Une fois au Cenco, Mar donna immédiatement les consignes pour la nouvelle résidence de Maisons-Vides. De plus il envoya un contingent de seize hommes bien armés et protégés à Noir-Cratère avec le signe de reconnaissance. Ils furent emmenés de nuit en plate-forme anti-gravité au pied du volcan éteint. A la tête du contingent fut mis Godyn Treizy, un des meilleurs hommes de Mar, qui vivait sur Boar depuis longtemps. Godyn avait avec lui un bon émetteur-récepteur avec lequel garder un contact quotidien avec le Cenco.
Puis Mar lança le projet d'instruments optiques expérimentaux, longues-vues et sextants, à faire produire par le groupe de Maisons-Vides, vu que non loin de là se trouvaient de bons gisements de silice. Pendant ce temps, en surface, au-dessus du Cenco, se construisait la ville de couverture, toute au style local.
Medle avait avancé dans ses recherches sur les mystérieuses émissions radio repérées sur la planète. De sophistiqués instruments commandés aux industries de Quaryel, lui avaient permis de découvrir deux sources sur Boar : l'une, confirmant leurs soupçons, était le Grand Temple de Shent, celui vu par Mar et où il avait été emprisonné après son enlèvement. L'autre à environ deux cents kilomètres à vol d'oiseau du Grand Temple, toujours sur le continent sud, en un point des montagnes où les cartes satellites ne signalaient aucune construction.
C'était un pic inaccessible, dépouillé, sans route... Meddle aurait voulu y envoyer un groupe en exploration mais il préféra attendre le retour de Mar. Njeiry remarqua que si le second émetteur était aussi bien caché, il pouvait être dangereux de se rendre dans le coin. Les communications entre les deux sources avaient toutes été enregistrées depuis douze jours : on n'y comprenait rien, c'était des signaux audio dans un langage inconnu et incompréhensible.
Mar décida d'envoyer une copie de tous les enregistrements sur Quaryel pour que Chanul les confie au complexe ordinateur linguistique de l'Université Historique de Quaryel, celui servant à l'étude et la traduction des antiques langues pré-locos, pour vérifier s'il ne s'agirait pas d'une des anciennes langues de la Terre. Il jugea opportun pour l'instant de continuer à enregistrer toutes les transmissions sans encore explorer ce site mystérieux.
Puis Mar dut se rendre sur Quaryel pour assister Ayenzy dans sa tâche. Il y resta trois mois. Ayenzy avait alors eu un enfant. Mar le trouva aux prises avec de gros problèmes d'organisation. Sur le conseil de Mar, Ayenzy avait commencé à réorganiser l'industrie, demandant à chaque groupe de travailleurs de voter pour confirmer ou infirmer les supérieurs. Quand le vote confirmait les cadres, Ayenzy émettait une nomination officielle. Sinon, une enquête était ouverte pour identifier les causes. Si les causes étaient valides, on remplaçait le dirigeant, sinon on mutait les travailleurs mécontents. Par ce moyen, petit à petit, il créa des équipes de travail solides et liées et l'industrie renaissait.
Grâce à Chanul, Mar sut qu'Ayenzy, bien que pas encore vraiment populaire sur Quaryel, tout Kétol qu'il soit, n'était pas non plus vraiment mal vu de la population locale. La proximité d'Ilay et de son frère, qui venaient vraiment de classes sociales basses dont ils n'avaient pas perdu la sensibilité, l'aidait à dépasser frictions et incompréhensions. Nymy et Ilay passaient une grande partie de leur temps à assurer, bien qu'à titre officieux, le rôle de Protecteurs. Nymy surtout, qui avait refusé de vivre au Palais Kétol et s'était choisi une petite maison dans les faubourgs de l'ancienne capitale, s'était révélé un précieux élément et était assez bien vu et estimé par la population.
Ayenzy, pour ceux qui ne le connaissaient pas, avait parfois une certaine froideur et une dureté qui rendaient difficile aux gens du commun de le voir autrement que comme un "occupant". Mar lui conseilla de faire des efforts pour mieux se couler à l'usage local. Jusque là on parlait de lui comme "Kétol, l'étranger". Il devait gagner cette bataille sans porter de masque. Il lui déconseilla d'ériger un quelconque monument à la Technarchie. Sur le site des ruines du Palais Anje, du Gouverneur et du Commandement Général, Ayenzy pensait faire construire un parc public. Mar lui conseilla plutôt d'y faire construire des logements et des services pour les classes basses et moyennes. Il fit déplacer la résidence d'Ayenzy d'une villa Anje qu'il occupait à une nouvelle construction qui s'appellerait Nouvelle Résidence, sans nom, et pas "Palais".
