Le matin suivant, Alexandre, alla au bureau où il voulait parler à sa secrétaire. Il lui dit tout ce qu'Ivano lui avait dit.
Alda sourit : "Oui, Alexandre, je crois que lui, encore mieux que moi, avait compris qu'il devait faire quelque chose pour toi. Bien sûr que nous t'aimons bien, comme t'a dit Ivano, tu es un bon chef et un bon patron. Je ne savais pas tout ce que sait Ivano et que tu viens de me raconter, et que je te remercie de m'avoir dit : ça n'a pas dû être facile pour toi..."
"Désormais, Alda, au moins face avec vous deux qui m'aimez bien et qui me l'avez prouvé, j'ai décidé que je devrai être... nu. Mais crois-tu qu'il est encore temps d'essayer d'éclaircir les choses avec Gabriel ?"
"Si tu as le courage de mettre ton âme à nu devant lui, je crois que oui... j'espère que oui. Quand penses-tu y aller ?"
"Aujourd'hui même, peut-être vers midi. Mais je t'avoue que je me sens un peu nerveux..."
"Tu as peur d'un refus, à ce stade ?"
"Oui, justement."
"Tu n'as pas peur de faire un faux pas ? Je veux dire... après toutes ces années à te convaincre de n'être pas gay... faire ce pas maintenant..."
"Ne m'as-tu pas dit toi-même, comme Ivano, que cela n'était qu'un problème secondaire ?"
"Secondaire, oui, mais un problème, dans notre société. Peut-être moins aujourd'hui qu'il y a cinquante ans, mais malheureusement encore un problème. Et puis, prendre ce garçon chez toi... tu sais, les gens pourraient soupçonner, médire, comprendre... Tu y as pensé ?"
"Oui, j'y ai pensé. Je suis disposé à courir le risque. Ivano ma dit que lui et les siens me couvriraient, mais ça, c'est vraiment secondaire. On ne peut pas, par peur du qu'en dira-t-on, arrêter de vivre sa propre vie."
"Oh, bien, revoici l'Alexandre que j'ai toujours connu !" dit-elle avec un large sourire, "Et de toute façon, moi aussi je vous couvrirai, ici, à l'usine, bien entendu. Tu as déjà en tête comment tu affronteras la rencontre avec Gabriel ?"
"En partie seulement. Ca dépendra de comment il réagit. Mis avant tout, je lui demanderai pardon de l'avoir blessé. Et après, comme tu dis, je mettrai mon âme à nu devant Gabriel."
"Quoi qu'il en soit, n'aies pas peur d'un refus. Certes, il y a un risque, un risque que tu dois courir. Mais je crois que ça en vaut la peine. Au moins, même si ça ne devait pas marcher comme tu l'espères, tu pourras te dire que tu as fait ton possible."
"Mais peut-être un peu tard !"
"Non, pas tard, mais quand tu t'es rendu compte que tu pouvais et que tu devais le faire. Avant, tu ne pouvais pas, tu étais trop confus et trop conditionné. Chacun de nous fait ce qu'il doit quand il se rend comte qu'il doit le faire. Avant, on ne peut pas."
"Si tout marche bien, je devrai vous remercier, toi et Ivano, de toute façon."
"Et toi aussi pour avoir été honnête, même si ça t'a terriblement coûté." Dit-elle avec un petit sourire.
"Si cela tourne bien, c'est autre chose qu'une voiture qu'il faudra que je t'offre, Alda !"
"N'y pense pas. Ce n'est pas pour une voiture, pour un cadeau que... c'est seulement par amitié."
"Oui, je voudrais vraiment que nos rapports, plus que de travail, deviennent réellement d'amitié, Alda. Je t'ai toujours appréciée, comme secrétaire, mais pas assez comme... amie. Toi et Ivano, je ne m'en rends compte que maintenant, avez été ma vraie famille."
"Oui... et puis aussi ça a été bien de jouer le rôle de ta femme..." dit-elle en riant légèrement.
