9 - HIRAM LIBERE DE L'EXIL SUR LE BATEAU NOIR
Hiram resta trois cent trente-trois jours prisonnier de l'énorme et monstrueux bateau noir sur ordre du dieu Melqart pour satisfaire et donner du plaisir avec son corps aux trois cent trente trois puissants marins noirs, et quand ces jours furent écoulés, les matelots le relâchèrent et il le conduisirent en barque jusqu'à la terre ferme.
Mais c'était une côte désertique, sans eau, avec une chaleur ardente et Hiram, la bénédiction de Melqart soit sur lui, gisait, complètement nu sous le soleil brûlant, car les hommes noirs, habitués à bord de leur bateau à la plus complète nudité, avaient depuis longtemps jeté par-dessus bord ses habits réputés inutiles.
Et donc sa peau, à cause de la longue réclusion dans la totale obscurité de la cabine dans laquelle se trouvait sa couche sur laquelle il donnait du plaisir à tout l'équipage du bateau noir, était devenue très pâle et délicate et il souffrait beaucoup de l'étouffante chaleur sur cette plage déserte.
Melqart eu pitié de son serviteur et fit croître durant la nuit une grande plante avec de large feuilles, telle qu'on n'en avait jamais vu dans aucune partie du monde. Avec les feuilles, Hiram put au moins se couvrir et trouver le repos sous son ombre. Il était encore trop faible pour se lever et se déplacer, alors Melqart, le plus miséricordieux de tous les dieux, fit apparaître sur la plante de fermes fruits rosés de la forme d'un membre viril, y compris les testicules, et qui, détachés de la tige, pouvaient être sucés pour donner un lait sucré et très nourrissant.
Quatre fois par jour, Hiram réussissait à cueillir un fruit pour se nourrir et bien vite, le très bel homme se mit à reprendre des forces. Hiram, la main de dieu soit toujours sur lui, laissait les écorces vides autour de lui, dures comme des coquilles de noix, qui une fois utilisées prenaient une couleur plus blanche que la neige.
Mais un jour arriva par le sentier un jeune et très beau berger qui connaissait chaque rocher, chaque plante de l'endroit. De loin, il remarqua l'étrange végétal qui venait de pousser et il savait parfaitement qu'il n'y avait jusque-là aucune plante à cet endroit. Et de plus il lui paraissait inexplicable qu'un arbuste semblable ait pu croître dans cette terre complètement privée d'eau.
Il s'en approcha donc avec curiosité pour examiner la plante stupéfiante et remarqua qu'elle n'avait pas des racines plantées dans la terre comme toutes les autres plantes, mais qu'elle avait par contre des racines qui s'étendaient sur le sol en formant un décor parfait d'hexagones entrelacés. Cela émerveilla beaucoup le jeune berger, mais encore bien plus quand il aperçut le très bel homme nu qui gisait à l'ombre des branches.
Cet homme n'était vêtu que des feuilles de la plante et de plus, il était très pâle et il avait une apparence étrangère.
Le berger fut extrêmement surpris et mais aussi intrigué, alors il entama la conversation et questionna l'étranger pour savoir qui il était.
Celui-ci lui répondit, "Je m'appelle Hiram le Phénicien, je suis le devin du dieu Melqart, le dieu de l'amour entre les mâles, qu'il soit loué pour l'éternité, dans tous les pays, et entre tous les peuples, le dieu qui m'avait envoyé vers le peuple d'Uruk.
"Mais je les ai quittés hâtivement et en colère au moment où ils avaient le plus besoin de moi, sans la permission de mon seigneur et dieu. Pour cette raison, mon seigneur et dieu m'a puni et il m'a laissé à me morfondre au sein d'un grand bateau noir, servi par des hommes noirs comme la suie, afin que chaque nuit, je leur donne du plaisir avec tout mon corps. Mais dans son infinie miséricorde, mon dieu m'a fait déposer sur cette plage désolée."
Le jeune et très beau berger écouta le récit de Hiram sans pouvoir accorder aucun crédit à ses paroles, car il n'avait encore jamais quitté ces pâturages. Il n'avait rien vu du monde et ne savait rien de ce qui était advenu à Uruk. Toutefois, il avait bon cœur, et il prit Hiram avec lui dans sa cabane pour le soigner jusqu'à ce qu'il soit guéri et qu'il ait repris des forces.
