Nicolas réveilla Gilberto en l'embrassant. Ce dernier ouvrit les yeux et lui sourit.
"Viens à la cuisine, mon amour, le petit déjeuner est prêt." dit Nicolas.
"Je ne t'ai pas entendu sortir du lit... tu t'es levé tôt ?"
"Un peu. J'ai révisé une heure, puis j'ai fait le petit-déjeuner. Tu viens ?"
"A quelle heure tu rentres de la fac ?"
"Ça dépend de quand je passe. Mais je suis dans les premiers de la liste, je devrais être passé avant le déjeuner... du moins j'espère."
"Dès que tu es passé, tu m'appelles pour me dire comment ça a été, mon amour ?"
"Seulement si je m'en sors bien." dit-il avec un sourire espiègle.
"Mais bien sûr que tu vas bien t'en sortir ! Allez, il faudra aller fêter ça. Je t'emmène dîner au restaurant."
"Où ?"
"C'est une surprise... tu verras."
Après le petit déjeuner ils s'habillèrent, se dirent au revoir et Gilberto partit pour la banque et Nicolas pour la fac. A une heure il appela son amant au bureau.
"Gil ? Ça s'est bien passé."
"Combien ?"
"Trente, et les félicitations du jury."
"Et tu te demandais si ça irait bien !"
"J'ai eu une veine de cocu : on ne m'a interrogé que sur ce que je connaissais le mieux..."
"Tu rentres tout de suite à la maison ?"
"Je vais d'abord casser la croûte au bar avec les copains, puis je rentre. Mais je serai à la maison quand tu rentreras du travail."
"Je compte dessus. Parce qu'avant le restaurant, je voudrais fêter ça autrement."
"Comment ?" demanda Nicolas tout en comprenant très bien les allusions de son amant.
"D'une façon dont je suis sûr qu'elle te plaira sacrément !" répondit Gilberto, hilare.
"Je parie que tu vas m'offrir une pâtisserie bourrée de crème !" dit Nicolas.
Après quelques autres plaisanteries ils se dirent au revoir.
Quand Gilberto rentra, Nicolas l'attendait assis au séjour, il lisait un livre et écoutait un peu de musique.
"Salut, mon amour !" dit Nicolas.
"Enfin à la maison. Tu sais, j'ai vraiment besoin de prendre une bonne douche..."
"Moi aussi..." dit Nicolas et il posa son livre et vint l'embrasser.
Ils s'embrassèrent, allèrent dans leur chambre, se déshabillèrent et passèrent sous la douche. Ils se savonnèrent l'un l'autre et vite leurs corps excités furent pleins de désir. Ils se frottèrent l'un à l'autre, se caressèrent, s'enlacèrent, se rincèrent, s'embrassèrent, se séchèrent et coururent presque se coucher, les membres entrelacés sur le lit, ils brûlaient d'envie de faire l'amour.
"Gil ?"
"Oui, mon amour ?"
"Tu ne te lasseras jamais de moi ?"
"Si, bien sûr, mais seulement le jour où j'en aurai assez de vivre !"
Ils s'embrassèrent encore et Nicolas s'offrit à son amant qui le prit avec sa vigueur et sa tendresse habituelles. Pendant que Gilberto le prenait ils continuaient à s'embrasser et à caresser leurs corps nus dans un crescendo de magnifiques sensations.
Gilberto se perdait dans les yeux purs et lumineux de son amant, ils se souriaient, heureux, et savouraient les vagues croissantes de plaisir qui faisaient vibrer leurs corps tendus de recevoir et donner du plaisir. Ils exprimaient à nouveau leur amour mutuel de tout leur corps, dans l'éternel désir de se fondre, que leurs corps ne fassent plus qu'un comme déjà l'étaient leur cœur et leur âme.
Et finalement ils atteignirent le sommet du plaisir, un orgasme à la fois fort et très doux, ils gémirent à l'unisson l'intensité de la joie qui accompagnait l'explosion de leur plaisir.
