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histoire originale par Andrej Koymasky


pin LE PREMIER LIVRE
DE MAR SWOONEY
CHAPITRE 17
UNE "SITUATION" GRANDIOSE

Mar initia alors ses nouveaux coups. Njeiry commença à se faire voir tendu, nerveux, mécontent et irrité par ses collègues. Cette phase requit plusieurs jours. Parfois, pendant qu'un autre officier attendait d'être reçu, il pouvait entendre les voix de Mar et de Njeiry hausser le ton, irritées, sans pouvoir distinguer les mots. Un jour on vit Njeiry sortir du bureau de Mar avec la trace d'une gifle sur le visage, les yeux humides, effondré. L'officier qui entrait trouva un Mar dur et tendu qui cherchait à "retrouver la maîtrise de soi".

D'autre part Mar, qui d'habitude sortait avec une escorte, fut vu parfois sortir seul de la Résidence et on découvrit qu'il avait des rencontres affectives avec un nouvel "amant". Les officiers riaient entre eux et commençaient à faire de blagues salaces sur Mar et sur ses aventures. Njeiry arriva parmi eux, il les entendit et fit une scène en disant que Mar paierait ça cher.

Cette scène fut répétée plusieurs fois avant qu'un des officiers ne lui demande : "Et comment vas-tu le lui faire payer ?"

Njeiry répondit d'un laconique : "Je sais bien, moi." Puis il ajouta : "Vous riez de cet être immonde. Vous feriez mieux d'en avoir peur. Sous son apparence niaise, futile et inoffensive de dandy, il y a un fauve insatiable. Quand il a un but, rien ne l'arrête avant qu'il ne l'atteigne. Si j'étais dans vos uniformes, je ne serais pas si tranquille. Souvenez-vous de Biker !"

Il avait jeté le doute dans leur esprit. Ils commencèrent alors à le soumettre à une série de questions. Le jeune homme, à demi mot, leur fit comprendre que Mar s'organisait pour garder tout le butin pour lui, quitte à éliminer quiconque s'y opposerait. Les officiers furent d'abord incrédules, mais après, en réfléchissant, ils se dirent que des faits passés semblaient bien donner raison à Njeiry.

Ils décidèrent alors de trouver des preuves. Njeiry suggéra de chercher dans la cachette des documents secrets de Mar, à la Résidence, qu'il connaissait et savait ouvrir. Mar, expliqua Njeiry, avait l'habitude de prendre note de tout ce qu'il faisait ou projetait... si Njeiry avait raison, on y trouverait certainement des notes sur le dernier projet du Gouverneur de s'approprier tout le butin à leurs frais.

Les officiers en discutèrent longuement et, graduellement, en collaboration avec Njeiry, ils formulèrent leur plan. Ils réussirent à tirer une micro-flèche sur deux des gardes de la Résidence qui peu après tombèrent malades. Aussi, quand Mar demanda leur remplacement, les officiers purent infiltrer deux de leurs hommes. Quand Mar sortait en excursion, avec son habituelle escorte de huit hommes, il ne laissait que quatre hommes de garde à la Résidence. Parfois, l'un des hommes des officiers était de garde au transmen. Deux officiers, suivant les instructions de Njeiry, s'introduisirent dans le bureau de Mar. Ils trouvèrent la cachette des lettres du Gouverneur et microfilmèrent tout avant de le remettre soigneusement en place.

Revenus aux quartiers des officiers sans incidents, ils trouvèrent un plan d'actions, préparé dans ce but par Mar et Njeiry, dont il ressortait clairement qu'un commando composé de neuf chefs de cellule et de quarante sept soldats achetés par Mar dès Quaryel et identifiés seulement par un sigle dans un code incompréhensible, devait attaquer les officiers, les mettre sous narcotiques, les emporter sur une barque et les noyer en simulant un accident. Il y avait les noms de tous les officiers à tuer, y compris évidemment Njeiry. Un frisson glacial parcourut l'assemblée. Il était aussi spécifié que cette action devait advenir après le départ de Mar sur le cargo pour Quaryel, dès que ce dernier enverrait le signal convenu.

Ils se mirent à parler tous ensemble dans une escalade de tons hystériques, jusqu'à ce que Phorgas demande le silence. Ils réfléchirent alors dans le calme à quoi faire. L'un d'eux proposa d'arrêter le Gouverneur et de le dénoncer. Un autre fit valoir qu'une dénonciation pourrait être dangereuse pour deux raisons : Mar pouvait noyer le poisson et s'en tirer grâce aux appuis qu'il devait avoir, et ils n'avaient pas de preuve légale pour étayer leur accusation. Mais surtout, une enquête sur Ross les mettrait certainement tous en difficulté, vu la quantité de choses illégales qui arrivaient à la Garnison.

