Une fois sur Toshi avec sa petite escorte, Mar se fit annoncer au Chef de Famille Nihon ni Terwo. Il fut reçu par le Premier, Nihon ni Yuki. C'était une femme de vingt-sept ans standards, maigre et très grande, les yeux foncés en fente, les cheveux noirs et plats, un visage doux et triste, elle portait une longue tunique noire avec des dessins de fleurs gris foncé à peine visibles, ouverte devant et à pans superposés, à longues manches et avec une belle ceinture de broquard.
"Chef de Famille Swooney ni Mar, bienvenu au Palais Nihon. Mon respectable père est en ce moment sur la planète Pox. Permets-moi de m'en faire le porte-voix, quoi qu'indigne."
Mar, habitué à plus de simplicité, se sentit un peu gêné : "C'est un honneur pour moi de te connaître, Premier des Nihon..."
"Ton compliment est difficile à supporter... Comment pourrai-je jamais te rendre ta gentillesse ?"
Mar ne savait plus quoi dire et il la regarda, hésitant. Puis il prit son courage à deux mains et dit : "Pardon, Premier des Nihon... je ne connais pas votre étiquette et je crains de me comporter de façon inappropriée... je ne veux pas te sembler discourtois, mais... puis-je t'expliquer directement l'objet de ma visite ?"
"Je te comprends pleinement, oui. Expose ton problème dans une tranquille sérénité et si, dans mon insuffisance, je peux t'être utile, ce sera pour moi une vraie joie."
Mar s'agita sur le grand coussin où on l'avait fait s'installer : "Voilà... J'ai appris qu'il y a près de huit siècles un Maître d'armes de ta Famille a été exilé sur la planète Ross sous l'accusation d'avoir violé le fils du Premier de l'époque... Je voudrais savoir qui était ce Maître d'armes, comment il s'appelait, ce qu'il faisait, toutes les informations possibles sur lui ainsi que sur les usages de l'époque..."
Le Premier acquiesça : "Dans mon ignorance, dois-je avouer, je ne connais pas l'épisode auquel tu te réfères. Mais la trace en sera assurément trouvée dans les archives de la Famille, pour satisfaire ton désir de connaître. Je chargerai immédiatement nos archivistes de procéder aux recherches approfondies qu'il faudra. Serait-il possible d'avoir des indices plus précis... Je te demande pardon si je me permets de t'importuner ainsi, mais c'est dans le seul souci de ne pas te faire perdre trop de ton précieux temps."
Mar s'agita encore sur son coussin : "Malheureusement j'ai peu d'indices sur lui, à part qu'il était marié, qu'il connaissait votre antique langue terrestre avec aisance, le nihongo, que son époux aussi la connaissait bien. Je crois qu'il était croyant, parce que ses écrits mentionnent le Bienheureux Bosatzu et le Saint Fils de Dieu."
"Je comprends, il devait donc être kresthien de l'Eglise Universelle Unie. Il y en a encore quelques uns parmi nous..."
"Je ne sais pas à quel âge ni l'année exacte où il fut exilé. Son nom devait être Asa."
"Asa et c'est tout ? C'est curieux, parce que certains de nos noms contiennent le loco Asa. Dans notre ancienne langue cela signifie matin. Nous avons des Champ du Matin, Soleil du Matin, Lumière du matin et d'autres... Bien, si tu n'as pas d'autres indices, nous utiliserons tes précieuses indications et essaierons de te contenter. Mais maintenant, puis-je t'offrir une tasse de Koicha ? Ce serait une joie pour moi d'en préparer en ton honneur."
Mar accepta. Commença alors un étrange cérémonial qui devait être très ancien. Mar remarqua qu'une grande part des ustensiles utilisés, bien que de facture excellente, étaient étrangement similaires au style de Boar : essentiels, simples, presque rustiques et pourtant raffinés, sans doute tous faits à la main, un à un, avec infiniment de soins et d'attentions;
Le premier apporta dans la pièce un braséro, une bouilloire et d'autres ustensiles. Puis, à gestes sobres, hiératiques, antiques et élégants, elle commença la préparation de la boisson. A côté de Mar se tenait un autre hôte, un homme appelé Toshita, invité par le Premier pour mettre Mar à l'aise. Celui-ci en effet, connaissant le rituel, entama avec le Premier un dialogue au profit de Mar. Il s'informa sur les ustensiles, sur la moindre particularité, arrivant ainsi à satisfaire la curiosité de Mar.
Une pâtisserie fut servie, puis le grand bol plein d'une crème verte et fluide, écumante. Au début Mar trouva le goût étrange mais après, peu à peu, le vrai goût se révéla dans sa bouche et il l'apprécia beaucoup. Après, le Premier fit visiter l'antique Palais à Mar. Il était étrangement similaire à Vieux-Château, bien que plus luxueux et majestueux. Ils arrivèrent à une grande salle.
"Ceci est la salle des audiences. Depuis au moins deux mille ans le Chef de Famille utilise ce siège aux voiles blancs, rouges et noirs. Aujourd'hui encore il l'utilise, dans les grandes occasions. Notre Famille a l'honneur d'être la plus antique de l'entière galaxie, en effet, elle régnait déjà sur une petite partie de la planète Terre il y a près de quatre mille deux cents ans. En ce temps le Chef de Famille était considéré comme sacré... certains disent qu'il était pris pour un dieu, mais c'est faux. Néanmoins il est sûr qu'alors, à la mort du Chef de Famille, tous ses collaborateurs étaient tués et ensevelis avec lui. Cet usage a très vite cessé.