Ils se détendirent en restant étroitement enlacés et ils se murmuraient de doux mots d'amour.
Plus tard ils se rhabillèrent, Gilberto prit sa voiture et emmena Nicolas au restaurant, comme promis, pour fêter la réussite de son dernier examen.
Ils venaient de commander quand entrèrent dans le restaurant Carlo et sa femme Marilena, la sœur de Silvia. Ils reconnurent tout de suite Gilberto et s'approchèrent de leur table pour leur dire bonjour. Gilberto leur présenta Nicolas puis les invita à s'asseoir à leur table pour prendre l'apéritif.
Marilena dit : "Gilberto... tu es très gentil de nous accepter à ta table, après ce que t'a fait Silvia..."
"Ah, vous êtes au courant ?" demanda Gilberto, un peu surpris.
"Oui, nous sommes au courant... Nous sommes contents de te rencontrer, parce que nous tenions à te dire combien nous condamnons le comportement de ma sœur... Tu sais, nous n'en avions pas la moindre idée... nous ne savions rien, jusqu'à l'été passé où Carlo et moi sommes allés en Belgique pour les vacances, revoir mon frère Angelo..."
"Ah, Angelo... Comment va-t-il ?" demanda Gilberto.
"Mieux, maintenant. Tout compte fait il a bien fait de s'en aller... Il a réussi à surmonter ce que Silvia lui a fait... Angelo nous a mis au courant... Silvia n'avait aucun droit de se mettre entre vous, de faire du mal à Angelo et à toi... Maintenant Angelo a enfin surmonté le traumatisme... il a un copain, là-bas en Belgique, ils vivent ensemble et grâce à ce garçon Angelo retrouve son équilibre et sa sérénité..."
"Ça me fait plaisir..." murmura Gilberto.
"Nous sommes rentrés en Italie furieux contre Silvia et nous l'avons affrontée... j'ignorais que ma sœur était une telle vipère... Nous nous sommes disputés et elle a craché tout son venin, elle nous a aussi dit ce qu'elle t'a fait pour se venger de ce que tu ne veuilles plus entendre parler d'elle... Je ne pense pas que cela puisse te compenser du mal que Silvia t'a fait, mais après cette dispute, Carlo et moi avons rompu à jamais avec ma sœur. Nous ne voulons plus en entendre parler..."
"Elle a essayé de me faire du mal, oui, mais elle n'y est pas arrivée... Et je crois vraiment qu'elle ne pourra plus nuire ni à moi ni à mon Nicolas." dit Gilberto, tranquille.
"Ça me fait plaisir, Gilberto. Voilà, nous voulions te dire cela mais nous ne savions pas comment te trouver, ton ancien numéro de téléphone ne répond plus..."
"En fait maintenant Nicolas et moi vivons à Novara."
"Quoi qu'il en soit, nous sommes vraiment contents de t'avoir rencontré ce soir. Et de tout cœur nous vous faisons tous nos vœux de bonheur. Nous avons réservé une table, bonne soirée à vous deux." dit Marilena en se levant.
Ils se levèrent tous, se serrèrent la main et se séparèrent.
A nouveau seuls à table, Nicolas dit à voix basse : "Bien, je suis content que Silvia se soit fait dire ses quatre vérités par sa sœur."
"Moi je m'en fiche. Celle qui ne sait pas aimer ne peut pas avoir une belle vie, elle crée son enfer toute seule. Néanmoins, je suis content qu'Angelo s'en sorte."
"Tu aimerais le revoir ?"
"Non. Désormais Angelo n'est qu'un chapitre de mon passé, un petit chapitre... Toi par contre tu es mon présent, un magnifique présent, et aussi mon avenir."
Cela faisait maintenant près d'un an qu'ils étaient à Novara, ils étaient bien installés et Nicolas était proche de son diplôme. Ses rapports avec sa famille, sans être revenus à la normale, s'étaient un peu améliorés, parfois Nicolas et ses parents se parlaient par téléphone.