Ainsi, petit à petit, ils en vinrent à la conclusion que Mar ne devait pas quitter Ross vivant. Ils envisagèrent alors plusieurs façons de se débarrasser du Gouverneur. Graduellement, leur plan se formula : ils devaient retourner l'idée de Mar contre lui : l'enlever à un moment où il n'y aurait pas de témoins, par exemple quand il allait à ses rendez-vous amoureux sans escorte, le mettre sous sédatifs, puis le faire mourir noyé en simulant un accident.

Njeiry n'était même plus émerveillé de voir comme tout se déroulait exactement comme ce que Mar l'avait prédit et voulu. Il était nerveux, certes, mais dans la nervosité générale, personne ne s'en étonna. Il demandèrent à Njeiry, en tant que chef du service Communications, de faire surveiller dix-huit heures sur dix-huit le vidéophone de Mar pour savoir quand il fixerait le prochain rendez-vous secret avec son nouvel amant. Aussi Njeiry organisa des tours d'écoute, par des hommes n'étant pas des cellules.

Mar convoqua alors à la Résidence neuf soldats que Njeiry lui avait signalés comme particulièrement corrompus. Il leur demanda s'ils pensaient demander le renouvellement de leur engagement, parce qu'il avait eu de bonnes informations sur eux et qu'il avait donc l'intention de les nommer sous officiers. Les neufs furent plutôt surpris, mais répondirent qu'ils accepteraient volontiers et que le Gouverneur pourrait compter sur eux. Mar les remercia, demanda de garder cette réunion secrète pour l'instant, et les renvoya à leurs quartiers.

Les deux espions des officiers placés à la Résidence rapportèrent que Mar avait de nouveau pris contact avec neuf chefs de cellule fidèles à lui et fournirent la liste des neuf noms. Les officiers décidèrent de régler le compte de ces neufs hommes après la mort de Mar.

Puis Mar, via les chefs de cellules qui étaient à la Résidence, donna des ordres à tous ses fidèles. L'un d'eux était de faire en sorte d'avoir son tour de libre sortie le soir avant le départ du cargo et d'aller jouer, se promener, chanter ou ce qu'ils voulaient au voisinage des quartiers des villas des officiers et de la Résidence et d'emmener avec eux autant de compagnons que possible, mais d'éviter la plage des officiers. Puis, pendant qu'un homme des officiers était de garde à la surveillance du système de communication, il appela un de ses soldats fidèles, qui était déjà d'accord avec lui, et lui donna un rendez-vous amoureux pour le soir avant son départ.

Les officiers jubilaient : tout se passait conformément à "leur" plan. Mar avait dit à son présumé amant de se faire trouver dans une petite hutte derrière le promontoire qui délimitait au sud la plage réservée aux officiers et lui avait annoncé que lui, pour ne pas se faire voir, irait au rendez-vous en utilisant un des petits bateaux des officiers.

Phorgas sourit, satisfait : "Le poisson entre dans la nasse !" dit-il à ses collègues.

Le soir du guet-apens tous les officiers étaient dans l'édifice du centre sportif qui surmontait leur plage. Ils révisèrent leur plan dans tous les détails, puis sortirent. Ils tirèrent tous les bateaux à sec sauf un, puis se tapirent derrière les bateaux et attendirent. Pendant ce temps Mar se préparait. Il mit une tunicelle avec capuche, sous laquelle il avait mis un sac hydrosoluble plein d'air. Puis il prit une capsule contenant une drogue qui le ferait tomber dans un coma suspendu et la mit en bouche. Puis il dit à son escorte qu'il sortait seul et, en utilisant une ceinture anti-gravité, il vola dans la nuit jusqu'à la plage.

Un espion des officiers envoya un signal pour les avertir que Mar approchait rapidement. Ces derniers, bien cachés, gardèrent le silence absolu, nerveux dans l'attente. Mar laissa la ceinture anti-gravité près du centre sportif et continua à pied vers la rive. Il était parfaitement calme, mais tous ses sens étaient tendus pour capter l'instant de l'attaque. Ce serait nécessairement à un point entre l'édifice et la rive puisque c'était le seul endroit non visible des hommes en libre sortie.

Mar avançait à pas rapides et entrevoyait les barques tirées à sec. Il comprit tout de suite que c'était le seul endroit où pouvaient se cacher ses ennemis et il passa au milieu, regardant vers le seul bateau encore à l'eau. La scène était très belle, pensa Mar, plus digne d'une rencontre d'amour que d'un guet-apens. Il continua à marcher jusqu'à entendre un sifflement.

Soudain, des ombres sombres des bateaux surgirent des ombres menaçantes qui convergeaient vers lui. Mar cria, se mit à courir vers l'édifice, trébucha, et tous furent sur lui. Il se démena en criant et, à l'instant où il sentit la piqûre de narcotique, il cassa la capsule qu'il avait en bouche. Pendant qu'il perdait connaissance il pensa : "Et si je me suis trompé quelque part, je verrai s'il existe vraiment là-haut quelqu'un de plus puissant que nous tous..."