"Et quand les armés au service de mes aïeux perdirent les deux dernières grandes guerres terrestres, celles connues des historiens comme Seconde et Troisième Guerres Mondiales, beaucoup se tuèrent pour avoir jeté l'opprobre d'une défaite sur ma famille. Il s'agit en effet des deux seules défaites subies par les Nihon en plus de quatre mille ans d'histoire. La seconde défaite parut fatale... Notre royaume semblait disparu à jamais, absorbé et gouverné par le gouvernement mondial de l'ONU.
"Mais les survivants de ma famille et un groupe de fidèles sont partis avec tous leurs biens sur un astronef, le "Vent des Dieux III" et gagnèrent une des planètes découvertes après la guerre, celle-ci. L'installation sur Kyora, selon son nom d'alors, advint près de trois cents ans de la Terre après la chute du trône. Mes aïeux, pendant toute cette période, ne furent en apparence que de riches industriels, mais ils étaient toujours considérés, par leurs fidèles, pour ce qu'ils étaient et restent, l'unique autorité reconnue, l'Empereur. Aujourd'hui encore les toshistes n'adhèrent à la Technarchie qu'aussi longtemps que ma Famille reste le guide de la planète. Mais ils seraient tous disposés à mourir jusqu'au dernier si quelqu'un cherchait à nous enlever le pouvoir.
"Nihon, le nom de notre Famille, est en réalité l'antique nom de notre pays. Les habitants du pays s'appelaient les nihonjin... aujourd'hui ce sont officiellement des toshistes, les habitants du système stellaire, mais si tu demandais à n'importe lequel d'eux, il te dirait être un nihonjin, c'est à dire un homme des Nihon."
Mar acquiesça : "Je comprends. Ma Famille, comme tu le sais peut-être, n'existe que depuis dix ans, et pourtant mes hommes aussi disent être des hommes de Mar avant d'être rossiens ou boariens, d'après le nom local de la planète."
Le Premier aussi acquiesça : "Si cela se poursuit ainsi avec tes descendants, ta Famille deviendra Grande parmi les Familles... Dix ans ou quatre mille ans ne comptent pas, si l'esprit est le même."
Alors Mar hasarda : "Mais aujourd'hui, le berceau de ta Famille, le Nihon, est aux mains de l'ennemi..."
"Oui. Malheureusement."
"Penses-tu qu'il devra le rester longtemps ? C'est la patrie de toutes les Familles de la Galaxie..."
"Oui... et un jour elle retrouvera la liberté et elle nous reviendra."
"Quand ?"
"Quand..." commença le Premier, mais sans achever.
"Quand les temps seront mûrs ?" demanda alors Mar.
Le Premier plissa les yeux et fit un petit sourire : "Oui, c'est cela, exactement."
"Mais n'est-il pas possible de faire quelque chose pour que les temps mûrissent plus vite ?"
"Plus vite ? Non, les saisons doivent suivre leur cours. Nous en sommes au Grand Froid, après vient la saison du Nid, puis celle que nous disons du Soleil Resplendissant... alors les temps seront mûrs."
"Mais pendant ce temps, faut-il rester les bras croisés ?"
"Non, bien sûr. Le cultivateur sage sait anticiper chaque saison pour être prêt quand elle viendra."
"Et que peut-on faire pour se préparer aux saisons à venir ?"
"Effiler la faux... tresser des paniers... nettoyer le grenier... pour utiliser les vieilles images de la planète Terre."
"Oui, mais concrètement ?"
"Le vrai cultivateur n'a pas besoin que quelqu'un le lui rappelle."
Mar comprit qu'il était inutile d'insister.
Après la visite du Palais et des splendides jardins autour, Mar revint aux logements qui lui avaient été affectés avec sa suite. Les jours suivants il y eut des réceptions données en son honneur par le Premier et on leur fit visiter de nombreux lieux intéressants, pleins d'histoire, ainsi que des industries de la planète. Les Nihon se spécialisaient en systèmes de communications et ordinateurs, et Toshi fabriquait tous les 4C de la galaxie. Mar reçut en cadeau un merveilleux système d'enregistrement trois-D qu'il était possible d'activer à distance : c'était un vrai joyau de technologie et de miniaturisation. Il lui fut aussi donné un micro ordinateur à mémoire interchangeable capable des calculs les plus complexes et d'opérations logiques d'extrême complexité, le tout tenant dans le creux de la main.
Après un cycle local, c'est à dire cinq jours, arriva la réponse à sa requête. Ce qu'il avait raconté était bien arrivé : en 2693, calendrier terrestre, le Maître d'arme Asano no Kachi avait été condamné par le tribunal spécial de la Famille Nihon à l'extinction de sa famille. En d'autres termes, autrefois Kachi aurait dû accomplir le suicide rituel. Mais les temps avaient mûri aussi Kachi et son épouse, qui voulut le suivre, furent exilés sur Ross, et leurs fils et parents durent changer de nom, tous leurs biens furent confisqués et les armes de leur famille furent supprimées des annales et du Registre.
