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histoire originale par Andrej Koymasky


pin LE DEUXIEME LIVRE
DE MAR SWOONEY
CHAPITRE 18
DES PRÉPARATIFS DE GUERRE

A 7.7.4 t. p. tous les officiers des Forces de l'UPO présents sur Ross, y compris Kubilach, étaient dans la salle de réunion du Commandement de la Garnison. A 7.7.6 Mar entra, accompagné de Njeiry, Joote et Medle et s'assit à la place du Commandant.

"Général, officiers, sous officiers, cet après-midi s'écoule."

Chœur de réponses.

"Bien que je ne sois pas complètement remis, j'ai cru opportun de convoquer cette réunion. J'apprends que, malgré mes instructions précises, il est apparu sur Ross une situation de tension. J'apprends que cette situation est imputable, sinon complètement, du moins en bonne partie à votre attitude. Si c'est vrai, cela frôle l'acte d'insubordination, même sans être conçu explicitement comme tel. Il n'y a pas d'éléments pour incriminer spécifiquement aucun d'entre vous et peut-être est-ce une chance, car si j'étais contraint, je dis bien contraint, à prendre des mesures, la tension sur Ross ne ferait qu'augmenter.

"Je sais que nombre d'entre vous ont, ou croient avoir, des raisons de sa plaindre de l'organisation de cette Garnison. En tant que responsable, légal et moral, du style de vie jusque là adopté, je veux faire une ultime tentative pour chercher à rééquilibrer les choses. Aussi vous serais-je gré de bien vouloir me faire part de vos suggestions..."

Le général Kubilach se leva prestement : "D'abord, Gouverneur, j'aimerais savoir à quels titre sont présents l'officier supérieur Dake et le sous officier Vutix."

"Je considère juste que leur présence est utile, Vice-Gouverneur."

"En tant que témoins de ce qu'on pourrait dire ?"

"Non, du tout. L'officier supérieur Joote Dake remplacera bientôt le Commandant dans ses fonctions, au moins le temps que le Commandant résolve ses problèmes personnels. Quant au sous officier Medle Vutix, il est là en tant que mon secrétaire privé. Te dois-je d'autres explications, ou pouvons-nous continuer ?"

Kubilach s'assit, renfrogné.

Mar les regarda tous et reprit : "Revenant au sujet qui nous réunit, je souhaite donc entendre vos suggestions. Mais je suis convaincu qu'un débat commun ne ferait qu'échauder plus encore les esprits. Aussi je vous prie de rester tous dans cette salle. Je vais maintenant me rendre au bureau du Commandant, seul, et je vous ferai tous appeler, un à un, pour vous écouter avec attention et prendre note de ce que vous me direz. Parlez entre vous en attendant, si vous voulez. Leje, Dake et Vutix resteront avec vous et seront à votre disposition. J'enverrai un soldat vous appeler. Y a-t-il des questions ?"

Un officier se leva : "Ne vaudrait-il pas mieux aborder la question maintenant, en séance plénière ?"

"Non, mais si vous le trouvez opportun, après avoir écouté tous vos avis personnels et formulé un plan d'action, nous aurons une réunion plénière."

Un autre officier prit la parole : "Je ne vois pas l'utilité de la présence ici du Commandant et des deux autres..."

"Si vous envisagez un complot contre moi, je comprends ta requête. Sinon le problème ne se pose pas. D'autres questions ?"

Personne ne parla.

Alors Mar ajouta : "J'oubliais : après m'avoir parlé, chacun de vous ira dans une autre salle où il sera rejoint, peu à peu, par les autres. A la fin, quand nous serons à nouveau tous réunis, je vous proposerai une solution possible à notre... problème et nous la discuterons tous ensemble. Des questions sur ce point ?"

Beaucoup semblaient mal à l'aise, mais personne ne parla. Seul Kubilach semblait perplexe et regardait Mar d'un air dubitatif. Il était 7.9.1.