Toutes les anciennes résidences des Anje devaient être utilisées comme musées, bureaux ou instituts d'utilité publique et non comme résidences de gens venus d'autres planètes, et encore moins par Ayenzy lui-même. Ilay approuva ces changements et Ayenzy aussi en comprit l'importance. Les Forces Armées de la Technarchie furent tenues le plus possible dans l'ombre et Mar suggéra qu'ils changent d'uniforme et en adoptent un qui soit un mixte des ex-hommes de Tani et des ex-vigiles des Anje : quelque chose de nouveau, de différent, mais en même temps familier, moins étranger. De plus pendant ces trois mois, Mar, Ayenzy et Ilay se déguisèrent souvent pour parcourir les plus divers quartiers et endroits et sentir en personne le pouls de la population.
Pendant ce temps Chanul avait exécuté le programme de recherches avec les ordinateurs de l'Université Historique sur les enregistrements de Boar. Il en ressortit que la langue utilisée était très semblable à une antique langue de la planète Terre, le spanglish. Mais bien des termes étaient nouveaux et différents. Un en particulier restait inexpliqué : "Daïgo". Mar demanda alors de dérouler un nouveau programme qui mêlait le résultat des premières traductions des transmissions, toutes les données rassemblées sur Boar sur les Shentistes et les mémoires et algorithmes de décryptage utilisés par les forces Techno et celles de l'UPO pour les messages chiffrés échangés pendant la guerre.
La seule préparation des données demandait plusieurs mois de travail à un personnel hautement spécialisé, et Mar espérait que ce ne serait pas un effort inutile. Pendant ce temps de nouveaux enregistrements continuaient à arriver de Boar.
Les trois mois passés sur Quaryel fatiguèrent beaucoup Mar, aussi Njeiry lui proposa-t-il de confier Vokka à Chanul et de se prendre une dizaine de jours de vacances en un lieu éloigné de toutes ses pensées. Mar aurait voulu retourner sur Ross, mais Njeiry insista tant, aidé par Ayenzy et Ilay, qu'il finit par céder. Ils décidèrent donc d'aller, seuls, à leur maison de Niukétol. Ils pensaient la trouver presque à l'état d'abandon, maintenant qu'Ayenzy et Ilay ne l'utilisaient plus.
"Nous travaillerons comme deux personnes quelconques et nous la remettrons en état... ça nous distraira et nous fera oublier tout le reste !" proposa joyeusement Njeiry.
Ils demandèrent un transfert sur Niukétol. Le nouveau Chef de Famille Kétol voulut les rencontrer dès la sortie du transtar. Comme ils durent utiliser le transtar installé au Palais Kétol puisqu'il n'en existait pas encore de publics, ils ne purent pas refuser. Ils furent accueillis avec cordialité et simplicité.
Quand ils expliquèrent leur intention de se retirer pour se reposer dans leur maison, sans personnel, le Chef de Famille sourit et dit : "Naturellement."
Sur le moment ils ne comprirent pas, mais une fois sortis du transmen, ils trouvèrent leur maison prête, propre, avec le jardin gedozen en parfait état, les dispensaires pleins et ils en furent surpris. Ils surent par la suite que le Chef de Famille Kétol avait donné ordre à son personnel de prendre soin et de tenir toujours en parfait état la résidence des Swooney sur la planète. Njeiry et Mar apprécièrent beaucoup le geste.
Le soir même, Njeiry s'approcha de Mar les yeux brillants : "Mar ?"
"Oui, mon amour ?"
"Que dirais-tu de l'idée que nous... mettions en chantier quelque chose de nouveau ?"
Mar ne comprit pas tout de suite : "Mais nous sommes là pour nous reposer, non ?"
"Justement. Je ne crois pas que cela soit si... si fatigant."
Mar le regarda. Njeiry le caressa et lui sourit. Ils étaient couchés sur le moelleux tapis d'herbe agréablement odorante du jardin. Les caresses de Njeiry se firent plus intimes, plus insistantes. Mar se laissait aller, heureux, et commença à participer.
"Alors, amour, n'es-tu pas d'accord avec moi ?" insista Njeiry.
"Maintenant ? Ne pensons pas, amour... c'est si bon d'être là, toi et moi, proches..."
"Bien sûr..."
Leurs mains exploraient le corps de l'autre, si bien qu'elles le connaissent, comme si c'était la première fois.
"Njeiry ?"
"Oui ?"
"Je t'aime." Dit Mar, il l'étreignit fort et ils s'embrassèrent.
Leurs corps frémissaient sous les sollicitations de l'autre.
"Mar, je pensais..."
"Ne pense pas, profitons de ces moments merveilleux."
"Oui, d'accord, mais ne crois-tu pas que ce soit le moment de... de lancer une demande..."
Mar comprit enfin et sourit : "Pchh, tais-toi, maintenant... Après, si tout va bien, Vokka ne sera plus seul..."
Njeiry se lova contre lui, heureux : "Toi aussi tu le désires, Mar ?"
"Bien sûr... mais viens maintenant..."
Ce fut pour eux comme une seconde lune de miel. Le jour ils sortaient acheter à manger, se promener comme deux jeunes mariés, vêtus d'humbles tuniques grises, la main dans la main. Puis, alors que l'un cuisinait, l'autre rangeait la maison. Mais tout moment était bon pour s'interrompre, s'embrasser, faire l'amour.