Mar discuta longtemps le sens et la portée de ces faits. Enfin il posa aux fonctionnaires la question : "Dans votre tradition, que signifiaient les mots Elu et Signe ?"
Ces derniers ne surent pas répondre mais emmenèrent Mar à un terminal de l'ordinateur central de Toshi pour poser la question.
"Si nous la posons bien, peut-être aurons-nous la réponse..." dirent-ils.
Ils se connectèrent à la mémoire historique, à celle du nihongo, à celle de la période des faits... Une première réponse arriva :
"Signe - ancien nom donné à l'acte par lequel le Chef de Famille fonde ou annule un nom de Famille. Le Signe était une tablette en bois de cyprès rouge dont un côté était peint aux armes de la famille à fonder ou à dissoudre et de l'autre le sceau du Chef de Famille Nihon. Pour la fondation le Signe était remis à la personne digne d'un tel honneur et reconnaissance. Pour la dissolution on en grattait les armes avec le sabre court du suicide."
Alors mar demanda : "Quelles étaient les armes des Asano portées sur le Signe ?"
Un dessin apparut à l'écran : c'était un cercle contenant trois plumes stylisées croisées à soixante degrés, blanches sur leur moitié gauche et noires sur la droite.
Alors Mar demanda encore : "Comment puis-je recevoir ce signe du Chef de Famille ?"
Le Premier était intrigué, bien que ne le montrant pas et restant impassible.
La réponse survint aussitôt : "Seulement si la cause de la dissolution s'avérait injuste, pourrait-il être à nouveau attribué aux éventuels descendants, ou encore réhabiliter sa mémoire ou enfin refonder le nom."
"Comment faire pour réviser le procès ?"
L'ordinateur répondit : "Répéter la question à l'ordinateur des données judiciaires, mémoire données légales, mémoire données procédurales, mémoire des sentences de l'époque, mémoire des exceptions judiciaires, section révisions."
Mar demanda alors à être autorisé à faire cette dernière vérification.
Le Premier y consentit et pendant que les chargés de l'ordinateur se connectaient aux autres mémoires, le Premier demanda à Mar : "Si ma question n'est pas inconvenante, pourquoi un tel intérêt de ta part pour un antique fait historique ?"
"Pour deux raisons. D'abord parce que je crois que l'accusation était fausse. Ensuite parce que j'ai besoin de ce Signe."
Le Premier parut frappé : "S'il s'avère que l'accusation alors formulée contre Asano était fausse, cela signifierait qu'un de nos Chefs de Famille a commis une félonie !"
"Il y a des siècles..."
"Peu importe. Cela créé une lourde chaîne de devoirs et de poids difficiles à briser... Je te demande pardon, Chef de Famille Swooney, mais si dis vrai, tu mets toute la Famille Nihon en grand embarras..."
"S'il est vrai que l'accusation était fausse, elle peut être réparée maintenant."
"Non... Enlève un caillou et tu peux faire s'effondrer toute la construction, dit un de nos vieux proverbes..."
"Mais je... j'ai besoin du Signe... Permets-moi alors d'au moins voir sur un plan purement théorique ce qui serait possible..."
"Oui... mais je te prie de prendre l'engagement solennel de n'entreprendre aucune action légale avant le retour du Chef de Famille... ce serait un fait très grave, pour nous, comprends-le..."
"Bien sûr. Je ferais comme tu demandes." Dit Mar.
L'ordinateur était prêt et Mar posa ses questions. Réviser le procès était facile : les actes étaient tous en mémoire. Mais refaire le procès était impossible : trop de temps avait passé et de toute façon seuls les éventuels descendants pouvaient le demander et sur Toshi il n'y en avait aucun, puisque la famille avait été dissoute. Mar posa alors une autre question : le Chef de Famille pouvait-il, de sa propre initiative, réhabiliter le nom Asano avec ce Signe ? La réponse fut affirmative. Mar demanda alors si le nouveau nom Asano serait considéré être la continuation du précédent.
Ils durent se déconnecter de cette mémoire pour se connecter à celle des rituels, des procédures, des traditions et des nobles patronymes. La réponse fut encore affirmative. Mar demanda alors à l'ordinateur qui était l'Elu. Mais même en explorant de nombreuses mémoires, aucune réponse satisfaisante ne fut fournie par l'ordinateur.
Mar demanda encore deux choses au Premier, désormais circonspecte à son égard : comment demander au Chef de Famille la restauration du nom Asano et comment faire pour apprendre lui-même le nihongo.
Le Premier fit remplir par Mar un fascicule intitulé "Humble Requête" dans un langage rituel archaïque, où Mar expliqua pourquoi il voulait être investi de la possibilité de recevoir le Signe et son intention de ne pas l'utiliser pour lui mais pour les descendants des Asano sur Ross-Boar. Il dit aussi remplir un autre rouleau intitulé : "Supplique au Nom de la Famille Nihon" pour être éventuellement investi du titre provisoire de Messager du Chef de Famille.