Et enfin, une nuit, le jeune berger dit à Hiram, la puissance de dieu soit sur lui, "Enseigne-moi la religion de ton dieu, apprends-moi comment deux hommes peuvent s'aimer, au-delà de s'étendre ensemble pour la pure jouissance. Je crois que je voudrais apprendre à te donner mon amour et à recevoir le tien, parce que tu es vraiment un homme très beau et très spécial."
Alors Hiram, la main de Melqart soit sur lui pour l'éternité, attira le très beau jeune homme sur sa couche, le dénuda avec ses mains affaiblies, l'embrassa et lui enseigna comment donner et recevoir de l'amour, comment donner et recevoir du plaisir en utilisant chaque partie du corps. Le jeune berger était très étonné car il s'était déjà étendu en compagnie d'autres hommes, mais comme deux animaux qui cherchent à satisfaire leur instinct et leurs propres besoins, mais pas comme deux hommes qui se donnent réciproquement de l'amour.
De temps en temps, il arrivait que quelques voyageurs traversent la région dans laquelle le beau berger faisait paître son troupeau. Un jour, il rencontra un groupe de personnes qui habitaient Uruk. Par eux, le jeune berger apprit ce qui était arrivé là-bas et comprit que Hiram, la puissance du dieu soit sur lui, lui avait dit la vérité.
Il retourna alors au lieu sur lequel poussait l'étrange plante qui protégeait Hiram et dit à cet homme qu'il avait appris à aimer tout ce qu'il venait d'entendre.
Quand Hiram, la main de Melqart soit sur lui pour l'éternité, apprit que le dieu Melqart avait épargné la cité d'Uruk au dernier instant, parce que le peuple avait enfin manifesté son repentir et embrassé la vraie foi, il cria vers son seigneur et son dieu, " Seigneur, pauvre de moi ! Pourquoi aucun d'eux ne s'est-il converti pendant que je me tenais avec eux ! Pourquoi ont-ils pu me mépriser et m'outrager pendant tant d'années, sans être jamais punis pour cela ! Ah, seigneur !"
Ainsi se lamentait Hiram, la bienveillance du dieu soit sur lui, vers son dieu Melqart, mais après avoir prononcé ces paroles, il regarda et vit que les branches de cette plante étrange qui étaient restées vertes tant qu'il était à ses côtés étaient à présent complètement desséchées. Il s'écria alors, "Oh, mon dieu, qui me couvrira à présent et où irai-je trouver de l'ombre ?"
Alors Melqart s'adressa à son devin, "Hiram, mon fidèle ! Tu te désoles car j'ai laissé périr une chose que j'avais fait surgir du désert en une seule journée. Ne comprends-tu pas comme j'aurais par conséquent regretté de détruire une ville entière avec tous ses habitants car moi qui aime tous les hommes, je l'ai soignée pendant tant d'années ?"
Alors Hiram comprit et il regretta sa pusillanimité.
Le berger qui avait trouvé Hiram, la puissance du dieu soit sur lui, sur la plage, l'accompagnait et il crut à présent que cet homme était l'envoyé du grand dieu, et il éprouva envers lui un grand attachement et un amour croissant.
Et comme Hiram, la bénédiction soit sur lui, était encore trop faible pour se déplacer seul, il lui prépara une sorte de traineau en se servant d'un abreuvoir en bois qu'il recouvrit d'une douce peau de mouton. Puis il attacha une corde à une extrémité et à l'autre il fixa le collier de ses chiens qui traînaient ainsi le malade d'un endroit à l'autre. Les chiens, reconnaissant le caractère sacré du devin de Melqart, faisaient très attention de ne pas secouer l'homme affaibli dans le traineau-abreuvoir, car sa peau était encore si fragile et qu'il n'était pas encore complètement rétabli.
Mais un jour, Hiram, la puissance de Melqart soit sur lui, dit au berger son amant, ", mon bon ami, que dira le propriétaire du troupeau quand il découvrira que tu me consacres tellement de temps alors qu'il te paye pour que tu prennes soin de ses moutons ?"