Njeiry était tendu. Phorgas donna ordre de faire vite, parce qu'il craignait que les quelques cris de Mar aient pu attirer l'attention des soldats en libre sortie.

"Maintenant quatre suffisent, ici. Les autres retournent à leur poste de service." Ordonna-t-il.

Njeiry s'avança tout de suite : "Je veux être un des quatre !"

"Bien. Toi et toi, restez avec nous. Allons-y."

Ils soulevèrent Mar, entrèrent dans l'eau et l'immergèrent et le tenant la bouche en bas. Njeiry lui tint la tête sous l'eau. Aucune bulle d'air ne sortait et Njeiry de sentait mal : ça pourrait être le détail qui ferait tout rater et alors Mar serait vraiment tué. Enfin commença à faire surface un filet de bulles d'air, puis un grand souffle gargouillant.

"C'est fait," dit un des trois autres officiers, "il a recraché tout son air, avec son âme."

Njeiry insista : "Il vaut mieux être surs."

En fait il devait être sûr que le sac hydrosoluble soit entièrement dissous avant de le sortir de l'eau, pour qu'on n'en voie pas les restes. Il compta dans sa tête pour être sûr de faire dissoudre le sac mais de ne pas noyer Mar. Un homme en coma suspendu respire, mais avec une telle lenteur qu'on ne peut le percevoir sans une instrumentation adaptée.

Enfin ils le sortirent de l'eau et le déposèrent sur la plage. Phorgas ordonna aux deux autres officiers de détacher le bateau, de le tirer au large et de le faire chavirer. Enfin, ils prirent le "cadavre" de Mar et le portèrent jusqu'à la plus proche des villas des officiers. Sur le parcours ils croisèrent un groupe de soldats, mais personne ne dit rien.

Arrivés à la villa, après le tour de libre sortie, commença une étrange veillée funèbre faite de beuveries et de rires. Njeiry, de temps en temps, regardait Mar : il avait vraiment l'air d'un cadavre, exsangue, cireux, les lèvres violacées... et il se sentit mal. Il savait qu'il n'était pas mort, mais l'apparence était si réelle qu'elle lui donnait des frissons. Njeiry savait aussi que son cœur battait avec une lenteur si exaspérante que seul un instrument électronique adapté aurait pu le révéler. La seule preuve possible qu'il n'était pas mort aurait été un encéphalopsychographe, mais il n'y en avait pas à la Garnison.

Comme convenu, l'officier médecin fit au "cadavre" de Mar une série d'injections embaumantes pour que son corps puisse atteindre Quaryel en bon état pour les obsèques solennelles. Njeiry avait fait substituer, par un des soldats fidèles de service à l'infirmerie, toutes les fioles de liquide embaumant par des solutions nutritives, de sorte que non seulement il n'y aurait pas de dommage faits au corps de Mar mais que ça l'aiderait à supporter sans dommage la période qui l'attendait où il devrait rester en coma suspendu.

Quand tout fut prêt, Phorgas alla à l'hôtel du Commandement et fit sonner le rassemblement général. Dans la nuit partit une rafale de brefs et secs coups de sirène qui ricocha de colline en colline, de baraque en baraque. Tout le personnel se leva et laissa ce qu'il faisait et, les officiers en première file, s'aligna sur la grande place du rassemblement, illuminée comme en plein jour par de puissants projecteurs devant le Commandement.

Après le temps réglementaire, la fenêtre du bureau du Commandant s'ouvrit et Phorgas apparut.

"Officiers, sous officiers, gradés et soldats de la Garnison. J'ai une grave et triste annonce à vous faire." Tonna-t-il d'une voix métallique qui rebondit en mille sinistres échos dans la nuit ("faire... aire... aire..."). "Le Gouverneur de Ross, Mar Swooney," ("ney... ney... ney.."), "a été trouvé mort il y a une heure. Il s'est noyé par accident." ("dent... dent... dent...") "Sa barque a chaviré et malheureusement il ne savait pas nager. Personne n'était à proximité, et personne n'a pu lui porter secours." ("cour... cour... cour..."). "La veillée funèbre commencera ce soir même." ("ême... ême... ême"). "Vos officiers organiseront des tours de veille." ("eille... eille... eille...")

A ce moment arrivèrent sur la place quatre officiers portant sur les épaules le "cadavre" de Mar étendu sur un brancard de fortune. Les sous officiers ordonnèrent le garde à vous pendant que Mar était porté sur la place. On envoya alors à la Résidence chercher les meilleurs habits de Mar et son corps fut lavé, changé, maquillé puis déposé sur un catafalque improvisé. Pendant ce temps toutes les affaires de Mar à la Résidence étaient empaquetées et scellées.