Quant au nihongo, le Premier lui dit qu'il lui suffisait de suivre le cours sous hypnose de l'Université de Toshi : en à peine trois cycles il saurait lire, parler et écrire couramment et correctement le nihongo. Mar demanda à commencer aussitôt et le Premier y consentit volontiers. Mar était ému : il réalisait trouver enfin une des clés de Boar... il se préparait à tenir le rôle de l'Elu... quoi que cela puisse vouloir dire.
Il allait terminer la période d'instruction sous hypnose, que Mar passa entièrement dans une espèce de lit entouré d'étranges installations et nourri artificiellement, quand revint le Chef de Famille Nihon. Ce dernier, mis au courant par son Premier, voulut parler aux hommes de la suite de Mar, puis il lut l'Humble Requête et la Supplique.
Quand Mar sortit de l'appareil d'apprentissage hypnotique, il se trouva face à Nihon ni Terwo. Lequel lui parla aussitôt dans l'antique langue, le nihongo et Mar, sans s'en rendre compte, lui répondit dans la même langue. Seul l'air ébahi de ses hommes le lui fit réaliser.
"Votre requête j'ai lue avec attention." Dit le Chef de Famille.
"Un grand trouble je cause, dont l'insupportable poids je vous prie d'accepter." Répondit Mar avec grande désinvolture.
Ils poursuivirent ainsi leur dialogue.
"Pourquoi cette requête me présentez-vous, respectablissime Chef de Famille Swooney ?"
"Le récit assez vous ennuyerait, noblissime seigneur."
"L'entendre me comblerait d'aise."
Mar raconta alors succinctement la situation de Boar et ce qu'il espérait obtenir du château du Fondateur s'il pouvait apporter le Signe à ses descendants. Le Chef de Famille Nihon, pendant tout le récit, hochait la tête.
Enfin, il demanda : "L'incongrue requête qu'est la vôtre, n'aura-t-elle point de conséquences sur Toshi ?"
"Pour près de cent ans assurément non. Après quoi le savoir je ne peux."
"De l'absence de répercussions, ne vous pouvez-vous pas vous porter garant ?"
"Si vous pouviez mieux m'illustrer la portée de vos craintes, je ferais mon possible pour vous affranchir des néfastes conséquences redoutées."
Alors le Chef de Famille expliqua que les Asano, en possession du Signe, auraient pu prétendre retrouver leur antique position au Palais, recouvrer tous leurs biens et obtenir réparation pour ces siècles d'exil, et créant moult problèmes légaux et procéduriers.
Mar demanda : "Si des Asano le lien aux Nihon fut dissous et qu'en lieu et place ils fussent liés aux Swooney, le cas changerait-il ?"
"Certes, mais au moment où ils recevraient le Signe, les Asano auraient loisir de faire un autre choix ..."
"Si à moi vous vous fiez, je ferai mon possible pour que leur choix soit à votre satisfaction."
Le Chef de Famille acquiesça : "Le Conseil de Famille réunirai et au plus tôt une réponse vous donnerai."
Quand ils restèrent seuls, les hommes de Mar se précipitèrent autour de lui : "Que vous êtes-vous dit ?"
Mar leur expliqua la conversation tenue.
"Et tu as tout compris ?"
"Oui... mais ça me vaut une sale migraine et je suis vidé."
Après quelques jours, Mar fut convoqué. La Famille Nihon se fierait à lui s'il s'engageait à affronter au nom de sa Famille les éventuels problèmes qui pourraient survenir par la suite. Mar répondit que, dans la mesure de la possibilité de s'engager pour ses propres descendants, il acceptait. Ainsi obtint-il le titre de Messager du Chef de Famille Nihon et il lui fut remis le Signe, enveloppé dans le rituel linge brodé, blanc, rouge et noir présentant en or les armes des Nihon : une fleur à trente deux pétales.
Puis Mar put enfin quitter Toshi et se rendre sur Niukétol prendre Vokka et Selte. A peine il les vit, Selte sauta au cou de Mar et lui couvrit le visage de baisers. Vokka regardait, sérieux, mais ses yeux riaient. Mar attira Vokka aussi contre lui.
"Comment allez-vous, mes petits ?"
"Très bien, papa... j'ai plein d'amis, tu sais, et puis on fait tant de beaux jeux et tant de belles choses..." répondit Selte et elle continua dans un torrent de paroles.
Quand enfin Mar réussit à reprendre la parole, pendant que Selte lui ébouriffait les cheveux, lui tirait les oreilles et lui chatouillait le nez... Mar arriva à regarder Vokka dans les yeux.
"Et toi, comment vas-tu ?"
"Bien. Nous étudions la fondation des Familles... Quelqu'un devra écrire l'histoire des Swooney..."
Mar sourit : "Il y a le temps, Vokka, il y a le temps. Nous sommes les derniers arrivés, les moins importants. Quelqu'un l'écrira, à l'avenir. Et comment va Selte ?"
"Bien, même si elle est parfois un peu trop vive..."
"Je vois..."
"Mais elle sait aussi être gentille et elle s'en sort bien. Parfois je dois la gronder parce qu'elle ne veut pas faire ses devoirs... elle joue sans arrêt..."
"Pour elle le jeu est comme le travail pour nous, les grands..."