"Peut-être qu'il faudra encore... imagine que Gerbini nous réinvite ou qu'il vienne ici..."
"Et bien, surtout si Gabriel revient, on sera prêts à reprendre les représentations à tout instant. Ça ne me déplairait vraiment pas du tout.."
"A moi non plus, Alda. Après tout on s'est bien amusés, en plus d'être utiles à l'usine."
Vers midi, sans même déjeuner, Alexandre prit sa voiture et il alla à Bologne. Il se gara puis chercha l'adresse de Gabriel. Devant la maison, il sonna. Peu après un garçon vint ouvrir. Grand, les cheveux en bataille et les yeux ensommeillés , il ne portait qu'un jeans, à l'évidence enfilé en hâte, et il était pieds nus.
"Excuse-moi, je m'appelle Alexandre. Je cherchais Gabriel. Tu peux l'appeler ?"
"Alexandre ? Tu veux voir Gabriel ? Ben, il est pas à la maison. Il travaille à cette heure, il finit son poste vers trois heures, je crois..."
"Poste ? Quel poste ?" demanda Alexandre en cherchant à imaginer comment les gigolos travaillaient par postes...
"Chez Mac Donald, là où il travaille. Rue de l'Indépendance. Tu sais où c'est, non ?"
"Ah, oui... depuis quand il travaille là ?"
"Depuis trois semaines. Il est encore à l'essai."
"Et... ça lui plait de travailler là ?"
"Bah, vas savoir... Mais toi, d'où tu le connais ? Tu es un de ses amis ? Il nous a jamais parlé de toi..."
"Dans le passé il a fait un petit travail pour moi..." répondit Alexandre en comprenant que Gabriel n'avait pas parlé de lui à ses amis.
"Ah... Bizarre qu'il t'ait donné notre adresse... D'habitude on ne la donne pas..." répondit le garçon.
De derrière le rideau qui séparait la porte d'entrée de l'intérieur vint une voix ensommeillée : "Qui c'est, Franco ? Le propriétaire de la maison ?"
"Non, Dario, c'est un ami de Gabi. Dors tranquille."
"Je suis réveillé, maintenant" fit la voix ensommeillée.
"Je suis désolé de vous avoir dérangé, je n'avais pas pensé que vous seriez encore au lit. Excusez-moi." Dit Alexandre.
"Non, c'est plus ou moins l'heure où on se lève, sauf Gabriel, depuis qu'il travaille là-bas. Bon, si tu ne veux rien d'autre... Alexandre, tu as dit ?"
"Oui, je m'appelle Alexandre."
"Il nous a jamais parlé de toi." Répéta Franco en baillant.
"Gabriel par contre m'a parlé de toi, Franco, de Dario et de Sergio..."
"Mais tu... tu as baisé avec Gabi ? Tu es un client à lui ?"
"Oui, j'ai baisé avec lui, et oui on peut dire que j'ai été son client. Bon, merci Franco, et excuse-moi encore de vous avoir réveillés." Dit Alexandre et il redescendit jusqu'à la rue.
Il gagna le centre à grands pas et, après la Grande Place, il tourna dans la rue de l'Indépendance. Il regarda sa montre : oui, il était dans les temps. Il alla jusqu'au Mac Donald et il entra. Gabriel était à une des caisses et il servait une jeune fille. Alexandre prit la queue derrière la jeune fille. Quand elle partit avec son plateau, Gabriel leva les yeux... et resta bouche bée.
"Que fais-tu là, toi ?" lui demanda-t-il à voix basse.
"Je voudrais manger. Donc, un Big Mac, un..." commença Alexandre.
"Que veux-tu de moi ?" le coupa Gabriel. Et Alexandre remarqua que sa voix tremblait.
"Une double de frites... un coca..."
"Tu t'amuses ?"
"Non, j'ai faim. Et je veux attendre trois heures, quand tu finis, parce que je dois te parler."
"De quoi ?"
"Il faut que tu attendes trois heures pour le savoir. Ici ça ne me paraît pas l'endroit idéal. S'il te plait... Si tu préfères, quand j'ai mangé, je vais t'attendre au café d'en face. Tu y viendras ?"