Jusqu'au moment du départ du cargo le corps de Mar fut veillé à tour de rôle par plusieurs "patrouilles d'honneur". Tous les officiers embarquèrent sur le cargo pour escorter le corps du Gouverneur et assister à ses obsèques sur Quaryel.

Avant d'embarquer, Njeiry avait assigné plusieurs missions aux chefs de cellule et surtout aux trois qui étaient sous officiers. Peu après le départ le sous officier nommé par Phorgas " Vice-Commandant par intérim", convoqua une réunion de tous les sous officiers pour organiser la division du butin et l'installation de nouveaux prisonniers. Ils se réunirent à la salle de conférence du Commandement. A peine furent-ils tous dedans, les cellules secrètes se mirent en action selon les ordres reçus.

Ils encerclèrent le Commandement, firent irruption en force dans la salle et désarmèrent et arrêtèrent les quatorze sous officiers corrompus et le seul dont on n'avait aucune preuve qu'il soit corrompu ou non. Les trois restants, fidèles à Mar, assumèrent le commandement et lancèrent la deuxième phase de l'opération.

Un groupe se dirigea vers les archives et prit tous les registres de reçus de distribution de butins et les jeta à l'atomiseur de déchets. Un autre groupe entra dans les logements des officiers et sous officiers faire une minutieuse perquisition. Ils trouvèrent les microfilms du "complot" de Mar et le détruisirent, puis ils allèrent à la Résidence où ils détruisirent les originaux.

Entre temps, d'autres cellules avaient fermé l'arsenal et le gardaient de façon à ce qu'aucun soldat non fidèle à Mar ne puisse avoir de réaction armée. Tous les soldats corrompus ou incertains furent consignés à leurs quartiers et gardés par des hommes de Mar.

Puis commença l'opération "nettoyage". Tous les hommes fidèles à Mar restituèrent leur part de butin, qui fut stockée au domicile des adversaires de Mar. La part qui se trouvait à la Résidence subit le même sort. Tout cela se passa sans incident en seulement trois jours de travail. Quand tout fut conclu un des trois sous officiers envoya un message codé à la Résidence de Mar sur Quaryel : "Les responsables et les troupes de la Garnison expriment leurs condoléances et leur douleur à la disparition prématurée du Gouverneur Mar Swooney."

Sur Quaryel, la Résidence vivait des heures fébriles d'attente. Toute la planète était en émoi par la nouvelle de la mort inattendue de Mar. Teskar continuait à recevoir les traditionnels cartons blancs à marques pourpres aux bords effrangés et portant des poèmes de condoléances, envoyés par les plus hautes personnalités de Quaryel. Dans la salle de représentation de la Résidence avait été préparée une haute estrade, aux couleurs du Gouverneur, blanc et bleu, sur laquelle serait déposé le corps de Mar, entouré de fleurs coupées à moitié selon la longueur, symbole d'une mort inattendue et tragique.

Vieux entre temps était allé avec Soufflet trouver le Gouverneur Tani à qui il avait demandé que l'autopsie soit faite après les obsèques et pas avant, car telle était la volonté du défunt. Tani consulta un Eclaireur des Lois et vit qu'il était possible d'accepter. Puis Vieux et Soufflet se rendirent chez Anje ni Neto et lui demandèrent de fournir l'escorte d'honneur pour les obsèques, formée des seuls vigiles de la Famille, et qu'elle soit mise sous le commandement de Moder, qui était le meilleur ami de Mar sur Quaryel.

Ceci obtenu également, ils allèrent voir Moder. C'était la partie la plus délicate de l'opération. Dès leur entrée, Moder se leva et alla vers eux.

"Bienvenus, amis de mon ami. Elle est bien triste, l'occasion de notre rencontre. Quelle perte incroyable..."

Soufflet et Vieux s'inclinèrent : "Anje ni Moder, c'est un moment très... difficile. Mar nous a toujours dit de compter sur toi en cas de nécessité..."

Moder acquiesça : "Pour ce qui est en mon pouvoir, Citoyens, je suis à votre disposition. Mais installez-vous, je vous en prie." Dit-il et ils s'assirent tous les trois.

Vieux fouilla dans son sac, en sortit un petit pli cacheté et le tendit à Moder.

"Mar nous a dit, il y a longtemps, que s'il devait lui arriver quelque accident, nous devions venir te remettre ceci. Ecoute-le puis, s'il te plait, donne-nous ta réponse."

Moder parut surpris. Il ouvrit le pli et actionna le plasmessage qu'il contenait. La voix de Mar se fit entendre.

"Cher Moder, ce que les porteurs de ce message te demanderont c'est comme si c'était moi en personne qui te le demandait. Je te prie d'écouter et de croire tout ce qu'ils vont te dire, aussi étrange que ça puisse te paraître, et de prêter ton aide comme, en son temps, tu avais promis. A toi, affectueusement, Mar."