Mar traversa l'antichambre de la salle de réunion, le hall du commandement et entra dans le bureau du Commandant. Là, deux soldats montaient la garde à la porte du bureau.

"Repos, les garçons. Paralysateurs en main, derrière le dos et prêts à l'usage... Voilà, c'est bien. Quand quelqu'un frappera et ouvrira la porte vous devrez agir. Vous avez réglé l'intensité du rayon à une heure ?"

"Oui, Gouverneur."

"Bien, et ne vous trompez pas de cible, à tout prix."

"Bien sûr. De si près et de dos c'est pratiquement impossible."

"Par sécurité, j'aurai moi aussi un paralysateur à portée de main. Ceux qui vous remplaceront sont déjà prêts ?"

"Oui, ils sont tous derrière cette porte."

Mar entra dans le bureau, ferma la porte et s'assit derrière le bureau. Il régla le paralysateur sur un faisceau large et à 5 minutes. Puis il activa l'interphone et donna un ordre au planton : "Le Vice-gouverneur, général Kubilach."

Il posa le paralysateur sur se jambes, serré dans son poing et il attendit. Il comptait les pas dans sa tête. A 7.9.6 Kubilach frappa.

Mar cria : "Entrez !"

La porte s'ouvrit à moitié et Kubilach s'effondra sue le sol. Vite, les deux soldats le désarmèrent, l'attachèrent et l'emportèrent. Deux autres soldats les remplacèrent au pas de la porte qu'ils refermèrent. Mar appela alors le deuxième. Et tout recommença à l'identique.

Quand jusqu'au dernier sous officier fut pris, Mar lâcha un soupir de soulagement. Il était 8.6.9. Les regarder tomber un à un, même si tout était allé sans anicroche, avait été pour Mar un spectacle déprimant et fatigant.

Njeiry, Joote et Medle arrivèrent vite dans le bureau.

"Joote, convoque maintenant les trente huit gradés UPO ici dans le bureau par groupes de cinq. Tu les déclareras aux arrêts, les feras désarmer, menotter et enfermer dans l'auditorium. Toi, Njeiry, prends contact avec les six nefs et mets-les en état de pré-alarme. Les trois en nos mains et les satellites artificiels pointeront leurs armes sur les trois autres. Quand tout sera prêt, avertissez-moi.".

Mar rentra à la Résidence se reposer un peu. A 9.0.6 Mar fut averti que tout avait été fait selon ses plans. Il fit alors diffuser un ordre à tous les Agents de l'UPO et à ses soldats : ils étaient tous consignés dans leurs logements jusqu'à nouvel ordre.

Puis il convoqua les hommes qui travaillaient sur l'opération Boar au souterrain, leur fit tous mettre l'uniforme réglementaire et les fit armer tant de pistolets laser que de paralysateurs. Avec cette escorte il retourna au Commandement. Il était 9.4.0.

Il appela personnellement et en liaison fermée l'officier de l'UPO qui commandait la première des nefs spatiales en dotation à la Garnison.

"Officier, un fait très grave est avéré. Nous avons le soupçon fondé qu'il y a, parmi l'équipage de ta nef, un saboteur envoyé par les Familles. Sans fournir aucune explication aux hommes, tu les feras tous embarquer sur la navette qui arrive et emmène une équipe pour les remplacer. Vous revenez tous à terre pour l'enquête et, je répète, aucune indiscrétion avec les hommes."

L'officier parut abasourdi, mais il obéit. A 0.2.7 le lendemain, tous les hommes de la nef spatiale descendaient de la navette, étaient désarmés par l'escorte de Mar et consignés dans leurs logements pendant que l'officier, ignorant tout, suivait Mar . Cet officier aussi fut paralysé, désarmé, attaché et mis au secret.

A 0.7.6 heure locale, Kétol déclarait déchu le Gouvernement de l'UPO, annonçait que le Secrétaire Général était aux arrêts entre ses mains et mettait le siège à la planète Shunter où était réuni le Gouvernement Central. Sur Ross, seul le chargé aux communications entendit la proclamation et il en informa Mar.