Le jeune berger lui répondit, ", bien-aimé de Melqart, depuis que tu es avec moi, beaucoup de choses merveilleuses se produisent. Là où auparavant, aucun brin d'herbe ne poussait, il y a maintenant les prairies les plus opulentes, traversées de frais ruisseaux gargouillant. Pendant cette brève période, le troupeau s'est multiplié par quatre. De quoi devrait donc se plaindre mon maître ?"
Mais un soir, Hiram, la bénédiction de Melqart soit sur lui, entendit la voix d'un inconnu qui grondait sévèrement le berger. Il lui disait d'une voix furieuse, "Que fais-tu tout ce temps ? Qu'as-tu à faire avec cet étranger ? Serais-tu devenu sa putain ? Préfères-tu qu'il te baise plutôt que de t'occuper de mon troupeau ? Au bout du compte, c'est moi qui devrai payer tout ça !"
C'était le propriétaire du troupeau et c'était, comme Hiram l'avait justement supposé, une personne très désagréable, au cœur avare et méchant.
Mais le berger répondit hardiment à son maître, "Cet homme que j'ai trouvé nu au bord du désert, est le devin du dieu Melqart, et c'est un homme plein d'amour. Depuis qu'il est avec moi, je peux traire les brebis deux fois par jours, les brebis mettent bas deux agneaux, et ton capital a ainsi doublé. Tout cela, nous le devons à ce saint homme dont la seule présence bénit toute chose !"
Mais le propriétaire du troupeau était un homme très cupide. Il avait déjà entendu dire que le roi d'Uruk recherchait un prophète du nom de Hiram et que ce grand roi avait promis une grosse récompense à qui le lui amènerait.
Et donc, il demanda au berger, "Et bien, esclave, dis-moi où est cet homme mystérieux et puissant dont tu me parles, conduis-moi à lui, que je le voie et que moi aussi, je puisse parler avec lui."
Mais le jeune et beau berger n'était pas si naïf et il comprit que cet homme n'était motivé que par l'égoïsme et son propre intérêt, la cupidité qui endurcit le cœur. Il lui répondit juste avec un geste évasif, "Il est justement parti aujourd'hui, dans cette direction." Et il indiqua un endroit qui était à l'opposé de la cachette de Hiram.
Alors le maître du troupeau se mit immédiatement en chemin avec ses gens, chevauchant dans la direction indiquée par le rusé berger pour le chercher, l'attraper et le remettre au roi d'Uruk et se faire ainsi remettre la généreuse récompense.
Hiram, que Melqart lui donne la santé, comprit que le temps de quitter cet endroit était venu et il partit avec son amant pour trouver une nouvelle cachette plus sûre.
Au soir, ils arrivèrent dans une grotte qui leur offrait un abri contre le froid de la nuit du désert, car il était encore très faible. Son amant avait emporté avec lui une outre pleine de lait tout juste trait et il lui donna à boire, puis il s'étendit à côté de lui et le réchauffa de son corps. Hiram voulut encore faire l'amour avec lui, car il pensait que d'un moment à l'autre, le beau berger devrait retourner vers le troupeau dont il devait s'occuper.
Ils firent longuement l'amour, avec douceur et tendresse, s'offrant l'un à l'autre, chacun ne pensant qu'à donner à l'autre le plus noble, beau et intense des plaisirs.
Au beau milieu de la nuit, Hiram, la main de Melqart soit sur lui, se réveilla au son d'une douce chanson et il reconnut la voix de son amant. Il vit que la lune était pleine et couvrait tout d'une robe d'argent précieux.
Hiram, que la main de Melqart le bénisse, appela le jeune et beau berger. "Pourquoi t'es-tu levé, mon ami ? Ressens-tu la nostalgie de ta maison ? Veux-tu retourner chez ton maître ? Ne veux-tu pas rester encore quelques jours ?"
"Oh non," lui répondit le gentil et beau berger, "mon maître est parti et ne reviendra jamais plus. Il ne pensait qu'à te retrouver pour ne pas laisser échapper la récompense promise par le roi, et il ne s'est pas arrêté à la tombée de la nuit, bien que je l'aie mis en garde. Cette région est pleine de pentes abruptes, de précipices de roches escarpées. Mais il ne m'a pas écouté et son destin l'a rattrapé. Notre dieu Melqart me l'a fait connaître en songe. Alors, je n'ai plus à revenir chez lui. Et je ne resterai pas avec toi quelques jours, mais pour toujours, tant que tu ne m'écarteras pas de ton flanc, ou que notre dieu de nous rappellera pas à lui."