Les jours passèrent vite, trop vite. Le dernier soir Mar, couché dans l'herbe avec la tête sur le ventre de Njeiry, avait le regard perdu dans le ciel .
"Tu sais, Nje... je me demande si ce ne serait pas ça, notre vie, plutôt que de faire le Chef de Famille, le Penseur et tout le reste."
"Ça te plairait ?"
"Avec toi, oui, beaucoup."
"Mar, tu sais que ce n'est pas vrai."
"Non ? Et pourquoi ?"
"C'est bien comme parenthèse... Mais tu ne tiendrais pas une vie entière comme ça, en homme au foyer... en ouvrier... tu finirais par devenir comme ton père... ou tôt ou tard tu te rebellerais. Non, mon amour, notre vie n'est pas ici, mais sur Boar, tu le sais."
"Tu as peut-être raison, Nje, mais parfois... là-bas je me sens fatigué, écrasé, indécis, incertain... Ici je suis bien."
"Mais c'est ta vie de faire, d'organiser, de jouer, et non de te reposer... Bien sûr, parfois il nous faut aussi ça, se reposer, ne penser à rien, se régénérer... pour après replonger dans l'action, dans l'aventure, les projets, faire, contrôler."
"Mais tu ne sens pas que je te néglige, ne te sens-tu pas, que sais-je... employé... oublié... peut-être même bousculé..."
"Mais non, mon amour, pas du tout ! Je suis avec toi justement parce que tu es comme ça. Peut-être qu'avant de te connaître j'ai cru moi aussi désirer une petite maison, une vie simple... jusqu'à un certain point. Au fond c'est moi qui ai décidé de m'enrôler, justement pour fuir la monotonie de la routine. Et maintenant que je te connais, notre vie me plait, tu me plais."
"Tu es un trésor, Njery !"
"Oh, moque-toi, crois-tu que je le dis pour toi ? Je le dis parce qu'il en est ainsi, c'est ce que je ressens, c'est comme ça !"
Mar rit : "Voilà où il a appris à dire toujours 'comme ça !' notre Vokka." Dit-il, puis il réfléchit un instant, "Nje ?"
"Oui, mon amour ?"
"Je t'aime !"
"Je le sais, mais j'aime t'entendre me le dire."
"Nje ?"
"Oui ?"
"Il y a quelque chose que je ne t'ai jamais dit. J'ai essayé, mais tu ne m'as jamais laissé parler... et ça me tourne dans la tête depuis trop longtemps..."
"Je sais, mais il n'est pas nécessaire que tu me le dises."
"Mais pourquoi ? Grâce à toi j'ai dépassé ça, mais..."
"Mais ?"
"Je n'aimerais pas que tu l'apprennes par d'autres."
"Ton passé est à toi, Mar. Le présent est à nous, et à nous le futur. Quelle importance, le passé ?"
"Lidje aussi me disait ça... mais lui sait, il connaît mon passé."
"Bien. Alors tu vois que j'ai raison !"
Mar fit non de la tête : "Mais tu ne connais de moi... que le bon côté..."
"Vraiment, tu crois ? Je ne sais pas. Tu sais, je vois aussi tes défauts, pour autant que je t'aime."
"Oui, mais cela..."
"Bien, Mar, s'il est si important pour toi de m'en parler... raconte..."
Mar ferma les yeux et commença à lui raconter la partie de sa vie que Njeiry ne connaissait pas encore. Au début il hésitait, puis, comme un fleuve en crue, il sortit tout, il raconta son expérience d'entreteneur de Maison des Plaisirs, son mariage avec Felwoz, comment il avait connu Vieux et Soufflet.
Quand il se tut, Njeiry lui caressa les cheveux : "Bien, maintenant que tu l'as dit, tu te sens mieux, mon amour ?"
"Oui... mais toi ?"
"Exactement comme avant. Sauf qu'à présent je comprends mieux ton affection pour Soufflet et Vieux, ton amitié pour Lidje."
"Ça... ça ne te gêne pas de savoir que je..."
"Non, idiot. C'est le passé, comme je t'ai dit si souvent, ça n'existe plus... et tu t'en es bien sorti. D'ailleurs je te dirais même... que si tu n'avais pas eu ces expériences, peut-être ne serais-tu pas la personne merveilleuse que tu es aujourd'hui... et peut-être ne serions-nous pas ensemble... tu n'y as jamais pensé ?"
Mar réfléchit : "Non... non, jamais."
"Alors, tu vois !"
Ils se serrèrent très fort, comme s'ils voulaient se fondre l'un dans l'autre.
Le lendemain ils prirent congé de Kétol et passèrent sur Quaryel pour lancer une demande d'adoption d'un nouvel enfant, puis rentrèrent sur Ross. De là ils rentrèrent au Cenco. Medle leur donna aussitôt les dernières nouvelles de la situation sur Boar. Deux nouveaux hostels étaient ouverts, un à Port-Escale et un près de Maisons-Vides. Celui de Port-Escale s'appelait "Hostel des Deux Pics" et avait la même forme et la même organisation que le premier. Celui de maisons-Vides s'appelait "Hostel de l'Attente" et était un peu plus petit.