"Nilko aussi dit toujours ça. Mais alors il faut bien jouer, jusqu'au bout, sans changer de jeu continuellement. Sinon, on devient comme le paillon de Boar : en bas, en haut, en bas, en haut à se déplacer ça et là sans jamais s'arrêter assez longtemps sur une chose..."
"Le paillon aussi est beau..." suggéra Mar.
"Oui, oui, il est beau le paillon !" dit Selte joyeuse.
Vokka fit non de la tête : "Si même toi tu lui donnes raison..."
"Non, bien sûr, Vokka, toi aussi tu as un peu raison. Selte doit être plus attentive aux choses, sans doute, mais n'oublie pas qu'elle a à peine la moitié de ton âge."
Selte glissa des bras de son père et le tirant par le bord de sa tunique elle voulut l'emmener voir ses affaires, ses jeux, ses cubes trois-D.
"Ils la couvrent tous de cadeaux, tu vois, papa ? Je lui ai dit qu'il n'est pas nécessaire d'accepter toujours. Celui qui fait un cadeau ne le fait pas juste comme ça, il attend quelque chose en retour... mais Selte ne veut pas le comprendre. Il suffit que quelqu'un lui dise : tu veux ceci ? et elle répond aussitôt oui..."
"Elle te donne beaucoup de soucis, des préoccupations ?" lui demanda Mar.
"Non... non... c'est juste qu'elle doit apprendre."
"Bien sûr, tu as raison. Mais souviens-toi, tu ne peux pas prétendre qu'elle grandisse comme toi. Chacun de nous a son caractère et chacun de nous vaut par ce qu'il est."
Vokka acquiesça avec sérieux.
Mar se rendit au Palais Kétol, saluer le Chef de Famille et prendre des informations sur ses deux enfants.
L'éducateur chef de l'école de Famille lui dit : "Vokka est un garçon exceptionnel. Il a un caractère sérieux, décidé et très appliqué. Il ne créé pas de problèmes sauf par son extrême rigueur logique. C'est un élève difficile mais il donne aussi de grandes satisfactions. Il a un très clair sens des rôles même s'il ne craint pas de dire ce qu'il pense, parfois trop clairement. Ce n'est pas qu'il soit mal élevé, non... juste qu'il est... trop sincère. Il faudrait qu'il apprenne à nuancer ses affirmations. Mais il est discipliné, il sait rester à sa place. Et puis il apprend vite et à fond, il sait écouter et réfléchir, il a un fort esprit critique.
"Selte est très différente. Elle est toujours joyeuse, très curieuse mais peut-être un peu inconstante. Quand elle a compris quelque chose, elle veut aussitôt passer à autre chose. Elle est très sociable et sait s'adapter bien et vite à des situations très diverses. Il est intéressant de voir comme tes deux enfants sont si différents et pourtant si bien ensemble. Il y a une bonne entente entre eux. Et puis je crois qu'il est positif pour ton Premier de ne plus être le seul de la famille Swooney dans notre école."
Ils rentrèrent sur Boar. Au Cenco Vokka voulut aussitôt être mis au courant des dernières nouvelles et il demanda à l'ordinateur central un résumé des dernières informations sur la situation présente de Boar et il approfondit certains points. Selte par contre courut chercher tous ceux qu'elle connaissait pour leur raconter les belles choses qu'elle avait faites sur Niukétol.
De retour au château Sun, Mar s'isola enfin avec Tha. Il lui raconta sa rencontre avec le Technarque et sa proposition. Tha l'écouta avec attention.
"Vois-tu, Tha, je ne sais pas quoi lui répondre. L'affaire est... énorme et complexe. Il y a trop de facteurs en jeu..."
Tha acquiesça : "Si tu ne le faisais pas toi, Mar, le Technarque trouverait certainement quelqu'un d'autre pour le faire."
"Oui, je sais. Mais le problème est de savoir si le faire est juste ou non. Si ça ne l'est pas, je dois refuser."
"Tôt ou tard il y aura quand même une guerre entre la Technarchie et ce qui reste du vieux système."
"Toi, à ma place, que ferais-tu, Tha ?"
"Je suis un Armé, pour moi la guerre n'est pas aussi terrible que pour toi. Si elle doit se faire, qu'elle se fasse avec le moins de pertes possibles pour arriver à la victoire. Si me retirer ne veut pas dire éviter la guerre mais seulement ne pas pouvoir faire peser mon avis quand elle surviendra, n'est-ce pas pire ?"
"Si. Mais cette guerre profitera à qui ? Au peuple ou aux puissants ?"
"Elle servira au vainqueur, Mar, seulement à celui qui la gagnera. De part et d'autre il y a soit des gens désarmés soit des combattants, soit des peuples soit des puissants. Tu as déjà soutenu la Technarchie une fois et à mon avis maintenant tu dois continuer à lui donner ton soutien. Si l'aile d'un de nos châteaux était aux mains des Pillards, il nous faudrait les attaquer et les chasser définitivement du château."
"Mais dans ce cas... qui sont les Pillards, eux ou nous ?"
"Les gentils c'est toujours nous et les méchants les autres, bien sûr. Pour les Pillards les méchants à combattre c'est nous, pour nous c'est eux... Vois-tu Mar, toujours dans l'image du château et des Pillards... même si tu soupçonnais ou savais que le Châtelier n'est pas si bon, cela te suffirait à te déclarer pour les Pillards et contre lui ? Ou à ne rien faire et attendre de voir qui gagne ?"