Le jeune et beau berger se joignit donc à Hiram, que la bénédiction du puissant dieu soit toujours sur lui, et par la suite, il devint son compagnon permanent, son ami, son amant, et enfin, également son fidèle époux.
10 - HIRAM REVIENT A URUK
Hiram, la puissance du dieu de l'amour entre les mâles soit toujours sur lui, resta encore un peu de temps près du berger son époux. Chaque jour, il se rendait devant la mer et l'observait attentivement depuis le rivage. De là, il observait volontiers le jeu des poissons quand ils sautaient hors de l'eau et qu'ils dansaient et jouaient dans la resplendissante lumière du soleil.
Le plus gros des poissons se tournait aussi vers le prophète et le regardait longuement, comme pour lui envoyer un salut muet ou pour lui communiquer quelque chose mais le bel homme ne réussissait pas à le comprendre.
Un jour, il sembla à Hiram, la protection de dieu soit sur lui, que ce poisson tenait dans sa bouche une chose claire et brillante. Et en effet, le poisson nagea vers le rivage et jeta sur la plage un objet scintillant. Hiram reconnut le poisson, c'était le même que celui auquel il jetait avec son père des miettes de pain quand il était enfant. Et Hiram reconnut l'objet scintillant. C'était la chaîne d'un collier qui appartenait au roi des Assyriens. Hiram, la main de Melqart soit sur lui, vit un signe dans le cadeau du poisson. Il prit la chaîne et se rendit chez le beau berger son époux.
"Le temps est venu que tu ailles voir le roi," dit Hiram à son époux, "et tu lui diras que tu m'as vu, mais tu ne lui révéleras pas l'endroit où je me trouve. Comme signe que tu lui dis la vérité, tu lui donneras cette chaîne qui lui appartient. Prends aussi avec toi une poignée de la terre sur laquelle j'ai couché, et aussi cette branche de la plante qui m'a protégé et l'une de ces merveilleuses écorces vides et sèches des fruits aux admirables proportions du membre viril qui contenait le lait sucré qui m'a nourri. Dis au roi que je viendrais le trouver dès que je me sentirai de nouveau assez fort."
Le berger se mit en marche vers Uruk. Il se présenta au roi et tout se passa comme Hiram, la puissance du dieu soit sur lui, l'avait prédit. Le roi reconnut l'odeur de son devin dans la poignée de terre et dans la branche. Il lui posa beaucoup de questions sur son compatriote, mais à peine son ambassade achevée, le berger disparut et personne ne sut où il était passé. Mais il retourna vers Hiram et le soigna jusqu'à ce que son mari soit redevenu totalement sain et fort.
Alors Hiram, la protection de Melqart soit sur lui, prit la parole et il dit à son amant et jeune berger, "Viens à présent, mon fidèle époux, parce que tu dois enfin recevoir ta récompense du roi, car je retourne à Ninive."
"Non," répliqua le berger, "jamais je ne réclamerai d'autre récompense que ton amour plein de bénédictions. Que tu m'aies choisi comme ton époux est la plus grande, la plus précieuse des récompenses, mon bien-aimé."
Hiram le caressa avec un tendre amour et lui parla. Il lui dit, "Tout ce que tu voudras, mon doux mari, tu seras mon compagnon tant qu'il plaira à dieu. Toutefois, je te recommande de recevoir la récompense du roi pour la distribuer aux pauvres qui sont plus que toi dans le besoin."
Ainsi, ils se rendirent tous deux à Uruk et la ville les accueillit avec une grande joie et beaucoup d'enthousiasme. On fêta pendant plusieurs jours le retour du devin et Hiram surveilla la construction du temple au dieu Melqart et des logements des prêtres et des acolytes du dieu. Les temples furent vidés et purifiés et dedans, on installa de nombreuses écoles et des centres d'enseignement de la vraie foi. Hiram, la bénédiction du dieu soit toujours sur lui, enseignait le peuple et instruisait les docteurs sur les préceptes du vrai amour entre les hommes et de l'amour entre les vrais hommes, de sorte que la religion soit encore transmise correctement après qu'il serait parti se réunir à son dieu.
