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histoire originale par Andrej Koymasky


pin LE JOURNAL D'ALAIN 14e PARTIE

Vendredi 14 Juin 74

Je me demande comment ils ont pu faire, Chris et Babette, pour préparer leur mariage en si peu de temps. Il y a mille et une choses à penser, à préparer, à prévoir. Et pourtant, nous avons déjà un logement confortable et meublé. Jac, pour la cérémonie, veut louer une salle dans un château. Je lui ai dit que je ferais plutôt ça au fond d'un bois, dans la nature. A la fin, nous avons décidé de faire la cérémonie dans le parc du château, et la fête dans la salle. Maintenant, il nous reste à trouver le bon endroit. Je lui ai dit que je voulais un petit château, pas trop tape-à-l'œil. Il pense que, dans les environs, nous pourrions louer des chambres pour tous nos invités, de sorte que ça soit pour eux une sorte de petites vacances. Ça me paraît trop luxueux, je voudrais quelque chose de plus simple. Jac m'a dit qu'il ferait comme j'aime, et de lui faire confiance.

Et puis nous avons fait la liste des invités. J'aurais aussi voulu avoir tous mes petits frères, mais je pense qu'il vaut mieux pas. Ils sont encore trop jeunes pour comprendre, et j'ai peur de leur mélanger les idées. Enfin on a décidé d'inviter une douzaine de personnes.

Et puis on doit décider comment s'habiller, quel type de costume faire faire pour la cérémonie. Juste pour rire, je lui ai dit d'oublier l'idée de me voir en blanc et il m'a regardé tout ahuri, "Sûrement pas, tu n'es pas une femme ! !" et moi, très sérieux, "C'est pas le problème, c'est que je ne suis... plus vierge." Et on a éclaté de rire. Nous avons décidé de nous habiller élégamment, pas trop formels, mais quelque chose d'un peu spécial. J'espère trouver un bon modèle. Nous irons chez un styliste, et nous lui dirons que nous nous marions le même jour, lors de la même cérémonie, et que donc nous voulons quelque chose de différent, mais d'assorti.

Et donc, à décider ci, à discuter ça, à tout préparer, je pense que fin août devrait être le bon moment.

Lundi 24 Juin 74

Les invitations sont parties. De simples cartes écrites à la main, "Comme vous le savez, nous deux, Alain et Jean-Luc, nous sommes amoureux depuis un moment. Nous désirons donc célébrer notre union dans une cérémonie privée où nous échangerons nos anneaux et nous promettrons un amour réciproque. Nous espérons vous avoir parmi nous." Et puis la date, notre adresse à Paris, et une invitation à répondre. Comme nous n'avons pas encore trouvé le bon endroit, le rendez-vous est chez nous, et nous en partirons tous ensemble.

Mardi 2 Juillet 74

Hier après-midi, Jac m'a conduit à l'endroit qu'il a trouvé. C'est charmant. C'est un ancien petit château, perdu au fond d'une vaste forêt, baigné par une rivière, à un peu moins de cent kilomètres de Paris. Le château a été transformé en hôtel, mais sans le défigurer, avec 11 chambres, et aussi un restaurant. Jac l'a loué, pour toute la période du 20 au 27 août, comme ça, pendant cette semaine, il ne sera utilisé que par nous et nos invités. Nous avons aussi choisi le menu pour le déjeuner après la cérémonie. Comme on ne peut pas leur dire que c'est un mariage, nous avons annoncé une cérémonie privée d'anniversaire, et nous leur avons demandé de mettre en place, le 22, dans une clairière du parc, une petite table et un demi-cercle de chaises, et d'entourer le tout de pots de fleurs rouges. Le gâteau sera carré, une seule couche, tout couvert de crème fouettée, et donc tout blanc, et au milieu les lettres "A+J" en grains de sucre rouge et la date en sucre d'or...

Mercredi 10 Juillet 74

Aujourd'hui, nous avons choisi les costumes. Il portera un smoking fait de soie sauvage gris perle avec un nœud papillon et une large ceinture de soie bleu clair. La chemise sera en soie blanche, avec deux fines lignes de dentelle le long de la rangée de boutons, et puis le pantalon de la même soie que la veste, juste un peu plus foncé, comme le col du smoking. Pour moi, par contre, pantalon de frac sans veste et gilet ouvert, sans boutons, fait de soie glacée, grise, à mi-chemin de la veste de Jac et de son pantalon. Sous le gilet, j'aurai une chemise de soie mate blanche, avec un jabot de dentelle et des manchettes. Nous porterons des chaussures identiques en veau gris sombre. Et nous aurons tous les deux une rose blanche à la boutonnière; J'aime ces costumes. L'un dans l'autre, ils sont vraiment élégants et les couleurs et les habits s'harmonisent parfaitement ensemble. Ils seront prêts pour mi-août et il faudra deux ou trois essayages. Le tailleur a demandé comment les mariées seraient habillées, et nous avons répondu que nous n'en avions pas la moindre idée, et nous avons failli éclater de rire. Le styliste nous a dit que les couleurs et les vêtements que nous avions choisis iraient avec tout ce que les mariées choisiraient. Jac, très sérieux a répondu, "Il n'y a aucun doute là-dessus."