"Non, bien sûr."
"Tu as des craintes que cette guerre renforce trop le Technarque. N'empêche que l'ennemi est celui qui a maintenant en mains la planète Terre et d'autres. Tu te demandes si déclencher un nouveau massacre est légitime... mais quand tu t'es déclaré pour le parti de la Technocratie, quand tu t'es battu dans la bataille de Quaryel, tu savais qu'il y aurait beaucoup de morts."
"J'ai tâché de réduire leur nombre au minimum, tant chez..."
"Tant chez nous que chez eux. Bien. Fais pareil. Mais si tu restes à regarder tu ne peux ni éviter la guerre ni limiter les dommages."
"Donc je dois accepter... Mais... et notre travail sur Boar ?"
"Il continuera, bien sûr. Tu as des hommes très bons qui mèneront tous tes projets de l'avant et puis tu pourras te dégager assez de temps pour prendre soin de Boar."
Mar restait un peu hésitant. Il se mit alors à raconter à Tha comment il avait obtenu le Signe du Fondateur des Armés.
"Tu vois, Mar, avec la Famille Nihon tu as déjà commencé à faire ce que le Technarque t'avait demandé."
"Oui, ça m'est venu comme ça, spontanément. Mais je n'ai pas eu de réponse... Ou plutôt très vague. Ils ont dit : oui, quand l'heure sera venue..."
"C'est déjà une première réponse."
Mar acquiesça : "A présent, quoi qu'il en soit, nous devons aller à Vieux-Château."
"Ensemble ?"
"Oui, et avec tous nos enfants."
"Non, Mar. Je crois que pour cette fois il vaut mieux que tu y ailles seul. Nous pourrons venir après. Vas-y seul et sans escorte."
"Pourquoi, Tha ?"
"Parce que ce n'est pas le Régent qui y va, ni le Chef de Famille. Ce n'est qu'un Messager. Vas-y vêtu aux couleurs des Nihon et seul. Joue ton rôle de Messager du Chef de Famille Nihon, ne mélange pas les rôles, pour l'instant."
"Mais je suis toujours moi, Mar Swooney."
"Bien sûr. Mais parfois il faut affronter les choses une à une. Quand je dois jouer le rôle du Châtelier, à ce moment je ne suis plus le père de Selte, mais Selte est un des nombreux enfants du château Sun, tu comprends ?"
"Oui. Bien. Alors je vais profiter un peu de Vokka et Selte au début de leurs vacances puis j'irai, seul, comme tu dis."
Ainsi, au début du treizième mois, Mar passa la tunique noire avec le ruban de brocard du style de Toshi et par le service de transmen des hostels il se rendit à l'hostel le plus proche de Vieux-Château. Il fit la fin de la route en marroue, escorté par des hommes de l'hostel. Arrivé au pied de Vieux-Château, il renvoya en arrière tous les autres. La seule défense qu'il avait était le bouclier de force sous ses habits et l'anneau paralysateur.
Une fois sous le mur, il avança. Les Armés Asa lui criaient "halte-là" et lui demandèrent qui il était et ce qu'il voulait. Mar sortit d'une poche le Signe dans son linge aux couleurs de la Famille Nihon et, sans un mot, il le prit à deux mains et le leva haut au-dessus de sa tête.
Il y eut de l'agitation sur le mur. Plusieurs nobles apparurent, puis vinrent les Etendards et enfin Mar reconnut le Châtelier Asa en personne. A cette distance il n'arrivait pas à distinguer les expressions. Bientôt le mur fut plein d'Armés mais aucun d'eux ne pointait les armes sur Mar. Puis s'éleva du château un son lent, métallique, au timbre profond. Mar vit enfin descendre du château un cortège : le Châtelier marchait en tête, suivi par tous les étendards et les nobles.
Le Châtelier arriva devant Mar : il était pâle et tendu. Il demanda en locos : "Qui t'envoie ? Qui es-tu ? Que veux-tu ?"
Mar répondit en nihongo, tenant toujours haut l'enveloppe : "Ces couleurs et ces armes ne reconnais-tu point ?"
Ils se regardèrent tous les uns les autres, émerveillés. Le Châtelier, que Mar savait être le seul avec ses parents, son époux et son Premier à connaître l'antique langue, fut le seul à rester impassible et il répondit, lui aussi en nihongo : "Ma vue a été obscurcie par les siècles d'attente."
"Et l'obscurité s'étend-elle aussi à ta mémoire ? Les préceptes de ton aïeul auraient-ils sombré dans l'oubli ?"
"Non, mon cœur les abrite toujours."
"Alors, qu'attends-tu ?"
Le Châtelier s'inclina alors profondément, immédiatement imité par toute sa suite.
Mar dit alors : "Moi, le Messager de Nihon, je te dis, homme sans souche : voilà, le Chef de Famille Nihon m'envoie vers toi pour te porter le Signe !"
Le Châtelier se releva, encore plus pâle qu'avant : "Le... le Signe est arrivé ?"