A 1.0.3 le deuxième équipage était remplacé et avait subi le même sort que le premier. A 2.0.7 le troisième équipage aussi avait été maîtrisé.

Pendant ce temps, les soldats des cellules secrètes s'étaient activés et avaient identifié les Agents UPO assurément de leur côté. Mar reçut le rapport des chefs de cellule et accepta dans les rangs de ses hommes les Agents fiables qui firent serment devant Joote, et il fit arrêter les autres. Toute la Garnison, avec ses formidables défenses, était désormais entre ses mains.

Il fit mettre les six nefs en état d'alerte de niveau quatre. Puis il fit établir une communication vidéophone entre le Commandement et tous les édifices de la Garnison et les nefs : il était 2.1.6.

"Ici le Gouverneur Mar Swooney. Aujourd'hui, à 0.7.6 heure locale, le Parti de la Technocratie, sous l'égide du Chef de Famille Kétol ni Wole, le Technocrate, a déclaré déchue l'UPO et a pris les pleins pouvoirs sur la galaxie. En ce moment, le général Kubilach, tous les officiers, sous-officiers et gradés des Forces de Sécurité de l'UPO sur Ross sont aux arrêts sur mon ordre. Toute la Garnison de Ross, par mon intermédiaire, rallie le Parti de la Technocratie.

"Je vous informe également que le Commandant Leje, pour des raisons personnelles, cède provisoirement son grade et sa fonction à l'officier Joote Dake, qui est donc dès cet instant le Commandant par intérim de la Garnison de Ross. Fin du communiqué."

Les officiers de l'UPO, qui s'étaient retrouvés menottés et au cachot sans en comprendre la raison et qui continuaient à se poser mutuellement des questions, devinrent muets à cette annonce.

Le Commandement Général de Quaryel n'avait pas encore pris contact avec Ross.

"Ils doivent avoir des soucis bien plus grave pour l'instant." Commenta Njeiry.

Mar donna ordre aux trois patrouilleurs de quitter les lunes et de se diriger à pleine vitesse vers le cargo qui emmenait ses amis sur Ross pour l'escorter. Puis il organisa les tours de surveillance des prisonniers UPO. Il donna après ordre d'envoyer par la "porte" les biens séquestrés des prisonniers, dont les magasins étaient pleins, par petits lots aux Accueilleurs, et de demander en échange exclusivement de la nourriture pour la Garnison. En effet il pensait que, du moment où il rendrait publique son adhésion à la Technocratie, Ross serait isolée de Quaryel et devrait pouvoir être en autarcie.

Puis il fit chercher et contrôler une centaine de volontaires pour l'opération Boar : désormais il pourrait agir plus tranquillement. Quand il eut tout organisé, il fit établir un appel fermé avec Anje ni Moder. Peu après il obtenait la communication.

"Mar ! Excuse-moi de ne pas t'avoir appelé pour participer au deuil qui t'a frappé. Mais tu es certainement au courant de ce qui est en train d'arriver..."

"Oui, Moder. Merci pour ta participation. Je sais bien ce qui arrive dans la galaxie et c'est pour ça que je t'appelle."

"Je peux t'être utile à quelque chose ?"

"Non, merci, je ne crois vraiment pas. Tu sais, Moder, j'ai voulu te parler à toi avant tout autre. Après toi, j'appellerai le Commandant Général des Forces de l'UPO."

"Il se passe quelque chose ? Je te sens... préoccupé."

"Et bien oui... tu te souviens quand je t'apprenais le Go ?"

"Et comment. Ça fait une paie qu'on n'y a pas joué ensemble."

"Oui... et je ne crois pas qu'on en aura de nouveau l'occasion, Moder."

"A cause de la situation ?"

"Bien sûr."

"Mais pour l'instant rien ne bouge."

"Pour l'instant."

"Quand reviens-tu sur Quaryel ?"