Hiram, Melqart lui donne la récompense éternelle, s'installa dans une belle maison d'Uruk et selon la tradition, il se serait marié publiquement avec son beau berger, le jour même où fut inauguré le temple de Melqart. Certains disent qu'il a trouvé dans le jeune et très beau berger un très bon et pieu mari.
Mais d'autres disent par contre, même si cela semble incroyable, que son époux est devenu quelqu'un d'effroyablement insupportable, querelleur et mauvais. On dit que le berger, un jour où Hiram avait de nombreux invités, s'était une fois de plus comporté de manière répréhensible, mais Hiram, la main de Melqart soit sur lui, resta silencieux et n'éleva pas la voix sur lui. Ces amis compréhensifs et pleins de compassion lui demandèrent pourquoi il tolérait une telle impudence de la part de son époux.
Hiram leur répondit, "J'ai reçu ce que j'avais demandé en prière, car j'ai une fois prié Melqart, le dieu puissant de m'infliger dans cette vie la punition de l'au-delà, mais ainsi, après ma mort, je recevrai mon paradis. Notre dieu Melqart a écouté ma prière et il m'a ordonné de prendre comme époux le berger qui m'avait secouru. Ainsi, j'aurai connu les peines de l'enfer au cours de ma vie terrestre et je n'aurai plus à les subir après cette vie."
11 - LA DESTRUCTION D'URUK ET LA FIN D'HIRAM
Pendant quelques années, tout se passa bien à Uruk, toutefois, la mémoire de ce qui s'était passé s'estompa peu à peu et les habitants d'Uruk se rappelèrent des coutumes et des usages anciens. Ils suivaient encore les préceptes de la nouvelle religion que Hiram, la paix soit avec lui, leur avait apportée. Mais ils n'en étaient pas complètement satisfaits. Les fêtes leur manquaient, ainsi que les foires annuelles avec les orgies qui les accompagnaient, auxquelles ils participaient toujours, mais aussi l'excitation des représentations chorégraphiques et musicales de femmes nues qui les précédaient, du temps des anciennes idoles. Ils commencèrent donc en secret à sculpter des images qu'ils adoraient en cachette.
Hiram fut inquiet de voir de nouveau triompher leur ignorance et cela le rendit triste. Mais ses paroles et ses avertissements tombèrent de nouveau dans des oreilles de sourds.
Un jour le roi fit appeler Hiram, la main de dieu soit sur lui, et il l'accueillit avec une mine attristée.
"Nous sommes en mauvais terme avec nos voisins. Tous se moquent de nous parce que nous avons ajouté à nos temples les belles et précieuses œuvres d'art du temple dans lequel nous adorons un dieu qui bénit l'amour entre les mâles. Ils rient dans notre dos parce qu'ils disent qu'un tel dieu ne peut que nous affaiblir. A leurs yeux, nous passons déjà pour des faibles et des comiques. Par conséquent, j'ai décidé de permettre à partir de maintenant que chacun adore le dieu qu'il préfère, celui qu'il choisit et tu ne dois plus t'immiscer dans ces décisions, ô Hiram."
Manifestement, les prêtres et les sorciers avaient réussi à se faufiler en ville et à influencer le cœur du roi d'une façon qui faisait qu'il ne voulait plus écouter les conseils du devin de Melqart.
L'opinion que dans le cas de cet évènement extraordinaire, il ne s'agissait que d'une catastrophe naturelle, et que pour des raisons tout aussi naturelles cette catastrophe ne s'était pas produite, prit le dessus et on oublia que seule la miséricorde de Melqart avait permis d'éviter la destruction.
Alors le peuple se laissa rapidement leurrer et crut que cette fois-là, ils avaient été ensorcelés par les paroles du devin et qu'ils avaient donné crédit à tort au "fou visionnaire."
Ils retournèrent alors de nouveau à leur état d'ignorance d'origine.
Hiram, que la bénédiction du dieu soit sur lui, se présenta de nouveau au roi et lui dit, " mon roi, ne crois pas que notre dieu Melqart ne nous voit pas parce que vous ne pouvez ni le voir ni l'entendre. Il voit comment les hommes qui s'aiment sont tournés en dérision, comment les pères interdisent à leurs fils qui voudrait choisir cette voie de la suivre et les obligent à épouser une femme et à s'accoupler avec elle, même s'ils ne le veulent pas.