Il y avait aussi eu quelques défis dans plusieurs châteaux : sur dix-huit hommes de Mar ayant défié autant de Châteliers, dix-sept avaient réussi. Le dix-huitième avait échoué à la fin, suite à une erreur d'évaluation dans l'épreuve choisie par le Châtelier. En effet, le Châtelier Sil de Tourbière avait choisi une lutte dans l'eau et le chushin s'était révélé très déficient dans ces conditions. Le challenger s'en était néanmoins sorti : le Châtelier avait apprécié sa valeur et l'avait laissé libre de s'en aller.
Kensha Kodyley, tel était le nom de celui qui avait perdu son défi, était à présent au Cenco où il étudiait avec les experts comment appliquer le cushin en milieu aquatique, ou quoi lui substituer. Les dix-sept châteaux contrôlés étaient entre autres le château Behn de Rochevie, le Don de Boisé, le Rys de Mont-Haut et le Klé de Noir-Cratère. Lequel avait d'ailleurs été le plus facile à conquérir : il avait suffi à l'homme qui posa le défi, de se présenter comme l'envoyé de Mar Swooney pour que la panique gagne le château et les champions, si bien qu'ils s'étaient plutôt mal battus.
Pour l'instant les volontaires de Mar infiltrés chez les Armés n'avaient défié aucun Châtelier de ville mixte. Mais Medle montra à Mar le calendrier des défis programmés et les villes choisies. Le défi devait toujours être lancé par un Armé venant d'un autre château. Cela permettait de tisser un intéressant réseau de relations. En effet le nouveau Châtelier était en général bien vu dans son château d'origine : dans un sens les Armés qui avaient vécu dans le même noyau ou la même compagnie étaient fiers qu'un des leurs soit devenu Châtelier. Celui qui devenait Châtelier devait évidemment changer la première syllabe de son nom, mais pouvait imposer la seconde à une compagnie et la troisième à un noyau.
Mar pensa que son nom n'avait que trois syllabes : il lui faudrait en ajouter une... changer de nom... s'il avait gagné, par exemple, la charge de Châtelier de Wun, il serait devenu Wunswoo Neymar... presque impossible à reconnaître ! A moins de trouver un château Swoo... ça pourrait bien exister ? Ou un château Mar et inverser son nom ? Il repoussa ce problème futile.
Une grande carte de Boar indiquait les points où étaient infiltrés ses hommes et de façon différente les résidences, les hostels, les châteaux aux mains des siens. L'infiltration avançait lentement... mais elle avançait. D'ailleurs il n'en verrait pas la fin : quatre-vingt dix-neuf ans, bien plus qu'il ne lui restait à vivre. C'est vrai que certains Chefs de Famille et personnes importantes dépassaient allègrement les cent ans de vie, à force de soins et d'interventions... mais ce n'était pas son cas.
Njeiry avait présenté une demande d'adoption sur Quaryel et elle avait été acceptée, à leur grand bonheur à tous deux. Ils commencèrent donc à préparer Vokka à l'arrivée d'un petit frère, même s'il faudrait encore quelques mois avant son arrivée de Quaryel. Vokka le prit avec philosophie, sans joie particulière mais sans le moindre trouble ni jalousie.
Dake soumit un problème à Mar : depuis qu'avait cessé l'envoi d'exilés sur Boar, le village des Accueilleurs s'étiolait. En fait il ne vivotait plus qu'exclusivement sur l'acquisition de nourriture par la Garnison et des hommes de Mar enrôlés sur Quaryel, qu'ils faisaient encore passer par la Porte pour qu'ils aient la pleine expérience de quelle était la réalité de Boar. Mais ils étaient peu par rapport au nombre moyen d'exilés. Mar en discuta avec Dake, Njeiry et Medle. Il n'y avait pas de solution simple au problème. Par rapport aux deux à trois cents exilés mensuels d'avant, il n'y avait plus qu'une dizaine de volontaires par mois à passer par là.
Mar décida alors d'envoyer quelques-uns uns de ses hommes du Cenco au village des Accueilleurs en tant qu'acheteurs pour voir comment le village réagissait à la nouvelle situation. Quelques jours après il eut la réponse : graduellement les jeunes quittaient le village pour survivre et cherchaient un autre travail sur le continent voisin. Ainsi les naissances avaient aussi diminué et le village était maintenant réduit aux deux tiers de sa population normale. De plus le prix des esclaves vendus avait augmenté.
Mais ils estimaient que sur presque quatre vingt familles qu'il comptait avant, soit près de six cents personnes, le village aurait dû se réduire à une douzaine de familles et en tout dans les quatre-vingts habitants, soit environ un huitième.