"Je ne reviens pas. Je ne peux pas et je ne pourrai pas, dieu sait jusqu'à quand."

"Mais tout est encore calme, ici. Ça ne durera pas mais, pour l'instant au moins, les principales batailles seront autour de Shunter et de Niukétol : il leur est difficile d'arriver jusqu'ici."

"C'est possible. Mais on ne pourra plus communiquer, après cet appel. Plus comme ça, au moins."

"Je ne comprends pas..."

"D'ici peu j'appellerai le Commandant Général..."

"Oui, tu l'as déjà dit. Que se passe-t-il ?"

"Tu ne t'en doutes pas ?"

"Non. Des ennuis sur Ross ?"

"Pas encore, mais peut-être après."

"Après ? Après quoi ?"

"Moder, tu te souviens, un jour tu m'as dit espérer ne jamais te trouver parmi mes ennemis ?"

"Ah..."

"Cette fois-ci, malheureusement, nous sommes dans des partis opposés."

"Tu te ranges contre l'UPO ?"

"Oui, c'est le meilleur choix, le plus juste."

"Il est juste d'aller contre la légalité ?"

"De quelle légalité parles-tu, Moder ? La corruption qui pourrit l'UPO est-elle légale ? Je vais du côté qui me parait le moins pire, du moins pour l'instant. Je regrette, Moder. Je préférerais qu'on soit alliés tous les deux dans cette partie, mais je sais que les Anje..."

"Moi aussi, j'aurais préféré. Je pense que tu as bien réfléchi à ton choix."

"Bien sûr. Je n'en ai pas d'autre, tout comme toi, d'ailleurs. Neto est du côté de l'UPO et tu dois le suivre."

"Ce n'est pas que je doive. Il me semble naturel et logique de le suivre et pas juste parce qu'il est Chef de Famille."

"C'est possible."

"Mais toi, Mar, pourquoi est-ce ton seul choix possible ?"

Mar se demanda s'il se rangeait contre l'UPO vraiment parce que c'était une organisation corrompue et corruptrice, ou s'il n'y avait pas plutôt là une réaction inconsciente au fait qu'il tenait l'UPO et ses représentants légaux pour responsables des mésaventures qu'il avait endurées.

Il mit fin au cours de ses pensées et répondit : "Cela me semble la seule chose sensée et juste, à présent. Il y a longtemps que j'ai rejoint le Parti de la Technocratie.'"

"Alors tu vas te battre à leurs côtés."

"Si nécessaire, j'utiliserai toutes mes armes."

"Contre Quaryel ?"

"Contre l'UPO et ceux qui la soutiennent et seulement si c'était nécessaire aussi contre Quaryel. J'espère néanmoins que nous ne serons jamais en confrontation directe, toi et moi."

"Mais ça pourrait arriver."

"Oui, ce n'est pas impossible. Et c'est pour ça que j'ai voulu de le dire en premier. Je le regrette, Moder, vraiment."

"Je te crois et je le regrette aussi. Je ne peux pas souhaiter bonne chance à ton parti... mais j'espère que tu n'auras pas à payer ce choix trop cher. Nous serons des voisins difficiles pour toi, tu le sais."

"Oui, je le sais. Mais Ross aussi peut être un voisin difficile. Parfois une souris peut faire fuir un éléphant."

"De quoi parles-tu ?"

"De rien, des animaux terrestres. Je veux dire que même une créature petite et inoffensive peut faire peur à une grosse et puissante. Et nous sommes loin d'être inoffensifs."

"C'est vrai."

Ils se turent un instant, en se regardant dans les yeux à travers le vidéophone.

"Maintenant je vais appeler le Commandement de l'UPO."

"C'est nécessaire, Mar ?"

"Oui, c'est nécessaire."

Autre silence.

Puis Mar parla : "Je n'ai rien d'autre à te dire, Moder."

"Cette journée s'écoule, Mar."

"C'est vrai... cette journée aussi s'écoule." Répondit-il et il coupa la communication.