"Oui... au café." Répondit Gabriel, un peu hésitant.
Alexandre mangea lentement. De temps en temps il jetait un coup d'œil à Gabriel et il vit que le garçon le regardait souvent, l'air sérieux et courroucé. Gabriel n'avait cependant pas refusé de lui parler. Peut-être seulement parce qu'il avait peur d'une dispute ici, d'un scandale... mais non, Gabriel devait savoir qu'il ne lui aurait jamais fait une scène. Il aurait aussi pu lui dire non, il aurait pu lui dire de s'en aller, mais il ne l'avait pas fait.
Quand il eut fini de manger il alla poser son plateau, lança un autre coup d'œil vers Gabriel, qui le regardait encore, et il sortit. Il alla au bar, commanda un café et il attendit. Pendant qu'il attendait il se demanda s'il avait senti du désir, du désir physique, dans sa rencontre avec le garçon. Peut-être pas au point de provoquer une érection, mais le désir de le toucher, de le prendre dans ses bras, oui, ça il l'avait senti. Le désir de le voir sourire et de savoir qu'il était, lui, la cause de ce sourire.
Il regardait souvent sa montre et le temps lui semblait s'écouler bien trop lentement. Qu'allait-il lui dire, en premier ? D'autres cas lui avaient appris qu'il était inutile de préparer un discours : il arrivait mieux à dire les bonnes choses s'il se fiait à son intuition, à l'impression du moment. Il allait dire ce qu'il ressentait, avec honnêteté et franchise, au moment où il se trouverait face à Gabriel. Oui, c'était la meilleure chose à faire.
Enfin, il vit Gabriel entrer dans le bar et le chercher des yeux. Il se leva pour se faire voir et il lui fit signe. Gabriel commanda quelque chose à la caisse, le paya, et il vint s'asseoir à la table d'Alexandre.
"Salut..." lui dit Gabriel.
Il avait salué le premier, un bon signe... "Salut. Merci d'être venu."
"Je t'avais dit oui..."
Ils se turent un moment pendant que le garçon posait un café devant Gabriel. Pendant que ce dernier mettait un sucre et tournait, Alexandre commença à parler.
"Gabriel, avant tout je voulais te demander pardon."
"Pardon ? Pourquoi ? Tu as respecté notre accord, non ?"
"Si, mais je ne t'ai pas traité comme tu le méritais. Je le regrette. Vois-tu, Gabriel, si tu veux rester et m'écouter, je voudrais t'expliquer..."
"J'ai tout le temps que tu veux." Répondit Gabriel, sec.
"Je voudrais t'expliquer, pas me justifier. Et après, je voudrais te poser une question."
"Bien."
"Tu vois, Gabriel, tu le sais, je... j'ai toujours refusé même l'idée d'être gay. Je l'ai toujours refusée parce que, comme je te l'ai dit, j'avais eu cette expérience, adolescent, et mon père, et le psychologue chez qui il m'avait envoyé, sont arrivés à me convaincre qu'être gay c'est se tromper, que c'est mal et anormal. Et je les ai crus. Peut-être parce que j'étais faible, ou que je n'y ai pas assez réfléchi, ou que mon père et le psychologue ont été convaincants... je ne sais pas et ça n'a pas beaucoup d'importance.
"J'ai vécu une vie dépourvue d'affection profonde, privée de sexe, et je me le justifiais en me disant que chacun est différent, que certains ont une sexualité plus vivante et certains plus calme... et je pensais appartenir à la seconde catégorie. Enfin, c'est comme ça que je justifiais mon manque d'intérêt pour la sexualité. Jusqu'à... jusqu'à ce qui est arrivé entre toi et moi, ce que tu sais..."
"Jusqu'à ce qu'on baise." Commenta Gabriel, sec.