"Oui, je te l'apporte, sous ces couleurs. Ce Signe sera restitué à celui a qui il a été enlevé. Ouvrez les portes afin que je puisse monter au mausolée d'Asano no Kachi, lui remettre le Signe qui un jour lui fut enlevé et lui rendre son nom."
Le Châtelier s'inclina encore profondément puis, repassant au loco, il donna ordre à ses Etendards : "Que le noble Hôte, le précieux Messager, soit escorté avec les plus grands honneurs et respects au mausolée."
Aussitôt Mar fut entouré par les seize Etendards qui se placèrent en escorte d'honneur. Le cortège partit. Mar tenait maintenant dans ses mains l'enveloppe appuyée contre sa poitrine. Ils montèrent la rampe, passèrent les portes et derrière eux affluaient tous les Armés, en silence, tandis que les écuyers refermaient les portes et y restaient en sentinelles.
Une fois Mar arrivé à l'élégante et antique construction, ils en firent glisser les portes de côté de façon à ce que l'avant et les deux côtés du mausolée soient complètement ouverts vers la place enneigée. Mar s'arrêta un instant pour regarder la statue du Fondateur. Puis il approcha de la construction, enleva ses chaussures et monta. Tous les autres restèrent dehors. Une fois devant la statue, Mar baissa les yeux sur la boîte laquée noire des cendres et revit la tablette posée dessus, qu'à présent il lisait sans la moindre difficulté. Elle portait, écrit en nihongo "Le Sans-Nom, dans l'attente."
Alors Mar leva le Signe vers la statue, en enleva le linge aux couleurs des Nihons et proclama : "Asano no Kachi, ton attente est terminée !" Puis il enleva la tablette de l'urne, y déposa le Signe et se tourna vers l'extérieur. Il dit en locos : "Venez honorer votre aïeul, la racine dont vous êtes issus. Déposez les armes, retirez vos chaussures et venez." Puis, en nihongo il dit au Châtelier : "Bientôt toi aussi tu reprendras ton nom. Maintenant lui seul s'en est montré digne. Toi et moi devons parler longuement, après que tu aies honoré ton aïeul."
Le Châtelier entra, s'agenouilla devant l'urne funéraire, effleura des doigts le Signe et se prosterna profondément pendant plusieurs minutes.
Puis il approcha de Mar : "Nous nous connaissons déjà..."
"Oui, tu m'as déjà vu, mais tu ne sais pas qui je suis, tu ne connais pas mon vrai nom."
"Tu... tu es l'Elu, je le sais. Plusieurs fois tu m'as demandé à voir les écrits du Fondateur, d'Asano no Kachi. Mais il y a un rouleau qui n'est pas conservé avec ses écrits, que chaque descendant de Kachi ne confie qu'à son Premier, du jour de sa majorité, en secret. Il est intitulé : Quand l'Elu. Viens... en présence de mon Premier je dois te le remettre. Si tu es en mesure de le lire, je serai certain que c'est toi... et tout ce qui y est écrit sera accompli."
Mar suivit le Châtelier Asa au château du Fondateur. Là, dans la pièce principale, le coussin du Fondateur resté vide, le Châtelier s'assit sur le coussin de droite et son Premier à sa droite. Derrière eux s'assirent leurs époux respectifs. Mar fut prié de s'asseoir devant le coussin vide du Fondateur. Il lui semblait presque sentir la présence du Fondateur parmi eux.
Le Châtelier fit un bref signe et son Premier prit un coffret de bois naturel qui était devant lui, fermé par un ruban blanc, se leva et le déposa avec cérémonial devant Mar.
Celui-ci le souleva en signe d'acceptation, puis le reposa par terre et se pencha pour l'ouvrir. Il contenait un antique rouleau de papier précieux. Dessus était collée la bande avec le titre "Quand l'Elu". Mar en retira le lien violet, le déroula et commença à lire à voix haute, en nihongo.
"Quand l'Elu aura entre ses nobles mains ce rouleau, alors les temps seront mûrs. Alors notre nom pourra être à nouveau sur nos lèvres, alors l'opprobre sera retirée de nos fronts. Lui, l'Elu, me rendra mon nom et un à un à chacun de mes descendants et enfin il te rendra à toi aussi, mon Héritier, ton nom. Lui, l'Elu, sera alors le Seigneur de notre maison, puisque c'est de lui que tout provient. Alors toi, mon héritier, mon descendant, tu lui feras acte d'obédience et de soumission, et après toi tous ceux de mon nom et tout le château. Vous serez tous à son service, comme je fus à celui de mon Seigneur.
"Sa vie sera sacrée pour vous plus que la vôtre, et votre vie lui appartiendra. Ses choix devront être accomplis. Et si un jour cela devait trop peser sur vos cœurs, vous n'aurez d'autre choix que de brûler le Signe, de perdre à jamais mon nom et le vôtre et de vous disperser, ou même d'éteindre vos vies. Jusqu'à ce jour à nul autre vous ne devrez obéissance. Celui qui trahira ma décision n'est pas digne du nom que j'ai porté avec fierté et orgueil.
"Par sa bouche je parlerai, comme tous tes aïeux qui ont gardé à l'esprit et au cœur cette loi, c'est donc à lui que vous devez ce que vous êtes et ce que vous serez. J'ai payé mon antique dette de loyauté jusqu'au bout, même quand je désespérais d'en avoir la force. Vous, mes descendants, n'en faites pas moins.