A l'approche des fêtes de fin d'année, la Caisse d'Epargne organisa, comme tous les ans le déjeuner de Noël des cadres dirigeants. Gilberto ne tenait pas trop à y aller, mais la tradition lui en faisait presque obligation, aussi fit-il contre mauvaise fortune bon cœur.
Après le déjeuner, le président fit signe à Gilberto d'approcher. Le premier alluma un cigarillo et conduisit Gilberto à un petit salon.
"Docteur Ferri, j'aimerais échanger deux mots avec vous..."
"Bien sûr, de quoi s'agit-il..."
"Tout d'abord... Comme vous le savez, la conseillère Rachele Chiesa a décidé de prendre sa retraite pour raisons de santé et d'âge. Il nous faudra la remplacer. Avant de proposer mon candidat, je voulais vous demander si vous seriez disposé à assurer cette charge..."
"Moi ? Je suis honoré, croyez-moi, honoré et flatté que vous ayez pensé à moi, mais... certains collègues ont plus d'ancienneté que moi..."
"Docteur Ferri, l'ancienneté n'est pas tout. A mon avis vous êtes la personne la plus apte, parmi tous nos cadres, à assurer cette fonction. Mais avant de vous proposer, je voulais savoir si vous seriez disposé à accepter le poste..."
"Si vous pensez que je suis en mesure d'assurer ce rôle... je me fie à votre jugement et je vous remercie pour l'estime et la confiance que vous me manifestez..."
"Toutes deux plus que méritées. Bon. Passons au second sujet. Peut-être savez-vous que j'ai un neveu, auquel je tiens, David, sur lequel j'ai reporté toute mon affection et mes espoirs après la mort tragique de mon fils, il y a dix ans... David a créé une société de prêt à porter qui marche très bien et travaille pour la haute couture italienne et française. Et bien, il y a quelques mois mon neveu m'a informé qu'il était fiancé... et la semaine dernière il m'a fait rencontrer sa fiancée.
"Il m'a présenté une fille belle et élégante... que vous connaissez bien : Silvia Taccone. A cet instant je me suis demandé où j'avais déjà entendu ce nom, et je me suis souvenu que vous m'en aviez parlé. J'ai demandé à ces jeunes gens de m'excuser un instant et je suis allé à mon bureau, où je garde tous mes papiers confidentiels, et j'y ai retrouvé les notes sur notre conversation ainsi que la lettre anonyme que cette jeune femme m'avait envoyée à l'époque.
"Je les ai rejoints et j'ai demandé à la jeune femme si elle se prêterait à un jeu de société : je lui dicterais un texte qu'elle écrirait sur une feuille blanche, et je devinerais à son écriture des détails sur elle... Elle est tombée dans le panneau. Alors j'ai commencé à lui dicter la lettre anonyme qu'elle m'avait envoyée...
"Dès les premières lignes elle s'est arrêtée et elle a blêmi. Alors j'ai pris la feuille où elle écrivait, je l'ai comparée à la lettre anonyme et j'ai vu que l'écriture, comme je m'y attendais, était la même. En résumé d'une longue histoire, j'ai dit à mon neveu quelle personne perfide, avide et mesquine était sa Silvia et je l'ai invité à rompre aussitôt ces fiançailles, et j'ai ajouté que je ne pourrais plus continuer à l'aider financièrement s'il épousait quelqu'un d'aussi évidemment intéressé par son seul argent...
"Mon neveu m'a toujours fait confiance, peut-être même plus qu'à son propre père, et il m'a donc donné raison. Aussi mademoiselle Taccone a-t-elle été gentiment, mais sur-le-champ, mise à la porte.
"Voilà, je tenais à vous raconter cette petite anecdote : comme vous le voyez, qui sème le vent récolte la tempête, mon cher docteur Ferri..."