"Oui, exact, jusqu'à ce qu'on baise. Je me suis aperçu que... que ça me plait, qu'il n'est pas vrai que j'y suis indifférent, que... honnêtement, je n'arrive pas à bien l'expliquer. Mais que c'est beau. Enfin, ce n'est pas que du plaisir, mais que c'est une belle chose. Mais j'avais encore en moi ce refus de l'amour entre deux hommes. J'ai parlé d'amour, Gabriel, et pas que de sexe. Parce que, vois-tu, s'il ne s'était agi que de sexe, peut-être aurais-je pu l'accepter un peu plus facilement... même si franchement je ne suis pas sûr.
"La façon dont j'ai réagi juste après qu'on ait... baisé, et après, ce n'était que chercher à rester fidèle à tant d'années de ma vie. Ce n'était pas un jugement à ton égard, même si ça a pu te le paraître, à cause de ce que je t'ai dit. En un sens, vois-tu, je n'ai pas eu ni le moyen ni le temps de mûrir sur ce plan-là. C'est un peu comme si, après ce qu'il y a eu entre Ulrico et moi, j'avais arrêté de grandir sur le plan affectif et sexuel. Mais maintenant... j'ai recommencé à grandir et... et j'ai compris que j'ai mal agi avec toi. Alors c'est pour ça qu'avant tout je dois, je veux te demander pardon."
"Oui, et puis ?" demanda Gabriel d'une voix plate.
"Et puis... et puis que je le veuilles ou non, je n'ai fait que penser à toi, à nous. Et je me suis aperçu que tu me manques. Tu me manques, Gabriel, et pas juste pour baiser. Tu me manques comme personne, ta compagnie me manque, ta proximité, ton sourire... et le sexe aussi, bien entendu, mais comme conséquence de tout cela et pas le contraire. Je ne sais pas si j'arrive à bien m'expliquer, je te l'ai dit, je me sens encore un adolescent pour ces choses."
"Si, tu t'expliques bien. Poursuis." Dit Gabriel et Alexandre crut déceler de la gentillesse dans sa voix.
"Franchement, je ne sais pas si je serais ici maintenant, s'il n'y avait pas eu deux personnes proches de moi, qui m'aiment bien plus que je ne le pensais, et qui ont compris que je traversais une période de trouble et de confusion. Qui ont senti que quelque chose me rendait triste et inquiet. Deux personnes qui n'ont pas eu peur de m'affronter et de m'obliger à penser, à réfléchir, à comprendre et à prendre une décision, la décision de te chercher et de venir ici, aujourd'hui."
"Deux personnes ? Qui ?" demanda Gabriel, un peu surpris et curieux.
"Tu ne t'en doutes pas ? D'abord Alda puis Ivano. Deux personnes qui m'aiment bien et... qui t'aiment bien. C'est eux qui m'ont aidé à comprendre, à me comprendre... et donc à m'accepter comme je suis. A me faire comprendre que le psy ne m'avait pas guéri, mais qu'il m'avait conditionné. Qu'il n'y avait rien à guérir. Qu'il n'y avait rien de mal, de dévoyé, de maladif à ce que... à ce que je t'aime, à ce que je sois amoureux de toi."
"Alda et Ivano...oui, j'aurais dû m'en douter. Ivano savait, mais Alda ? Je ne pensais pas qu'elle avait compris..." commenta Gabriel, un peu surpris.
"Elle n'avait pas vraiment compris, mais elle sentait quelque chose. Elle se demandait si c'était moi qui étais gay et toi non, et qu'alors tu sois parti, ou si c'était toi qui étais gay et moi non, et qu'alors je t'aie chassé... Mais elle avait compris que le problème était là, et elle m'a aidé à comprendre à mon tour. Ivano a été plus explicite, grâce aussi à son expérience avec son fils Luca et son ami Felice. Mais ce qu'il m'a dit aurait sans doute été moins efficace si je n'avais pas, d'abord, parlé avec Alda.
"Mais, Gabriel, ça ne me suffit pas de te demander pardon. Je serais venu rien que pour ça, bien sûr, mais je suis aussi venu te demander autre chose..."