Mar n'avait voulu provoquer de changement aussi drastique à aucune des communautés qui vivaient sur Boar, non qu'il apprécie particulièrement la communauté des Accueilleurs, mais... D'autre part ils auraient eu beaucoup moins de scrupules s'il avait dû faire disparaître les Pillards ou les Désaxés... était-ce juste ? Au fond c'était l'éternelle question qui revenait : de quel droit changeait-il la face d'une entière planète ?
Peut-être devait-il arrêter de se poser tant de questions, tant de problèmes qui d'ailleurs avaient rarement des réponses... Ou peut-être que non ? Ses hommes ne savaient certainement pas quels doutes, quelles incertitudes l'assaillaient... était-ce bien ?
"Ce que mes hommes voient en moi, au fond ce n'est qu'un masque. Serais-je au moins un bon masquier ?" se demanda Mar en guise de conclusion à ses pensées.
Au loin il entendit une musique et alla vers sa source. Ne serait-ce pas le gunchin d'Ezmy ? Il arriva ainsi dans la salle de réunion. Ezmy était assis par terre, le gunchin posé sur ses genoux comme un nouveau-né, et ses deux mains en jouaient, légères et rapides. Autour de lui de nombreux hommes assis l'écoutaient attentivement. Ezmy ne chantait pas : sa musique était pure, modulée au rythme des battements de cœur, teintée au rythme de la respiration, attirante et prenante. Ce garçon aurait étré un Artiste parfait... pensa Mar. La lumière était diffuse et avec la musique elle créait une atmosphère chaude et reposante. Les notes glissaient, battements, souffles, pauses... Le gunchin ne chantait pas ses notes mais les susurrait de façon intime, personnelle. Nehve, assis à côté d'Ezmy, regardait son époux avec admiration ouverte mais aussi affection et désir. Mar se dit qu'il devait emmener Ezmy avec lui à sa prochaine expédition.
Il avait décidé avec Njeiry qu'il ferait une dernière expédition avant de se lancer lui aussi dans le concours des châteaux. Il voulait explorer la côte est du continent double de Boar. Njeiry ne pourrait pas l'accompagner parce qu'il devait suivre les démarches d'adoption, donc Vokka aussi resterait au Cenco avec lui. Mar avait décidé de former à nouveau un groupe de vingt-quatre hommes, mais divisé en trois groupes de huit avec à leur tête, outre lui-même, Dehne Biurys et Wandel Shon. Cette fois-ci ils auraient tous une ceinture anti-gravité et par contre ils auraient moins de marroues. Ils avaient en effet prévu un grand tour et voulaient, dans la mesure du possible, en accélérer les étapes. Les trois chefs de groupe porteraient aussi les ceintures bouclier de force.
Ils décidèrent de partir au milieu du premier mois de la nouvelle année, à la saison du Primevert, pour avoir la saison douce devant eux. Dans une statuette artistique achetée à un sculpteur de Ville-Close, ils insérèrent un puissant communicateur pour garder le contact avec le Cenco. Pour découvrir le secret il faudrait la casser, puisque le communicateur y était assez bien caché. Pour l'activer ou l'éteindre il fallait approcher de la statuette un appareil magnétique dans une certaine position. Même si elle tombait en de mauvaises mains, il était presque impossible que le secret et le fonctionnement soient découverts.
Ils décidèrent de l'itinéraire. Ils firent dessiner des cartes de façon à ce qu'elles puissent passer pour d'origine locale de façon à pouvoir les utiliser aussi en présence de natifs. Les préparatifs furent longs et minutieux. Pendant ce temps d'autres contingents exploraient d'autres parties de la planète avec les mêmes prudence et préparation et les données affluaient au Cenco, où elles étaient enregistrées et classées dans un ordinateur spécial, acheté sur la planète Niusa.
Le langage secret utilisé par les Shentistes dans leurs transmissions avait été presque entièrement déchiffré. Il s'avéra que le pic abritait un Temple de Shent secret, sans doute leur équivalent du Cenco, se dit Mar. Le nom de ce Temple était Daïgo. Le Temple n'était accessible que par une longue et difficile escalade ou, plus simplement, par ballon aérostatique. Evidemment aussi grâce à des ceintures anti-gravité, mais les Shentistes n'en avaient certainement pas.
Le Daïgo abritait la bibliothèque centrale des Shentistes avec tous les originaux accumulés en huit cents ans, gardés dans une espèce de "saint des saints". Au Daïgo vivait le Conseil Académique formé de quelques élus des différents Temples de Shent. Le Doyen était appelé 'Fidèle'. Il résultait aussi des communications entre le Fidèle et le Grand Luminaire que le Daigo avait aussi une section spéciale secrète qui étudiait les religions présentes sur Boar et celles dont ils connaissaient l'existence dans la galaxie. Le chef de cette section semblait être appelé le Maître de Vie. Chacun des Conseillers académiques était appelé Maître d'Art.