Moder leva le regard vers les deux vieux : "Je suis prêt à vous écouter et à... vous croire. Parlez..."

Soufflet prit la parole : "Nous avons demandé que la traditionnelle escorte armée qui accompagne un Gouverneur à l'occasion de ses obsèques soit fournie par ta Famille et menée par toi."

"Oui, mon grand-père me l'a dit. Je vous remercie pour l'honneur que..."

"Ce n'est pas un honneur, crois-moi, mais plutôt une tâche. Nous te prions de choisir tes meilleurs tireurs et de les armer non seulement de lasers de parade mais aussi de paralysateurs bien cachés..."

Moder les regarda surpris : "C'est vraiment une étrange requête que vous me faites là."

Vieux acquiesça : "Vois-tu, Anje ni Moder, Mar n'est pas mort par accident, mais victime d'une conjuration."

Moder sauta sur ses pieds : "Comment ? Avez-vous la preuve de ce que vous dites ?"

"Non, mais pendant les obsèques, les coupables se trahiront. Voilà le pourquoi de notre requête. Si tu veux qu'ils soient impunis, tu peux refuser, bien sûr..."

Moder était abasourdi.

Soufflet ajouta : "Mar savait qu'ils allaient essayer de le tuer ou de le faire tuer et il a préparé les choses de manière à ce que les coupables soient démasqués. Et tu es une pièce très importante de son plan."

"Il ne m'a rien dit..." murmura Moder, puis il retourna dans sa tête ses mots à une de leur rencontres, longtemps avant, quand il avait dit à Mar qu'il parlait comme si l'enjeu pour lui pouvait être sa propre vie, alors Moder ajouta : "Enfin, non, c'est vrai, il me l'avait dit... il m'avait averti. Même s'il avait ajouté que ce n'était peut-être pas son existence physique qui était en danger... Et bien, mes amis, je ferai ce que vous me demandez, ne serait-ce que pour découvrir les assassins. Et je vous jure qu'ils ne resteront pas impunis !"

Les deux vieux conjoints lâchèrent un soupir de soulagement : tout était prêt maintenant pour la grande scène finale. Un seul détail restait à arranger : la tradition voulait que les officiers participent aux obsèques avec leurs armes sur eux, mais il était aussi de tradition qu'elles soient déchargées. Il fallait s'assurer qu'elles le seraient bien.

Deux jours plus tard, le cargo de Ross atterrit sur Quaryel. Vieux et Soufflet, avec tout le personnel de Mar en livrée attendaient à titre personnel le corps du Gouverneur à l'astroport. Un petit cortège se forma, avec les huit officiers venus par le cargo autour de la caisse, et se rendit vite à la Résidence. La caisse contenant le corps de Mar fut déposée devant le catafalque et le personnel conduisit les officiers aux cubicules qu'on leur avait assignés, en s'excusant du peu d'espace disponible.

Pendant que le personnel installait bien le corps de Mar sur le catafalque au rez-de-chaussée, Vieux proposa aux officiers de prendre une vraie douche pour se rafraîchir. Ils acceptèrent tous. Pendant leur absence, Torich et Aldo s'introduisirent dans les cubicules et vérifièrent les armes. La seule chargée était celle de Phorgas, alors Torich remplaça le rubis du laser par une imitation en verre rouge. Ainsi le rayon qui en sortirait ne serait qu'une simple et inoffensive lumière non cohérente. Il n'y avait plus qu'à attendre le début des obsèques.

Njeiry arrivait à la limite de ses nerfs. Il continuait à regarder avec inquiétude le corps de Mar.

A un moment, il murmura à Chanul : "Tant que je ne le verrai pas se relever, j'aurai peur qu'il ne soit plus en vie..."

Chanul secoua la tête : "C'est vrai, il a vraiment l'air mort. Mais Mar sait ce qu'il fait... tu verras..."

Le lendemain, tôt le matin, Moder se présenta à la Résidence avec l'escorte, qu'il fit installer le long des murs de la salle où était le catafalque. A chaque coin de laquelle on installa deux officiers de la Garnison. Puis les portes de la Résidence furent ouvertes à tous et toute la journée ce fut une procession de personnalités et de curieux venant rendre hommage au disparu. A minuit les portes furent fermées. Le matin suivant une loge était déjà installée Place du Mémorandum pour les obsèques solennelles. A cinq heures le cortège portant le corps de Mar quitta la Résidence. Le catafalque était posé sur les épaules de quatre officiers, les quatre autres restant à leur côté pour les relever. Ils étaient entourés par l'escorte officielle. Soufflet et Vieux les précédaient en qualité de membres de la famille et tout le personnel en livrée les suivait.