"Oui ?" demanda Gabriel en le regardant, et Alexandre vit que son regard n'était plus de glace, mais qu'il portait une lueur qui lui réchauffa le cœur.
"Gabriel... voudrais-tu recommencer avec moi... depuis juste après le moment où on a fait l'amour sur le divan de mon bureau ?" demanda Alexandre le cœur serré, son regard implorant plongé dans les yeux de Gabriel.
"Depuis... tout de suite après, tu dis ?"
"Oui, parce que c'est là que j'ai fait la plus grossière erreur à ton égard. C'est là que j'aurais dû accepter être ce que tu m'as fait comprendre que je suis. Je voudrais reprendre là pour voir si on pouvait... si on pouvait construire quelque chose ensemble. Tu me manques, Gabriel, tu me manques trop. J'ai besoin de toi... et je voudrais... je voudrais que toi aussi tu aies besoin de moi. Je voudrais que tu donnes un goût à ma vie, et je voudrais pouvoir donner plus de goût à la tienne. Je ne te promets pas d'être parfait... tu devras être patient avec moi... tu devras m'aider à recommencer à grandir..."
"Alexandre, tu as bien réfléchi à ce que tu me dis ? Toi qui pendant des années as... refusé le sexe, pour tous les motifs que tu m'as dit, quand moi, au contraire, j'ai vécu le sexe de la façon la plus physique, la plus matérielle et la plus superficielle qu'on puisse imaginer. Tu ne crois pas qu'on est aux antipodes ?"
"Et ne pourrait-ce pas être l'amour qu'on ressent... que je ressens pour toi et que j'espère que toi aussi tu sens pour moi, qui nous fasse trouver le bon équilibre ? Ne crois-tu pas que si on venait l'un vers l'autre, on deviendrait tout deux de meilleures personnes, et même... peut-être tout simplement des personnes ? Mon passé, ton passé, peut-être qu'ils ne se trompaient pas de route, n'allaient ils pas juste dans la mauvaise direction ?
"Oui, mais personne ne te reprochera jamais ton ascétisme, alors que moi... qui ne me condamnerait pas, à part peut-être ceux qui ont fait le même choix que moi ? Et même, j'en suis sûr, même mes ex-clients me condamneraient."
"Gabriel, moi pas, je te le jure ! Ni les personnes intelligentes et bonnes, comme Alda et Ivano. Pour les autres, tu t'en inquiètes vraiment ? Oui, je sais, mon père, ton père ne nous ont pas acceptés comme nous sommes... je regrette pour eux. Je regrette pour eux parce qu'il n'ont pas fait de mal qu'à nous, ils s'en sont aussi fait à eux-mêmes."
"Alexandre, j'ai tout à gagner et rien à perdre à accepter ce que tu me demandes. Mais toi, tu ne penses pas au scandale que ce serait si on savait que non seulement tu couches avec un garçon, mais que tu entretiens un gigolo ?"
"Je suis prêt à courir ce risque. Et tu as tort, j'y gagnerais énormément, si tu acceptais..."
"Et quoi donc ?"
"Toi, ton amour... le plaisir d'être avec toi, de travailler avec toi - si tu acceptes de venir travailler à la Giocagiò - de tout partager avec toi..."
"Et il faudra que j'habite cet appartement dont tu as parlé ?"
"Non, Gabriel, oublie cette offre stupide. Ta chambre est comme tu l'as laissée..."
"Ah !"
"Attends... mais j'espère que tu accepteras de partager ma chambre... et mon lit aussi, Gabriel. Je voudrais partager le plus de chose possible avec toi, Gabriel, tout, même, si c'est possible. Et je ne veux pas dire par là que tu dois juste partager ce que j'ai à t'offrir... non... tu te souviens de ces marchés qu'on faisait ? Tu viens avec moi à l'opéra et je viens avec toi en boîte...Je veux aussi partager ta vie et ce qui te plait. Ça te dit d'accepter ? Bien que j'ai cinquante ans et toi même pas dix-neuf ?"