Les communications enregistrées à cette époque ne faisaient aucune allusion relative à Mar ou ses hommes. Il y avait une dispute entre le Fidèle, qui appartenait au Parti de la Porte et le Grand Luminaire, qui soutenait celui du Trône. Mais le dernier mot revenait au Grand Luminaire. Le Fidèle insistait pour que le Grand Luminaire se rende au Daïgo pour une rencontre directe. Dans une des communication fut évoqué le Maître d'Art Phyujel... Mar sentit alors monter en lui la curiosité pour Daïgo.
Toutes les données rassemblées grâce à la traduction et décodification des transmissions étaient aussitôt intégrées au grand ordinateur du Cenco.
Désormais travaillaient pour Mar près de deux mille hommes, dont seulement neuf cents faisaient officiellement partie de la Garnison de Ross, bien qu'ayant tous été enrôlés comme tels. Mais après un an de présence sur Ross, tous ceux qui demandaient à rester, et c'était l'écrasante majorité, devenaient des employés civils de Mar sur Boar, à titre privé et personnel. Le peu qui demandaient à rentrer sur Quaryel s'engageaient au secret complet et absolu sur l'Opération 99, avec un contrat déposé chez Ayenzy et jusque là personne n'avait violé cet engagement. Tous, de toute façon, à leur retour sur Quaryel, trouvaient un bon emploi à la dépendance des Kétol de Quaryel.
Mar, avant d'entreprendre ce sixième voyage sur Boar, retourna sur Quaryel pour encore trois mois avec Vokka et Njeiry. Mar commença tout d'abord par demander à Ayenzy quelle était la situation sur Quaryel. Les choses semblaient se passer bien, au moins au plan industriel et économique. Mais Quaryel ne s'était pas encore remise du coup qu'avait été son 'invasion'. Une remarquable froideur entourait les hommes et les initiatives de la Technarchie. Mar lui suggéra alors d'utiliser ses ex-employés, habitués aux actions d'exploration et d'intelligence et fidèles à la Technarchie, pour faire une enquête sur les religions de Quaryel et leur position à l'égard de la Technarchie en général et des Kétol en particulier. Les religions sur Quaryel étaient officielles et organisées, avec une hiérarchie précise des temples et des liturgies, contrairement à celles de Boar qui, à part la pseudo-religion des Shentistes, étaient spontanées, fluides et informelles.
Quelques jours après le lancement de l'enquête arrivaient à la Nouvelle Résidence les premiers rapports détaillés. Mar les étudia, avec Ayenzy et Ilay. Il en ressortait qu'aucune n'était vraiment bien disposée à l'égard de la Technarchie, mais que seules deux ou trois lui étaient ouvertement hostiles. Mar suggéra alors de lancer une subtile campagne contre la hiérarchie de ces religions : il fallait rechercher et mettre en lumière tout ce qui pourrait faire perdre leur prestige aux chefs de ces religions. Ayenzy pensa faire circuler de fausses accusations et preuves, mais Ilay s'y opposa et Mar fut d'accord avec Ilay.
"Non, Ayenzy. Il y a des faits réels... et ils auront plus de vraisemblance et d'efficacité. Si on découvrait que les accusations sont fausses, la chose pourrait se retourner contre toi. Et puis, les preuves authentiques que tu trouveras contre eux devront passer dans le domaine public... spontanément. Toi, officiellement, tu dois te désintéresser de la question, sauf si ce sont de graves infractions à la loi. Il se trouvera certainement des prêtres ou des chefs religieux malhonnêtes à démasquer, des disputes ou luttes intestines à mettre au jour, des situations absurdes à clarifier, des intérêts privés à dénoncer, des abus à démasquer. Ne fais jamais utiliser l'arme du ridicule, mais fais mettre en lumière tout ce qui est faux, tes armes n'en seront que plus puissantes."
"Mais ce sera un travail lent et long..."
"Bien sûr, Ayenzy, mais rien ne presse. En même temps fais trouver les gros poissons les plus influents ou surtout les plus aimés des autres religions et cherche à faire augmenter le prestige des plus favorables à la Technarchie... mais assure-toi avant qu'ils sont honnêtes. N'appuie pas des gens malhonnêtes, compromis ou qui pourraient l'être demain. Rappelle-toi que si la voix des dieux bénit les Kétol à travers leurs prêtres, le peuple parlera bien de la Technarchie."
Puis ils demandèrent à Mar son avis au sujet d'un homme arrêté pour avoir tenté d'organiser la guérilla contre les Kétol et les symboles de la Technarchie. Mar demanda de le rencontrer en privé. Mais il fit installer dans la pièce un micro-espion pour enregistrer leur conversation, pour pouvoir la revoir après avec Ayenzy. L'homme fut conduit devant Mar. Il s'appelait Greyneedl Samesit. Il avait quarante-cinq ans, les cheveux gris, une mâchoire forte, presque coupée à la hâche, le regard pénétrant et fort, un corps parfait, athlétique et musclé, de héros, un front haut de penseur... c'était l'image idéale du leader. Il émanait de lui une puissance fascinante. Mar regretta qu'il soit un adversaire. "Surtout, nous ne devons pas en faire un martyr" se dit-il dès qu'il le vit.