Il aurait voulu dire bien d'autres choses à son ami, mais il sentait qu'elles pourraient sonner faux, même si elles n'avaient rien de faux.

Il fit donc appeler le Commandement Général de l'UPO et il demanda le Grand Commandant Général. Il l'eut vite en ligne.

"Oh, Gouverneur Swooney ! Cette journée s'écoule."

"Oui, elle s'écoule. J'appelle pour une question importante. Je te prie d'activer l'enregistreur."

"Il est déjà actionné. Alors ?"

"Je dois faire une déclaration officielle. Dès cet instant, moi, le Gouverneur Mar Swooney, en mon nom et en celui de toute la Garnison de Ross, je me déclare libre de toute obligation de loyauté et d'obéissance envers l'UPO, puisque j'appartiens au Parti de la Technocratie. En conséquence, dès cet instant, tout vaisseau UPO ou non identifié ou inattendu qui se présentera à moins de cent cinquante diamètres de Ross, sera sans préavis la cible de tous nos moyens de défense jusqu'à sa complète destruction."

Le Grand Commandant Général resta impassible : "Qu'en est-il du Général Kubilach et des troupes UPO envoyées à la Garnison ?"

"Ceux qui n'ont pas rallié mon parti sont aux arrêts".

"Fais-moi parler avec Kubilach !"

"Je ne reçois pas d'ordre des représentants de l'UPO !"

"Ah, bien. Je t'avertis que tu seras immédiatement accusé de haute trahison et déféré..."

"Si vous me prenez vivant, vous ferez votre devoir. Mais pour l'instant épargne-moi les discours inutiles. Moi je n'ai rien à ajouter."

Le Grand Commandant Général coupa la communication. Mar se détendit et lâcha un grand soupir.

"Voilà, c'est fait ! Il ne nous reste plus qu'à attendre..."

Il sentait comme un poids, une impression de malaise peser sur lui. Il savait qu'il y avait beaucoup à faire, à organiser, à voir, mais pour le moment il n'arrivait pas à ordonner ses idées, il n'arrivait pas à s'y mettre, à s'activer. Il était dans un de ces rares moments où l'on a envie de rien faire, ni même de rester là sans rien faire. Il avait l'impression d'avoir faim, mais il n'avait pas envie de manger.

Il se demanda s'il ne serait pas en train de tomber malade. Il lui fallait réagir, mais il sentait ne pas en avoir l'énergie pour l'instant. Il rentra à la Résidence. Njeiry était en train de lire.

"Nje, comment vas-tu ?"

"Bien. Et toi ?"

"Je ne sais pas. Ni bien ni mal. J'ai juste envie de me coucher un moment..."

"Viens au jardin et étends-toi sur l'herbe. Je serai près de toi."

Ils sortirent. Mar se coucha à côté de son époux en posant la tête sur ses genoux. Njeiry lui caressait les cheveux. Rapidement, Mar s'endormit. Et il rêva.

Il refit le rêve du grand champ de velours sombre, avec les boules lumineuses, argentées, immobiles et splendides. Et il revit une petite boule se mettre soudain à tourner, frapper contre une autre et la faire bouger. Toutes deux continuèrent leur course jusqu'à en frapper deux autres et initier ainsi une sorte de réaction en chaîne. Mais le plus surprenant était que la petite boule, à chaque choc, semblait croître en taille et vitesse, au défi de toutes les lois de la physique.

Quand il se réveilla, le soir tombait. Il parla de son rêve à Njeiry.

"Je ne crois pas aux rêves, Mar, toutefois le tien est clairement un symbole... c'est peut-être ton subconscient qui te pousse à agir."

"Oui, mais comment ? Quelles sont les grandes boules que je devrais frapper et mettre en mouvement ?"

"Je n'en ai aucune idée. On verra. Garde les yeux ouverts et veille à toujours frapper de la bonne façon et au bon moment..."