"Cinquante... dix-neuf... c'est que des chiffres, Alexandre. Tu vois, là... je ne peux pas faire ce que je voudrais..."
"Tu en as un autre, peut-être ? Tu vois comme je suis stupide, je ne te l'ai même pas demandé, avant de déverser sur toi tout ce que je ressens, tout ce que j'espère, tout ce que je désire... pardonne-moi..."
Pour la première fois, Gabriel sourit : "Oui, tu es vraiment stupide. Non, il n'y a personne d'autre, ce n'est pas ce que je voulais dire. C'est que... ce que je voudrais faire, là, mais que justement je ne peux pas... c'est te prendre dans mes bras et t'embrasser !"
Alexandre sentit d'un coup toute la tension qui l'avait envahi, et dont il ne s'était même pas rendu compte, cette tension disparut complètement et il se sentit ému, vraiment comme un adolescent. Son visage s'ouvrit dans un sourire radieux.
"Alors... alors c'est un oui ?" demanda-t-il la voix tremblante.
"Oui... oui, Alexandre. Oui, moi aussi j'ai compris que j'avais besoin de toi. Et peut-être que cette séparation, ce malentendu m'a aidé à mieux le comprendre qu'avant. Avant... bien sûr je me sentais attiré par toi, tant physiquement que comme personne, parce que tu es une belle personne et tu es séduisant. Mais peut-être que, avant, je n'avais pas compris à quel point j'avais besoin de toi. Comme tu as dit tout à l'heure, ce n'est pas dit que tout soit parfait tout de suite, mais on peut essayer, et même, on doit essayer !
"J'ai besoin de toi, Alexandre, de ton sourire, de ton amour, de tout ce que tu peux me donner. Et je ne parle pas de confort, de bien-être, d'un travail... Après que je t'ai quitté, je ne suis pas arrivé à... reprendre ma vie d'avant. Nous n'avons passé qu'un mois et demi ensemble, mais tu m'as changé..."
"Comme tu m'as changé moi, Gabriel. Je t'aime..."
"Chht ! On peut t'entendre !" dit Gabriel en souriant, mais il était évident qu'il s'en moquait et même qu'il était content. "Moi aussi, Alexandre, moi aussi je t'aime."
"Quand... quand peux-tu venir avec moi ? Rentrer à la maison ?" lui demanda-t-il, électrique, heureux et impatient.
"Je dois avertir au Mac Donald que je n'irai plus y travailler, si tu m'offres un travail. Mais je suis à l'essai et, s'ils peuvent me renvoyer sans préavis, je peux aussi partir à ma guise. Puis... puis je dois dire au revoir à mes amis, et puis... je suis tout à toi."
"Je peux venir avec toi ? Comme ça on pourra rentrer ensemble ?"
"Oui, bien sûr." Répondit Gabriel avec un sourire.
Ils allèrent au Mac Donald et Gabriel parla au gérant. Ce dernier insista un peu, il était content de son travail et il se mit à dérouler ses possibilités de carrière, bien que Gabriel continue à lui dire non. Alors Alexandre intervint, en souriant.
"Excusez-moi, mais pouvez-vous lui offrir un emploi permanent et un poste à responsabilité ? Vous pouvez lui offrir une rémunération de plus de trois millions par mois ?"
Le gérant le regarda stupéfait : "Non, bien entendu, mais..."
"Et bien alors, inutile d'insister : c'est ce que je lui offre. Vous vous doutez de quel sera son choix." Dit Alexandre d'une voix suave.
"Bon, s'il en est ainsi..." répondit le gérant avec un geste de résignation.
"Bien, alors au revoir et bonne journée."dit Alexandre et il sortit, avec Gabriel.
"Oh comme tu l'as mouché, avec cette histoire." Lui dit Gabriel, joyeux.
"Ce n'était pas une histoire : c'est ce que je t'offre, enfin, pour commencer..."
"Tu es fou ? Je n'ai même pas le bac, moi !"