"Cette journée s'écoule, Samesit." Le salua courtoisement Mar.
"Pour vous, peut-être. Pour nous sur Quaryel elle s'est arrêtée le jour où une vile main a signé la reddition... grâce à toi, Héros de Quaryel et lèche-cul des Kétol !"
Mar sourit : "Phrases bien basses, de taverne, indignes de celui que tu prétends être et que tu pourrais être... Essayons d'éviter le facile héroïsme verbal, les basses insultes, la tendance à se sentir victime et martyr..." Mar dit cela tranquillement et l'autre en sembla frappé.
"Pourquoi m'as-tu convoqué, Chef de Famille de m..." il s'arrêta avant d'ajouter d'autres épithètes.
Mar l'apprécia : "Je voudrais échanger des opinions avec toi."
"Des opinions ? Sur quoi ?"
"Sur Quaryel. Vois-tu, j'en suis convaincu, tu as fait et tenté de faire ce que tu croyais bon pour sauver ta planète. Moi aussi, à ma façon, j'ai essayé et j'essaie de faire la même chose. Même si nous sommes de part et d'autre d'une barricade, cela nous réunit. Nous voulons tous les deux la même chose : le bien de Quaryel. En conviens-tu ?"
"Non, tu ne veux pas le bien de Quaryel mais sa fin. Tu ne veux que ton bien et celui de tes chefs..."
"Rhétorique facile. Tu ferais mieux de dire que ce qui à moi semble le bien de Quaryel te semble à toi être un mal. Jusque là nous pourrions être d'accord, justement parce que nous sommes... adversaires. Mais au moins admets que tu as face à toi un adversaire honnête, comme moi j'admets à ton égard..."
L'autre eut un sourire méprisant : "Pourquoi essaies-tu de me convaincre de ton honnêteté ? Qu'espères-tu en tirer ?"
"De pouvoir commencer un dialogue avec toi. Parce que je crois qu'il est important de dialoguer."
"Pourquoi ?"
"Pour le bien de Quaryel, justement."
"Tu voudrais arriver à faire de moi... un sale collaborateur ?"
"Non, seulement un collaborateur propre."
"Tu joues avec les mots !"
"Non, j'utilise les mots dans leur sens..."
"C'est à dire ?"
"Collaborer vient de travailler ensemble."
"Et alors ?"
"Ecoute, Samesit, il nous serait très facile de te tuer ou de t'exiler sur Ross ou de te faire disparaître autrement de la circulation. Mais nous ne le faisons pas, pourquoi ?"
"C'est toi qui me le demandes ?"
"Toi, tu ne te l'es pas demandé ?"
"Non. Peu m'importe. Tant qu'il me restera un souffle je parlerai contre vous, et si je peux, je me battrai encore contre vous."
"Je te crois. Mais quelle chose est la plus importante pour toi, parler contre nous ou faire le bien de Quaryel ?"
"C'est la même chose."
"Ne fais pas l'idiot ! S'il suffisait de m'éliminer, moi ou Kétol, pour faire le bien de Quaryel, je serais le premier à vouloir disparaître de la planète. D'ailleurs dis-moi, quand ni moi ni la Technarchie n'étions sur Quaryel, la planète vivait-elle bien ? Ou au moins mieux que maintenant ? Si je ne me trompe pas, tu travaillais pour les Anje. Les Anje étaient une bonne Famille mais tout était-il parfait sous eux ?"
"Cela n'a aucun rapport !"
"Réponse simpliste et évasive. Tu ne peux pas nier que l'UPO était une fontaine de corruption... même les aveugles le voyaient !"
"Bien, admettons, et après ?"
"Alors c'est ça que nous avons fait, nous avons détruit la source de cette corruption systématique. Et maintenant nous tâchons de reconstruire une galaxie plus... propre. Pour ce qui nous concerne, aussi une Quaryel plus propre. Tu n'arrives pas à le comprendre, à l'admettre ?"
"Non ! Le mal ne peut pas construire le bien !"
"Des mots ! Il n'existe pas le 'mal' pas plus que n'existe le 'bien'. Chaque chose, chacun de nous n'est autre chose qu'un mélange de mal et de bien... toi aussi, moi aussi."
"Qu'en sais-tu ? Qui es-tu pour dire cela ?"
"Une personne, un homme, comme toi. Comme toi j'ai deux jambes, comme toi un cœur, comme toi une tête et dedans un cerveau. Le plus gros problème de Quaryel n'est pas d'avoir à sa tête un Anje ou un Kétol, mais quelqu'un d'honnête, un homme digne de ce nom. Le problème n'est pas que le pouvoir central soit l'UPO ou la Tecnarchie, mais qu'il soit propre. Si l'UPO avait été propre, je l'aurais préféré à la Technarchie, même à une Technarchie propre. Mais vaille que vaille, je préfère une Technarchie propre à une UPO fétide. Ça, au moins, tu le comprends ?"