Dans un long parcours, ils passèrent devant la Résidence du Gouverneur Tani où ce dernier attendait avec sa famille et son personnel. Le catafalque s'arrêta. Tani lut un poème de deuil puis, avec sa famille, ses hôtes et une représentation du personnel, il suivit le cortège. Ils s'arrêtèrent encore devant le Commandement Régional des Forces de Sécurité et enfin devant le Palais Anje, où la courte cérémonie se répéta. Le cortège atteignit ainsi sur la place, où l'attendait déjà la foule. Il traversa la place, monta sur la grande estrade et chacun prit sa place : à droite la Famille Anje, à gauche le Gouverneur Tani et sa suite et derrière la délégation des Forces de Sécurité. Au centre le catafalque, devant lui l'escorte armée de Moder et encore devant les huit officiers et au premier plan Vieux et Soufflet.

Le corps de Mar, posé sur le catafalque incliné, était visible de tous. Il était vêtu de blanc avec un linceul blanc et bleu sous lui. Soufflet et Vieux montèrent à côté du catafalque : c'était à eux de commencer la série des "déclarations de deuil". Soufflet leva la main et un grand silence s'abattit sur la place. Dans tous ces habits blancs de deuil, les seules notes de couleur étaient le bleu du linceul du catafalque, le noir des uniformes des officiers et le visage noir de Vieux.

"Je sais que c'est mon rôle de commencer, mais je sais aussi que le Gouverneur Mar Swooney aurait préféré faire commencer l'officier Njeiry Lidje. Alors je le prie de monter ici et d'ouvrir la cérémonie."

Phorgas fit une fugace grimace amusée. Njeiry monta près du catafalque, se tourna vers le corps de Mar et s'inclina profondément, lui posa une main sur la poitrine en hommage selon la tradition, en pressant avec force l'anneau injecteur qu'il avait au doigt, à la hauteur du cœur. Puis il se releva et se tourna lentement vers la place. Dans son dos Vieux avait commencé à compter à voix basse de façon à ce que seul Njeiry puisse l'entendre. Ce dernier leva une main, de l'autre il désignait le corps de Mar.

"Le Gouverneur Mar Swooney est ici avec nous (six, sept, huit). Est-il mort ? Certains espèrent que oui, d'autres souhaiteraient que non ! (onze, douze). Et bien moi, ici, sur cette place, je déclare que tous ses officiers, depuis Phorgas et Krone, ainsi que Junuel, Bister, Irruhe, Shadel et Pordy... (vingt-sept, vingt-huit, vingt-neuf) ont trahi le Gouverneur et ont fait en sorte de le tuer !"

Tous les regards convergèrent, surpris, vers Njeiry. Lequel était étrangement calme et serein, Soufflet et Vieux souriaient ouvertement. Les officiers de la Garnison s'étaient retournés dans un bond et Phorgas pointait son laser. Sur l'estrade, beaucoup avaient bondi debout, affolés. Du laser de Phorgas partit un long rayon qui s'abattit sur la poitrine de Njeiry. Moder donna immédiatement un ordre sec et ses hommes sortirent en un éclair leurs paralysateurs et les activèrent sur les officiers qui tous tombèrent d'un coup. Le laser de Phorgas s'arrêta, mais Njeiry restait debout, impassible. La place s'agitait et murmurait. (quarante trois, quarante quatre).

Moder cria : "Personne ne bouge !" et ses hommes étaient prêts à utiliser à nouveau les paralysateurs, ainsi que des fusils lasers.

Njeiry recommença à parler : "Le Gouverneur Mar Swooney avait découvert leur complot sur Ross et n'avait qu'une façon de se sauver. Heureusement il n'est pas mort et bientôt il vous l'expliquera en personne..."

Sur l'estrade il y avait eu un instant de silence, mais soudain des voix excitées éclatèrent qui couvrirent celle de Njeiry (quarante huit, quarante neuf). Les gens étaient agités et excités sur la place quand un cri monta de milliers de gorges, suivi d'un silence irréel. Mar se relevait pour s'asseoir, immédiatement soutenu par Soufflet. Sur la vaste place et sur l'estrade, plus personne ne bougeait. Mar se leva et prit le phoner que Njeiry lui tendait.

"Oui, ils ont tenté de me tuer. Mais par chance j'ai découvert leur plan à temps et avec l'aide de quelques fidèles j'ai pu me sauver et les contrer. Aussi maintenant, devant le monde de Quaryel et toute la galaxie, je les accuse de trahison, tentative d'homicide, abus de pouvoir, corruption, recel, insubordination et actes antisociaux. Je demande que soit formée une commission d'enquête mixte pour clarifier ces faits et je demande qu'ils soient jugés par le Grand Jury des Magistrats des Forces de Sécurité de l'UPO."