Le lendemain Mar se sentait bien mieux. Il alla tôt au laboratoire des Opérations Boar et s'informa sur l'avancement des travaux. Et il passa beaucoup de temps avec les groupes de volontaires.

Les données rassemblées montraient assez clairement qu'il n'existait sur Boar aucun pouvoir central. Mais il y avait au moins deux forces organisées et agissant probablement au niveau planétaire. L'une était les Armés, avec une autonomie locale mais aussi un fort esprit de caste et une organisation fédérale. L'autre était les Shentistes avec leurs spécialisations et leur stricte structure verticale.

Mar chargea un groupe de s'occuper exclusivement des possibilités d'infiltrer les deux organisations et de les utiliser pour aller, fut-ce à long terme, vers la formation d'un pouvoir central planétaire. Il demanda à un autre groupe de préparer un plan des transformations sociales à opérer sur Boar.

Njeiry lui demanda si cela avait un sens d'agir sur une planète entière pour la faire changer selon un plan établi arbitrairement de l'extérieur. Mar réfléchit longuement à cette question.

Il finit par répondre : "Je crois que oui. En effet, je veux que Boar puisse un jour devenir une planète ouverte, libre au même titre que les autres et bien intégrée dans la galaxie. Mais pour que cela advienne, il est nécessaire qu'elle soit organisée, autosuffisante et forte. C'est mon but."

"Mais... et si les Boariens n'avaient pas envie de faire partie de la galaxie ?"

"Ils n'ont pas le choix : ils seraient dépassés par les événements. Dès l'instant où Boar cessera d'être une planète prison, elle sera sans défenses et convoitée par des groupes de pouvoir externes. Et puis la transformation que je prépare sera lente et sans heurts."

"Mais elle ne sera pas libre ni voulue par eux."

"Lequel d'entre nous est vraiment libre ? Crois-tu que les gens sur Quaryel aient choisi d'être du côté de l'UPO ou ceux de Nuikétol du côté de la Technocratie ?"

"C'est vrai. Mais le fait que ces gens-là doivent subire des décisions prises par d'autres ne justifie pas que Boar doive subire tes décisions à toi."

"Je sais, c'est vrai. Mais s'ils ne subissent pas mes décisions, ils subiront celles d'un autre ou d'un autre groupe, et d'ailleurs, ils les subissent déjà : les boariens n'ont certainement pas choisi de naître et de vivre sur une planète prison ! Alors, autant agir. Moi aussi j'ai des idéaux, et des grands, mais je vois que souvent je ne peux pas ou je suis incapable de les suivre. Ou alors que parfois pour les suivre je dois emprunter des voies tortueuses ou faire violence à moi-même ou à d'autres. Je voudrais trouver comment éviter ça, mais pour l'instant je n'ai pas trouvé. Et il ne serait pas juste de ne rien faire par peur de se tromper. A présent j'ai un pouvoir sur Boar : je ne l'ai pas cherché, mais je l'ai accepté. Et j'essaie de faire de mon mieux, en sachant que je ferai bien des erreurs, mais en tâchant d'en faire le moins possible."

"Oui, je le sais. Pardonne-moi, Mar !"

"Non, tu n'as rien à te faire pardonner. C'est bien que quelqu'un m'aide à réfléchir sur ce que je fais, sur le pourquoi et le comment... et que l'aide vienne de l'homme qui m'aime. Souvent les questions sont nombreuses et restent sans réponses..."

"Continue à les chercher, mon amour. Personne ne peut te les donner, malheureusement... tu dois les trouver toi-même."

"Et si je ne les trouvais pas ?"

"Continue à les chercher et entre temps continue à faire ce qui te semble juste à chaque fois. Mar, tu me plais comme tu es, avec tes certitudes et tes doutes, tes faiblesses et tes forces... et je veux que notre petit, quel que soit son physique, ait ton caractère."

Mar sourit et serra Njeiry contre lui sans rien dire. Petit à petit, de caresse en baiser, leur désir s'éveilla et ils se mirent à faire l'amour, oubliant dans ces tendres moments toute préoccupation. Njeiry lui demanda avec désir de le prendre et Mar entra en lui avec bonheur.