"Tu perds ton temps avec moi, Héros de la mort de Quaryel."
"Ça t'amuse de ne parler que par slogans ? Ne peux-tu raisonner avec ta tête, t'exprimer avec des mots ? Pourquoi restes-tu enfermé dans cette mesquine conception de puritain... et qui pis est, pourquoi déprécies-tu ainsi tes qualités ?"
"Tu n'obtiendras rien de moi par tes flatteries sournoises."
Mar secoua la tête : "Samesit, je te respecte parce que tu paies de ta personne tes convictions... mais je te plains. Tu n'es pas vraiment prisonnier de la Technarchie, tu t'es institué prisonnier de toi-même. Tu ne réfléchis pas, tu ne raisonnes pas... tu ne veux pas le bien de Quaryel même si tu t'illusionnes de le vouloir... Je te plains, Samesit et je plains les idiots qui croient à tes phrases toutes faites, à tes slogans. Ce que tu cherches, en fait, n'est que le triomphe de tes idées, pas de sauver Quaryel. Tu n'es pas dangereux, Samesit, tu es pathétique. Tu ne seras jamais un vrai meneur d'hommes, tu ne seras jamais un rebelle efficace... tu pourrais l'être, mais tu ne sais pas comprendre, tu ne sais pas réfléchir... tu n'es qu'un ballon gonflé d'inutiles mots... Je le regrette, Samesit, autant pour toi que pour Quaryel."
L'homme, un instrant, parut indécis, puis il reprit son air de défi. Mar se leva et sortit, Samesit fut reconduit à la Maison de Détention.
Mar revit l'enregistrement avec Ayenzy et Ilay.
"Que pensais-tu en obtenir ?" demanda Ilay.
"Je m'attendais à ce que ce soit un idéaliste, oui, mais, ouvert, raisonnable..."
"Que voulais-tu dire quand tu as dit qu'il n'est pas dangereux ?"
"Que je le laisserai libre... en prison c'est un héros, un martyr. Libre, il n'est qu'un épouvantail en plastique transparent."
"Tu le remettrais en liberté ?" demanda Ayenzy émerveillé.
"Oui, sans le perdre de vue, évidemment."
"Oui, ça pourrait se faire..." murmura Ilay, "Mais seulement après avoir diffusé sur toute la planète, et plusieurs fois, toute votre conversation."
Mar trésaillit : "Mais ça ne serait pas correct !"
"Pourquoi ?"
"Il ne savait pas que notre conversation était enregistrée."
"Il pouvait s'en douter."
"Oui, mais pas qu'elle serait rendue publique."
"Alors nous pouvons faire cela : nous lui faisons voir l'enregistrement puis nous lui proposons une alternative : ou il accepte la liberté et la diffusion de votre réunion, ou il refuse la liberté et dans ce cas sera rendu public son refus lors de votre seconde discussion."
"Je ne sais pas... peut-être serait-ce plus correct... mais vraiment, je ne sais pas."
Ayenzy adopta la proposition de son époux. Aussi appela-t-il Samesit.
"Ecoute, ce que je dis et ce que tu diras est enregistré et sera transmis sur tout Quaryel. As-tu compris ?"
"Oui."
"Bien. A présent je vais te faire voir et écouter l'enregistrement de ta précédente discussion avec le Chef de Famille Swooney ni Mar. Es-tu prêt ?"
"Ceux qui verront l'enregistrement de cette réunion verront et entendront aussi celle de ma précédente rencontre avec Swooney ?"
"Non, pas si tu t'y opposes. Tu la verras dans un viseur."
"Bien, je suis prêt."
Il lui fut donné un casque viseur. Peu après Samesit l'enlevait.
"Et bien ?" demanda-t-il.
Ayenzy dit alors : "J'ai décidé, en accord avec Swooney ni Mar, de te faire une proposition : si tu acceptes que l'enregistrement que tu viens de voir soit rendu public, tu seras libéré aussitôt. Si tu refuses, cela équivaudra à refuser ta liberté, et ce que nous disons en ce moment sera rendu public. A toi de choisir."
Samesit plissa le front puis répondit : "Je n'accepte rien de vous, pas même la liberté."
Ayenzy, qui s'attendait à une réponse de ce genre, sourit : "Donc tu ne veux pas que ce que tu as dit à Swooney ni Mar, ou plutôt ce que lui t'a dit, soit connu du public. Et pour cela tu préfères rester à la Maison de Détention."
Samesit répondit avec sérieux : "Je n'ai rien à dire."
"Bien, nous n'avons rien non plus à ajouter."
La rencontre s'acheva là, et l'enregistrement en fut transmis quelques instants après à tous les canaux trois-D de la planète, où elle fut commentée par les plus fameux chroniqueurs, plusieurs fois. L'écho suscité fut modeste, mais le nombre des adeptes de Samesit diminua beaucoup.
Puis Mar revit avec Ayenzy le rapport à envoyer au Technarque, le contresigna et rentra sur Ross-Boar.