Puis, dans le silence lourd de tension qui continuait à peser sur la place, Mar reprit la parole un ton plus bas : "Je demande pardon à la Famille Anje, au Commandant de Rayon des Forces de Sécurité, à mon collègue Tani, Gouverneur de Quaryel, à leurs familles, amis et suites ainsi qu'à vous tous sur cette place et je vous assure que je rendrai compte jusqu'au bout de pourquoi cette mise en scène était nécessaire pour sauver ma vie."

Mar descendit des gradins du catafalque, entouré de son personnel et s'apprêtait à descendre aussi de l'estrade.

Moder cria, tourné vers Mar : "Attends-moi, nous t'escortons jusqu'à ta Résidence." Puis il se tourna vers les représentants du Commandement des Forces de Sécurité, et désigna les officiers de la Garnison inanimés : "Ces hommes sont des vôtres. Faites attention, la décharge paralysante ne durera qu'une heure. C'est à vous de les protéger de la foule et de les incarcérer en attendant leur procès."

Le Grand Commandant Général fit un signe s'assentiment et parla vite dans son communicateur de poche. Moder et ses hommes firent escorte à Mar et ses amis et les entourèrent. Les gens s'écartaient pour les laisser passer, tendant le cou et se mettant sur la pointe des pieds pour voir le jeune Gouverneur Swooney ressuscité.

Le Grand Commandant Général monta sur le catafalque vide, prit le phoner et cria : "Vous tous, présents sur la place, rentrez chez vous en ordre et dans le calme. Un contingent d'Intervention d'Urgence arrive pour arrêter les accusés. Je répète, rentrez tous chez vous dans l'ordre et la discipline."

Puis il se tourna vers les Anje et le Gouverneur Tani et les pria d'attendre que la place se vide avant de quitter l'estrade. Les gens commençaient à refluer rapidement de la grande place, pendant qu'une centaine d'Agents munis de ceintures antigravitationnelles descendaient du ciel se placer autour de l'estrade, de puissantes armes au poing. Quelques uns s'emparèrent des sept officiers inconscients et les transportèrent par air vers le Commandement. Les autres restèrent autour de l'estrade.

Dans la confusion générale et le tumulte, peu entendirent Berin ni Karuel s'exclamer amusée : "Ah, Mar est grandiose ! Vraiment grandiose ! Cette Situation est la plus épatante et recherchée jamais organisée dans toute la galaxie !"

Une fois à la Résidence, Mar fut immédiatement examiné avec soin par un Médecin qui le trouva en plutôt bonne condition physique, mais lui conseilla une cure reconstituante, quelques jours de repos et quelques exercices physiques.

Dans les jours qui suivirent, Mar se rendit chez les Anje, chez Tani et au Commandement des Forces UPO pour raconter la version officielle des faits, celle qu'il soutiendrait aussi au procès, et qui démontrait qu'il n'avait d'autre choix que ce spectaculaire coup de théâtre pendant les obsèques pour être sûr de pouvoir revenir sain et sauf sur Quaryel. Il demanda encore pardon, un pardon que tous lui donnèrent sans réserve et tous le traitèrent avec grands égards.

Finalement le procès commença. Mar, après avoir présenté l'accusation, exposa d'abord les faits. Il raconta comment, après la condamnation de Biker et ses complices, il était retourné sur Ross faire quelques enquêtes. Il y avait découvert divers abus et violations des lois, commis par tous les officiers et sous officiers nommés par Biker, fit-il remarquer. Mar raconta que, ayant découvert les graves abus commis envers les exilés, le vol des biens que la loi les autorisait à emporter en exil et les dégradantes pratiques sexuelles, il avait réuni les officiers et les avait mis face à leur responsabilité, et invités à démissionner s'ils ne voulaient pas être dénoncés, dégradés et condamnés.

Mar continua son récit en disant que les officiers avaient feint d'accepter sa proposition, mais l'officier Njeiry Lidje, qu'il avait fait en sorte d'infiltrer parmi eux, découvrit leur dessein et l'en avait averti qu'en fait ils s'organisaient pour l'assassiner. Dans un premier temps Mar avait pensé retourner sur Quaryel et les dénoncer, mais il avait compris que les officiers ne le laisseraient pas quitter Ross en vie. Aussi, avec l'aide de Njeiry et de trois sous officiers honnêtes, il avait tout organisé pour faire croire aux officiers qu'ils l'avaient bien tué. Il avait pu tout préparer parce que les officiers ne soupçonnaient pas Njeiry qui sut donc où et comment devrait arriver le faux accident.

Quand Mar eut terminé, un Eclaireur des Lois prit la parole au nom des officiers incriminés. La défense se fonda sur le fait que Mar aussi était corrompu, puisqu'il avait toujours eu sa part du butin, et qu'il avait monté tout cela avec la complicité de l'officier Njeiry qui, étant son amant de notoriété publique, était également son complice, dans le seul but de faire condamner les officier et de se garder tout le butin. Ils firent valoir qu'aucun officier n'avait cherché à attirer Mar au lieu du présumé guet-apens et que si certains d'eux avaient pu prendre quelque liberté avec quelque exilé, d'ailleurs consentants, Mar avait profité de son rang pour prendre de bien autres libertés avec les soldats, des hommes libres, contraints à satisfaire ses désirs.