Déjà une fois, il vous a protégés du châtiment qui avait été envoyé contre vous et il a retenu sa colère. Mais que ferez-vous si sa colère tombe sur vous une deuxième fois ? Alors la prochaine fois, ce ne sera pas seulement une pluie du ciel qui vous ruinera, mais le châtiment remontera aussi à la surface de la terre et vous serez entourés de partout, anéantis et toute votre puissance ne servira à rien. Que voulez-vous faire contre ça ?"
Mais le roi dont le cœur était empoisonné par les charmes subtils de sa nouvelle épouse et des concubines avenantes que les prêtres des autres dieux avaient introduites dans son harem, ne pouvait pas comprendre ces avertissements, son cœur était encore une fois fermé, et il retenait que son devin était devenu complètement fou.
Alors il fit de la tête un signe de dénégation et congédia Hiram comme il avait souvent fait dans le passé.
Pour montrer sa force au monde, le roi d'Uruk décida de monter une expédition contre la Phénicie, la terre natale du devin Hiram, le dieu Melqart lui donne le bonheur éternel. Victorieux, après avoir détruit le temple de Melqart qui était à Sidon, il rentra chez lui et attribua son succès aux dieux et aux idoles des Assyriens.
Dans l'exaltation de son ivresse de puissance, il projeta même une expédition contre la terre d'Egypte. Il ne savait pas qu'entre-temps, les fidèles du dieu Melqart avaient émigré de la Phénicie vers la terre d'Egypte et qu'ils y avaient trouvé refuge et protection. Et bien que Hiram l'ait averti que le dieu Melqart n'abandonnerait pas son peuple aux mains des serviteurs des idoles, le roi dédaigna ces conseils et se mit en mouvement avec une grande armée à la conquête de la fertile et riche terre d'Egypte.
Une deuxième armée, formée de colons, suivait la première. Ce roi fou était tellement sûr de sa victoire qu'il avait déjà pensé à faire coloniser la nouvelle terre par sa descendance.
Cela lui semblait si simple qu'il divisa son armée en deux et envoya une colonne pour conquérir le fertile empire du Nil et une autre vers l'Asie Mineure pour devenir ainsi le maître du monde.
Alors que l'armée était déjà prête pour l'assaut et rangée en ordre de bataille, une terrible tempête se leva à l'improviste et enferma tout dans une obscurité qui empêchait de voir quoi que ce soit, à tel point qu'on ne distinguait plus le ciel de la terre.
L'assaut fut ainsi empêché, et l'armée dut battre en retraite et se heurta dans sa déroute avec celle du roi qui marchait contre l'Egypte.
Le roi se mit en colère contre les généraux pour leurs erreurs et leur ordonna immédiatement de faire demi-tour.
Ils se retrouvèrent ainsi de nouveau devant les frontières de la Phénicie et ce fut encore l'intervention du dieu Melqart qui empêcha leur assaut.
Une épidémie éclata dans les rangs de l'armée assyrienne qui abattait les guerriers assyriens pendant que les Phéniciens n'étaient pas touchés par la maladie.
Entre temps, les troupes du roi qui étaient arrivées en Egypte furent vaincues et en l'absence de leurs maîtres, les perses envahirent la ville d'Uruk et ainsi se termina la grandeur de l'empire assyrien.
Le roi lui-même périt dans la bataille et beaucoup de ses sujets furent déportés comme esclaves dans le pays des vainqueurs.
Après ces évènements, Hiram ne vécut plus très longtemps, car il était à présent vieux et fatigué. Tant qu'il en eut la force, il sortait prêcher et appeler le peuple à la bonté.
Mais un jour, Hiram se sentit faible et il comprit qu'il expirerait bientôt. Alors il prépara sa propre tombe et un matin, après qu'il ait fait son oraison matinale, son âme rentra en lui et repartit vers Lui, Celui qui tient la vie et la mort dans ses mains. Alors, son époux qui lui était resté fidèle, ou qui était devenu importun suivant les deux traditions contradictoires, mais cela n'a plus d'importance, pleura sans cesse sur sa tombe, jour et nuit, et ses larmes firent surgir de très belles fleurs. Le dieu Melqart eut enfin pitié de lui et prenant son âme et son corps, il le porta au ciel où il le réunit à l'âme et au corps de Hiram pour toujours, en l'unissant à l'éternel bonheur de l'amour.