nous ?"

"Allez, maintenant... fais-moi sentir combien tu aimes être en moi." Lui dit Zong.

"Tu penses que les patrons aussi font l'amour dans leur chambre en ce moment ?" demanda-t-il en commençant son fort va et vient dans son amant.

"Je pense que oui, Gao-zhi. Deux êtres qui s'aiment ne peuvent pas résister à être ensemble, nus dans le lit, sans faire l'amour, je crois. Oh, oui... comme ça, ça me plait..."

"Tu préfères quand je te fais mien ou quand tu me fais tien ?" lui demanda le garçon en bougeant en lui avec un plaisir croissant.

"Je ne sais pas... Quand tu me prends comme là, je préfère être pris, mais quand c'est moi qui te prends, je préfère te prendre..."

Les deux garçons se turent, au plaisir de leur union, savourant chaque instant, chaque mouvement.

Ils avaient raison de penser que leurs patrons faisaient l'amour dans leur lit.

Pendant une brève pause, pour ne pas arriver trop vite à la fin de leur union, Chan demanda à Li Pao : "Crois-tu que Ren puisse être le garçon qu'il faut pour notre Zhu ?"

"Je pense que oui. Si Zhu n'avait rien éprouvé pour lui, il n'aurait pas défendu sa cause avec une telle ardeur... Et le garçon m'a paru assez intéressé à pouvoir rester avec Zhu et pas juste par un travail, un toit et de quoi manger. Enfin, nous verrons bien..."

"Celui qui m'inquiète, c'est Ch'ien. Il semble qu'il n'arrive pas à surmonter sa tristesse et sa douleur..."

Li Pao acquiesça : "Oui, moi aussi il me préoccupe. Même si notre ami est bien à la villa, il est trop seul."

"Tu crois qu'il faudrait lui proposer de venir vivre ici avec nous ?"

"Non, il souhaite être là où il a connu le bonheur avec Hung Hsi. Ici il se sentirait encore plus seul, malgré notre compagnie. Il doit juste accepter sa douleur, alors peut-être pourra-t-il s'en sortir."

Au même instant Ch'ien, dans un accès de tristesse, décida de se rhabiller et de sortir de la villa. Il demanda aux deux soldats de garde de lui ouvrir le portail. Il sortit et se mit à marcher le long de la route qui descendait en courbes larges vers la vallée.

A un moment il vit au bord de la route un petit feu de camp à côté duquel un vieil homme se réchauffait, accroupi par terre.

Arrivé à côté, il le regarda, un peu curieux, et il allait continuer son chemin quand la voix du vieux le fit s'arrêter.

"Seigneur, pourquoi ne viens-tu pas te réchauffer à mon feu ?"

"Je n'ai pas froid..." répondit Ch'ien en s'arrêtant et en le regardant de nouveau.

"Si, tu as froid... dans ton cœur."

"Qu'en sais-tu, vieil homme ?" lui dit le jeune homme sans dureté.

"Viens ici, à côté du feu, seigneur."

"Aucun feu, vieil homme, ne pourra jamais me réchauffer..."

Le vieux, d'une voix étrangement douce, dit presque dans un murmure :

Le soleil est couché derrière la fenêtre
La nuit plane dans mon cœur.
Dans la chambre dorée, personne
N'essuie mes larmes.
Sur le lit désert
Mon cœur invoque la fin.
Les belles fleurs du poirier
Ont perdu tous leurs pétales.
Je suis comme un brin d'herbe
Brisé par les sabots des chevaux.
Personne ne voit mes larmes,
Personne ne les essuie.
Ch'ien acquiesça : "C'est exactement ça, vieil homme. Mon cœur invoque la fin."

Le vieux continua :

Fin et souple, il a douze ans à peine !
Comme un bourgeon sur la branche du pêcher
Au premier jour du second mois.
Dans six ans par un clair après-midi,
Juste là où nous sommes maintenant,
Son visage à lui et les fleurs du pêcher
Se reflèteront l'un l'autre, de la même couleur.
Ce visage je ne saurais te dire
Où il est maintenant : au nord ? au sud ? Où ?
Mais les fleurs de pêcher comme lui
Riront du bonheur de voir ton visage.
Tu demanderas : "Qui es-tu ?" et lui dira : "Je suis à toi !"
"Pourquoi me dis-tu cela ? Qui es-tu, vieil homme ?" lui demanda Ch'ien, troublé.

"Je suis un messager."

"De la part de qui ?"

"Je ne sais pas. Mais j'ai fait un rêve, et dans ce rêve quelqu'un me montrait cette route, me suggérait les mots que je t'ai dit et me pressait pour que j'arrive ici peu après le coucher du soleil. Alors, je suis venu."

"Il n'a pas dit qui il était ?"

"Non, et je n'ai pas pu voir son visage. Mais j'ai vu sa main et il avait une petite cicatrice sur la paume..."

Ch'ien pâlit : "Il se l'est faite un jour où il voulait couper en deux une poire pour m'en donner la moitié... Dans ton premier poème tu as parlé d'un poirier..."

"Alors tu sais qui m'envoie."

"Comment as-tu fait pour savoir que j'étais celui à qui tu devais laisser son message ?"

"Il m'a dit que personne d'autre ne passerait ici cette nuit, entre le coucher et le lever du soleil."

"Et il t'a dit... que dans six ans..."

"Oui, ce sont les mots du second poème."

"Et il aura dix-huit ans et il me dira : je suis à toi ?"

"Exactement. Et il aura le visage couleur des fleurs de pêcher. Et ce ne sera plus la nuit mais l'après midi. Et vois-tu, ici à côté il y a un pêcher et ce jour-là il sera en fleurs. Alors tu ne pourras pas te tromper, tu sauras que c'est lui, celui que l'homme qui m'a parlé en rêve t'envoie."

Ch'ien se leva et ferma les yeux, et des larmes coulèrent de nouveau sur ses belles joues. Puis il rouvrit les yeux, pour remercier le vieil homme, mais il n'y avait plus personne à côté du feu de camp qui s'éteignait doucement.


F I N


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