Après un débat serré les Magistrats décidèrent d'attendre le retour de l'enquête de la commission spéciale, formée d'experts du Commandement UPO, de la Famille Anje et d'autres nommés par eux, aller chercher des preuves sur Ross.

A son retour, la commission exposa les résultats de son enquête. D'abord, il avait été trouvé au Centre de Communications l'enregistrement d'une conversation vidéophone entre Phorgas et Mar, que les données électroniques dataient de l'après-midi avant le présumé guet-apens. L'enregistrement fut projeté sur l'heure devant les Magistrats.

(Visage de Phorgas et voix d'un soldat hors champ) "Résidence du Gouverneur."

(Voix de Phorgas) "Appel en ligne fermée du Vice-Commandant Phorgas pour le Gouverneur."

(Voix du soldat) "Reste en ligne, Vice-Commandant."

(Silence, puis voix de Mar) "Oui, Phorgas, j'écoute."

(Phorgas) "Gouverneur Swooney, nous sommes tous d'accord."

(Mar) "Laquelle des alternatives avez-vous choisie ?"

(Phorgas) "La première... il ne nous reste rien d'autre à faire."

(Mar) "Vous acceptez donc de signer vos démissions ?"

(Phorgas) "Oui, bien sûr."

(Mar) "Tous les officiers et les sous officiers ont accepté ?"

(Phorgas) "Tous les officiers. Nous n'en avons pas encore parlé avec les sous officiers."

(Mar) "Peu importe, je m'occuperai d'eux après. Alors venez tous les huit à la Résidence signer votre lettre de démission."

(Phorgas) "Non, nous préférerions que ce soit toi qui vienne ici, au centre sportif des officiers."

(Mar) "Bien, je viendrai avec mon escorte."

(Phorgas) "Non, incognito. On préférerait que tout ça reste entre nous."

(Mar) "Sincèrement, je n'en vois pas la raison..."

(Phorgas, dur) "Mais notre dignité d'officiers..."

(Mar) "Dignité ? Quelle dignité ? Vous en avez encore ?"

(Phorgas, dur) "Alors, tu acceptes ?"

(Mar) "J'y penserai. Quand devrais-je venir ?"

(Phorgas) "Tout de suite irait, nous t'attendons."

(Mar) "Pas tout de suite, j'ai à faire."

(Phargas) "Ce soir alors, puisque demain tu dois partir."

(Mar) "C'est possible."

(Phorgas) "Nous restons là à t'attendre, Gouverneur. Cet après-midi s'écoule..."

(Mar) "Cet après-midi s'écoule, Citoyen Phorgas !"

(Expression surprise de Phorgas au terme utilisé par Mar dans son salut final. Fin de l'enregistrement.)

Phorgas s'insurgea, clamant que l'enregistrement était un faux. La Commission d'enquête fit valoir que les analyses réalisées n'apportaient aucune preuve que ce soit un faux ni qu'elle soit authentique.

Puis la Commission exposa certains faits vérifiés sur Ross et les dépositions signées, y compris par le personnel aux arrêts. Parmi ces nombreux témoignages, certains neutres, d'autres en faveur de la thèse de Mar, certains, peu et irrecevables, en faveur de celle des officiers, certains furent jugés fondamentales par le Jury des Magistrats.

1) Etait confirmée l'existence du bruit que Mar avait contraint des soldats à avoir des relations sexuelles avec lui, mais chaque soldat nommé comme sa victime avait catégoriquement démenti les faits.

2) L'officier Médecin avait retiré de l'infirmerie des doses d'embaumement la veille de la mort présumée de Mar.

3) Certains soldats avaient entendu des appels à l'aide de Mar provenant de la plage réservée aux officiers.

4) Au moment du présumé accident arrivé à Mar tous les officiers étaient dans la zone du Centre Sportif, ce qui était inhabituel, puisqu'au moins quatre d'entre eux auraient dû être en service.

5) De nombreux soldats avaient reçu de leur gradé le conseil de ne pas accepter la répartition du butin "parce que le Gouverneur ne l'approuve pas et fera bientôt le ménage".

Ce qui plus que tout fit pencher le verdict en faveur de Mar fut le retrait de l'embaumement avant sa mort présumée. Et les sept officiers furent tous condamnés à l'exil sur Ross. Après quoi Mar dégrada puis licencia les quatorze sous officiers restés sur Ross, beaucoup des soldats les plus corrompus, et enfin s'affranchit des derniers employés civils qui restaient encore au Bureau, en se réservant de reconstruire au plus vite les organisations.


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