Quand ils se détachèrent Mar murmura : "J'ai de la chance de t'avoir à mes côtés, Nje. Merci pour ton amour."

Mar voulait retourner sur Boar mais le temps approchait où ils devaient accueillir le petit qu'ils avaient adopté et il décida de rester auprès de son époux. Il avait devant lui trois mois t.p. aussi s'attacha-t-il à approfondir les plans pour l'Opération Boar. Par petits groupes il envoya les volontaires les mieux préparés sur la planète, tant à Port-Escale qu'à Ville-Close.

Gaïthé revint du château Wal pour deux jours et donna bien des informations précieuses sur l'organisation des Armés. Sur la base de ces informations Mar décida de lancer le programme d'infiltration des châteaux par ses hommes. Parmi les volontaires il choisit les plus aptes et lança des sessions d'entraînement très dur auxquelles il se soumit personnellement.

Ils s'organisèrent par noyaux de huit, regroupés en compagnies réunies dans un "château", reconstituant ainsi l'organisation de base des Armés. Chaque homme s'entraîna aux arts martiaux de Boar en utilisant les armes classiques de la planète. De plus, ils s'entraînèrent à l'art martial offensif du chushin et à la défense à main nue contre des gens armés.

Ils s'entraînèrent aussi avec rigueur dans les disciplines de self-contrôle, de résistance, d'adresse et d'acrobaties en soignant le développement de chaque muscle du corps, la rapidité et la concentration. Ils s'imposèrent des marches forcées dans les coins les plus inaccessibles des montagnes de la Garnison, et s'adonnèrent aux sports les plus variés.

Mar réunit ceux qui avaient réussi les cours et vérifia les groupes d'infiltration. Puis il établit le calendrier de leur entrée sur Boar en les envoyant par petits groupes comme exilés par la Porte. Les groupes étaient formés tant de futurs Armés que de probables Shentistes et de volontaires devant se faire passer pour des Artistes, en raison de la grande liberté de mouvement de ces derniers.

Par ailleurs, il fut envoyé par sous-marin argent et équipements aux deux maisons de Ville-Close et Port-Escale auxquelles les volontaires devaient se référer.

Enfin arriva le cargo de Quaryel. Mar attendait et craignait ce moment. Ses amis descendirent, puis le corps embaumé de Soufflet, étendu sur une civière, avec Vieux à côté qui tenait sa main inerte. Vieux semblait serein mais il n'était plus que l'ombre de lui-même.

Il regarda Mar et, d'une voix étrangement calme, il dit : "Nous voici, nous sommes arrivés, Mar." Puis sa voix se cassa dans un murmure incompréhensible.

Njeiry serra la main de Mar et, un instant, personne ne dit rien.

Vieux reprit la parole : "Regardez-la : elle est tranquille, désormais... bientôt je le serai moi aussi."

"Ne dis pas cela, Vieux..." murmura Mar, en surmontant le nœud qui lui serrait la gorge.

Vieux sourit tristement : "Pardon, Crevette, mais... mais c'est comme ça... nous n'avons jamais réussi à rester séparés longtemps, tous les deux. Nous avons toujours voyagé ensemble et je ne peux pas la laisser précisément pour ce voyage là... Tu me comprends, non ? Sauf qu'avant de partir, je voulais encore te voir, te saluer aussi de sa part..."

Mar avait la vue de plus en plus troublée par le voile de larmes qui lui remplissait les yeux. Ils escortèrent le corps de Soufflet au salon de la Résidence et Vieux ne la lâcha pas un instant. Mar se sentait dépassé par les événements. Il voulait rester près de Vieux, mais les mille obligations de la situation qui évoluait d'heure en heure le forçaient à s'éloigner continuellement.