"Et toi, Elu, qui lis mes mots, sois béni au siècle des siècles. J'ai pensé à toi les dernières années de ma vie dans cet exil, et j'ai béni le jour de ta venue, je vous ai bénis, toi et ton nom, et j'ai béni ta descendance. Sois magnanime avec les enfants de la douleur, sois juste avec les héritiers de l'injustice, sois attentif aux fils de l'abandon. Fais que tout ce qui arrive ne soit pas en vain.
"Moi, le Fondateur des châteaux, le Sans-Nom en attente."
Mar termina la lecture, ému. Il demanda alors un stylet, raya la dernière partie et écrivit à la place : Asano no Kachi. Puis il tendit le rouleau au Châtelier. Lequel lut la correction et la montra à son Premier, puis aux époux, ferma le rouleau et le tendit à Mar. Celui-ci le remit dans le coffret, se leva et le posa sur le coussin vide.
Le Châtelier dit alors : "Nous avons entendu la voix de notre aïeul, pour la dernière fois. Seigneur, dis-nous ton nom afin que nous puissions te déclarer notre obédience."
Mar les regarda : "Si tu me jurais obédience, et avec toi tous tes gens, cela signifierait que rien ne vous lie plus aux Nihon et que plus aucun devoir ni droit, ni prétension ne sera plus possible pour vous envers les Nihon."
"Il en est ainsi, Seigneur."
"Alors attendez."
Mar se leva, enleva les habits de Messager du Chef de Famille Nihon. Il portait en dessous une tunique légère blanc et bleu, aux couleurs des Swooney. Puis il se rassit.
"Mon nom est unique, mais sur la planète je suis connu sous plusieurs noms. Mais vous ne me demandez pas comment j'ai pu vous apporter le Signe de Kyora ?"
"Il ne nous appartient pas de poser des questions à l'Elu."
"Ni quels sont mes plans ?"
"Si tu daignais nous en parler, nous t'écouterions. Sinon, cela serait également bien, Seigneur."
"Vous acceptez les yeux fermés ma volonté, sans même la connaître ?"
"Ta volonté est notre loi. Et si ta loi heurtait nos cœurs, nous pouvons toujours nous y soustraire par le suicide rituel."
Mar frissonna : "Si ma volonté heurtait vos cœurs, promettez-moi de d'abord en discuter avec moi, pour que nous puissions arriver à un accord."
"Nous ferons ainsi, si tu l'ordonnes."
Mar n'était pas du tout satisfait : "Et tes descendants feront de même envers les miens."
"Il en sera ainsi, si tu le demandes."
"Bien. Alors écoutez. Mon nom est Swoney ni Mar, Chef de Famille de Boar. Mais cela doit rester secret. Pour l'instant vous me connaissez comme Eku Men Sunney Wymar et je veux être appelé ainsi. Mais c'est à Swooney ni Mar et à sa Famille que vous ferez acte d'obédience."
Les présents s'inclinèrent : "Il en sera ainsi, Seigneur Swooney. Accepte notre obédience. Le nom Asano te suivra, pour le bien et pour le mal, pour la vie et pour la mort, pour cette génération et pour les futures tant qu'il existera un Swooney et un Asano."
"J'accepte votre obédience et je déclare que dorénavant, votre famille sera appelée des Boar no Asano et que ton nom sera Boar no Asano no Kachi, en souvenir du Fondateur. Vos armes resteront celles du Signe, mais ce qui était blanc deviendra noir et ce qui était noir deviendra blanc, en souvenir que vous n'êtes plus liés aux Nihon et à Kyora."
Ils s'inclinèrent tous les quatre en signe d'acceptation.
"En outre je demande que tous les écrits du Fondateur, à part ceux qui concernent l'Elu, soient rendus publics, imprimés en locos et diffusés."
Les Asano s'inclinèrent encore. Puis Mar leur expliqua qui il était vraiment et quels étaient ses plans, mais en leur intimant le secret.
"Vous devrez collaborer avec moi pour que Boar puisse, dans cent trois ans locaux, refaire partie de la galaxie. Pendant tout ce temps ma Famille et ta Maison devront collaborer pour préparer Boar et l'unifier."
Asano no Kachi sourit : "Ce que tu nous proposes est beau et grand. Le Fondateur n'aurait certainement pas reculé et nous ne le ferons jamais. Tu peux compter sur moi et sur nous, Seigneur."
Mar sourit : "Je vous remercie. Mais mes hommes m'appellent Mar... vous aussi appelez-moi ainsi."
"Certainement, Seigneur Mar."
"Et sans ce Seigneur, je vous en prie. Je n'y suis pas habitué et mes hommes non plus."
"Comme tu commandes, Mar."
Le lendemain, Mar assista à la cérémonie d'attribution du nom et du Signe à toutes les urnes des descendants du Fondateur. Le troisième jour se tint la cérémonie d'affectation du nom à tous les membres du château Asa. Le quatrième jour ils firent tous acte d'obédience à Mar. Puis ils l'escortèrent jusqu'à l'hostel d'où Mar rentra au château Sun.