"Ça, si tu y tiens, tu le passeras, mais ce n'est pas nécessaire. Comme Alda aussi l'a remarqué, en quelques jours tu as compris des choses que ni elle ni moi n'avions vues..."
"Mais je pouvais fouiner à ma guise..." dit Gabriel.
"Ca veut dire que tu seras le fouineur professionnel... Non, tu trouveras ce que tu aimes faire, même si je voudrais qu'avant tout tu collabores avec moi. J'aimais beaucoup ta façon de discuter travail avec moi."
"Va savoir combien il y en a, dans ton usine, de meilleurs que moi..."
"Oui, c'est possible. C'est pour ça que tu verras ce que tu te sens de faire et que tu le feras. Néanmoins, la rémunération initiale est ce que j'ai dit."
"C'est beaucoup...."
"Peut-être, mais peut-être pas. A toi de la mériter. Et puis, je veux que tu te sentes libre et pas... entretenu. Mais je suis certain que tu sauras la mériter."
"Diable... si tu... si tu ne venais pas de me dire tout ce que tu m'as dit, je penserais que tu veux m'acheter..."
"Mais tu n'es plus en vente." Lui répondit simplement Alexandre.
Ils allèrent ensemble rue Rialto et montèrent au quatrième. Les trois amis de Gabriel étaient tous là. Avant de faire entrer Alexandre, Gabriel lui avait demandé d'attendre un moment dehors.
"Tu sais, on a l'habitude de se balader à poil ou presque, à la maison... c'est mieux si je leur dis d'abord que tu es là." Lui expliqua Gabriel et il entra. Quelques minutes après il lui fit signe d'entrer.
"Les garçons, lui c'est Alexandre..." dit Gabriel, puis il montra un à un ses amis et dit "Voici Franco, lui c'est Sergio et là c'est Dario."
"Prends un siège" lui dit Franco, "on s'est déjà vus vers midi..."
"Oui, et excusez-moi encore de vous avoir réveillés..." dit Alexandre en souriant.
"Alors, Gabi ? Qu'est-ce que tu voulais nous dire ?" lui demanda Sergio, en étudiant ouvertement Alexandre avec une curiosité.
"Tu parles toi, Alexandre, ou je parle ?"
"Comme tu veux..."
"Bon, alors c'est moi. Les garçons, lui c'est Alexandre et je pars vivre avec lui. Maintenant. Alors je suis venu vous dire au revoir." Annonça Gabriel avec un grand sourire.
"Mais... et l'appart qu'on voulait prendre ? A trois, je sais pas si ça le fait..." dit Sergio un peu déçu.
"On pourrait, je crois, et puis on en trouvera peut-être un autre pour prendre sa place." Dit Dario.
"Oui, je crois que oui..." dit Franco, hésitant, "Gabi ne peut pas ne pas partir avec Alexandre juste pour ça, non ?"
"Je... je m'engage à payer ma part jusqu'à ce que vous en trouviez un autre..." dit Gabriel en regardant Alexandre qui acquiesça.
"Mais c'est pas juste, si t'es pas là..." dit Dario.
"Mais si, c'est juste. J'étais d'accord pour prendre cet appart avec vous. Et puis je peux me le permettre, je travaille et j'ai un bon salaire." insista Gabriel.
"Merci, Gabi." Lui dit Franco, "tu es un ami. Mais on te reverra, hein ?"
"Chaque fois que Gabriel le voudra..." intervint Alexandre.
"Oui, je ferai signe. Et puis vous avez mon numéro de portable."
"Bon... alors tous mes vœux, Gabi." Lui dit Sergio, rassuré.
"Tu prends tes affaires, Gabriel ?" lui demanda Alexandre.
"Presque rien. Le reste je vous le laisse, les garçons. Partagez-le ou gardez-le en commun, comme vous préférez."
Gabriel prit un sac et il y mit les quelques affaires qui lui tenaient le plus à cœur, puis il dit à Alexandre : "On y va ?"
Ils saluèrent les amis et ils allèrent, ensemble, reprendre la Lamborghini bleue et, enfin, ils rentrèrent chez eux.