Une fois rentré, Gilberto raconta aussi à Nicolas cette seconde gifle que Silvia avait pris de la vie.
Nicolas dit, joyeux : "Super, je suis vraiment content que Silvia se soit fait encore une fois remettre à sa place."
"Le président a précisé que qui sème le vent récolte la tempête... il n'est pas certain que ce soit toujours le cas, mais là, on dirait bien que ça a été le cas..."
Puis Gilberto parla à Nicolas de sa quasi certaine promotion.
"Quand sauras-tu si tu es nommé Conseiller ?" lui demanda Nicolas, excité.
"Après nouvel an, je pense, vers la mi-janvier. Mais qu'y a-t-il, ça t'excite d'être l'amant de quelqu'un d'important ?" lui demanda Gilberto avec un sourire gentiment ironique.
"Non, Pour moi tu es déjà quelqu'un de très important, rien ne pourrait te rendre plus important. Et tu resterais très important même si tu étais un traîne-misère ou un mendiant... Mais je suis content que d'autres reconnaissent ta valeur."
"Si je suis nommé Conseiller, mon salaire augmentera méchamment, nous pourrions nous acheter un plus bel appartement..."
"Gil, si tu en as envie, moi ça me va. Moi je n'en ressens pas le besoin, tu sais que je serais bien n'importe où, avec toi..."
"La seule chose qui manque chez nous c'est une chambre d'amis. Tu vois, par exemple j'aurais aimé inviter Céline à venir nous voir..."
"Oui, moi aussi j'aimerais qu'elle vienne chez nous... Bon, alors on va chercher autre chose."
"Et puis, Nicolas, il y a un autre sujet dont je voulais te parler. En Juillet l'an prochain tu auras ton diplôme. As-tu déjà pensé à ce que tu aimerais faire une fois diplômé ?"
"Pas vraiment. Enfin, le plus simple et le plus classique serait peut-être de devenir prof de lettres dans une école..."
"Tu as envie de devenir enseignant ?"
"Pas spécialement, mais ça ne me déplairait pas."
"Mais sinon, qu'est-ce que tu as toujours rêvé de faire, 'quand tu serais grand' ?" lui demanda Gilberto en souriant.
"Quand je serais grand... Et bien, j'ai rêvé de fonder une maison d'édition spécialisée dans les textes de thématique gay, des romans ou des essais, avec une revue, peut-être mensuelle, sur le même thème... mais quelque chose qui puisse aussi intéresser les non gays, tu vois ? Qui d'une part donne un espace à des textes émergeants ou des traductions de littérature étrangère, classique ou moderne... et aussi qui réédite des textes introuvables sur le marché... des livres qu'il serait plaisant d'avoir dans sa bibliothèque et agréables à feuilleter, lire et consulter..." dit Nicolas avec un enthousiasme grandissant.
"L'idée me semble merveilleuse. Pour une telle initiative il faudrait d'abord réunir un staff de gens biens, puis tu pourrais démarrer. Tu sais que les fonds nécessaires ne seraient pas un problème. Moi aussi j'aimerais que tu puisse lancer un truc de ce genre. Pourquoi ne te mets-tu pas à y penser sérieusement ?"
"Mais tu.. m'aiderais ? Enfin, pas que financièrement ?"
"Bien sûr, même si j'aurai aussi mon travail à assurer, mais à la maison on en parlerait et je pourrais te donner mon soutien, mes idées et mes conseils, si j'en suis capable. Alors, Nicolas, qu'en dis-tu ?"
"Ce serait merveilleux..."
"Ce sera merveilleux, mon amour."
"Et j'aimerais l'appeler 10%, tu en penses quoi ?"
"Le nom est sympathique, comment t'est-il venu ?"
"Et bien, on dit que les gays nous représentons dix pour cent de la population, alors..."
"Alors qu'il en soit ainsi. Mettons-nous-y, mon amour, l'idée m'enthousiasme moi aussi..."