Njeiry lui dit alors : "Ne t'en fais pas, mon amour. C'est moi qui tiendrai compagnie à Vieux. Je n'ai rien d'autre à faire, pour l'instant. Toi tu dois t'occuper de tout le reste. Va, amour."

Mar fit envoyer un message à Kétol pour lui expliquer les derniers événements et le prier de le tenir au courant de l'évolution de la situation galactique. Maintenant qu'il avait coupé les ponts avec Quaryel, en effet, il n'avait plus d'autre sources d'information. Kétol envoya un signe d'accord et périodiquement fut transmis sur Ross le bulletin officiel de la Technocratie, parfois annoté par un secrétaire de Wole.

Les forces de la Technocratie avaient envahi Shunter et d'autres planètes, après d'âpres batailles contre l'UPO. Les forces du Gouvernement avaient riposté par de violentes représailles sur une petite planète d'une branche de la Famille Kétol, Pox, avec d'énormes destructions et le massacre de quatre-vingt pour cent de la population.

La galaxie était désormais coupée en deux et sur bien des planètes la bataille faisait rage, plus ou moins sanglante, entre les partisans de la Technocratie et les fidèles à l'UPO. La situation était confuse : à part deux cents quatre-vingt dix planètes déjà aux mains des Familles et près de cent soixante dix aux mains de l'UPO, la bataille se poursuivait sur environ quatre cents autres.

Dans le secteur de la Galaxie où se trouvaient Quaryel et Ross tout était encore apparemment calme. Peut-être d'autres coins de la galaxie restaient-ils aussi calmes, mais ce n'étaient que quelques îlots dont probablement peu resteraient longtemps tranquilles.

Dans le secteur de Bêta du Centaure où se trouve la planète Pox, les nefs de guerre des deux camps s'accumulaient en vue d'une gigantesque confrontation. Le secteur de Sirius était dans l' impasse : l'UPO avait retiré une bonne partie de ses nefs et les Roffela se retrouvaient en mesure d'affronter celles qui restaient.

Mar réalisa que le plateau de la balance penchait lentement mais inexorablement du côté des Familles, pas seulement parce que le nombre de planètes contrôlées était supérieur, mais surtout parce que le Technocratie avait le transtar grâce auquel elle jouissait de l'avantage des communications instantanées quand l'UPO n'avait que les nefs pour déplacer troupes et équipements. Il est vrai que le transtar ne pouvait transmettre que des objets de dimensions modestes, dans les trois mètres cubes par envoi, et que donc pour les transports massifs ils devaient eux aussi recourir aux nefs. Mais pour placer des hommes ou envoyer des pièces de rechange, ils avaient un grand avantage sur l'UPO.

D'autre part l'UPO avait une organisation bien structurée et des armes modernes et puissantes. Mais cette structure aussi était corrompue et déjà commençaient, en son sein, d'impitoyables luttes de pouvoir. Les Familles au contraire jouissaient de forts rapports de loyauté avec leurs hommes, ce qui augmentait la détermination et la discipline des nombreuses petites armées privées. D'ailleurs la Technocratie était très bien coordonnée. Son Grand Conseil siégeait en permanence et se déplaçait, selon le besoin, d'une planète à l'autre.

Le Gouvernement de l'UPO s'était divisé sur la décision de nommer un nouveau Secrétaire Général ou de déclarer celui prisonnier des Kétol encore en charge et donc de ne nommer q'un Vice-secrétaire.

Le Grand Commandant Général des Forces de Sécurité avait alors fait arrêter et destituer tous les membres du Gouvernement et il s'était auto-proclamé : "Chef du Gouvernement d'urgence de l'UPO" et avait affecté tous les postes clés à des généraux de son Etat-Major en implantant le siège de son Gouvernement sur la planète Rohé, plus centrale.

Mar se sentit soulagé : l'éloignement du Grand Commandant Général de Quaryel lui donnait un peu d'air. Au Commandement de la Garnison il avait fait installer une représentation trois-D de la galaxie et une équipe était chargée de la colorier de façon différente à mesure que la situation évoluait.


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