Vendredi 19 Juillet 1974

Ils ont tous déjà répondu et tout le monde sera là. Alors, nous leur avons renvoyé par retour la date et l'adresse exacte du château avec une simple carte montrant comment y aller en voiture, et pour chacun, le numéro de la chambre qui leur est réservée. Pour ceux qui viennent en train, il y aura une voiture de l'hôtel à la gare. Dieu, je suis vraiment excité et ému.

Ainsi, la chambre 10 est pour Jean-Marc et Manuel, qui jouera de la guitare durant la cérémonie, un truc qu'il a composé spécialement pour nous, la chambre 11 pour Thérèse et Pierre, la 12, avec un lit simple pour Charles, le fils de Philippe, la 13 pour Chris et Babette, puisqu'ils ne sont pas superstitieux, la chambre 14 pour les parents de Jac, la 15 pour Patrick et Gervais, la 16 pour Philippe et Robert, la 17 pour Dominique et Andrew, la 18, chambre simple pour Herman, la 19 pour nous et la 20 reste libre.

Dimanche 28 Juillet 1974

Hier et aujourd'hui, nous sommes allés voir Pierre, le seul parent de Jac, à part ses parents, qui sache pour nous deux, et sa femme Thérèse. Ils m'ont reçu de manière très sympathique. Pierre a quarante-et-un ans et Thérèse quarante-cinq. Chez eux, j'ai aussi rencontré Herman, un garçon allemand gay de vingt-trois ans, l'amant de leur fils Jérôme, qui fait son service, et qui n'a malheureusement pas pu avoir de permission pour notre cérémonie.

J'ai été réellement impressionné par le fait que les parents savent que Herman est l'amant de leur fils et qu'ils le gardent chez eux comme un proche. Au fond, c'est logique, mais je pense que c'est quelque chose de vraiment rare. Pierre est quelqu'un d'assez quelconque, un peu lourd, mais il a bon cœur. Sa femme, au contraire, est vraiment aimable et avenante. Herman travaille à l'aéroport Charles de Gaule comme technicien radar. C'est un garçon timide, mince, et il ne parle que de son Jérôme et de combien il lui manque. Je peux le comprendre. Il m'a dit qu'ils se sont connus quand Jérôme avait seize ans et lui dix-neuf. C'est Jérôme qui lui a fait comprendre qu'il était gay, qui l'a "séduit" et l'a persuadé de se mettre ensemble. Depuis ils ont toujours vécu ensemble, chez les parents de Jérôme. Ils ont toujours fait l'amour là, dans la maison des parents, depuis la deuxième ou troisième fois. Herman venait d'arriver d'Allemagne avec une bourse d'étude, et comme Jérôme, il est passionné d'art, et ils se sont rencontrés au Louvre, où ils admiraient tous les deux des statues d'athlètes grecs nus. Ils se sont revus et comme j'ai dit, Jérôme avait "séduit" Herman. Quand le garçon a dit à ses parents qu'il voulait vivre avec Herman, ils ont voulu le rencontrer, ils se sont plu et ils l'ont accueilli chez eux et ils ont acheté un lit double pour les garçons !

Alors je lui ai demandé si, quand Jérôme l'avait séduit, il n'avait que seize ans, depuis quand il savait qu'il était gay ? Herman m'a dit que le garçon avait eu sa première expérience à treize ans, avec un Algérien de dix-sept qui faisait le nettoyage du gymnase que fréquentait Jérôme, et après ça, il avait assouvi ses pulsions avec plein d'hommes et de garçons. Mais après qu'il soit tombé amoureux de Herman, il lui était devenu complètement fidèle. Pour Herman, au contraire, Jérôme est le seul et unique avec lequel il ait fait l'amour. Il m'a dit en rougissant un peu que Jérôme avait dû tout lui apprendre...

Je lui ai alors demandé comment ils faisaient, pendant cette séparation forcée. Herman a encore rougi, encore plus qu'avant, et m'a expliqué que parfois, Pierre l'emmène dans sa voiture pour voir Jérôme quand il a une demi-journée de permission, loue pour eux une chambre d'hôtel et part se promener, et puis il repasse le prendre à l'heure où Jérôme doit rentrer dans sa caserne. Ça ne leur suffit pas vraiment, mais c'est mieux que rien, et puis son homme aura fini son service dans quatre mois.

Je jure que je n'ai pas fini d'être étonné. Herman appelle Pierre et Thérèse, Papa et Maman...

Jeudi 1er Aout 74

Aujourd'hui, près de la Mairie du 18ème arrondissement, j'ai rencontré Guy, le photographe. Il m'a reconnu et appelé, et il est venu me saluer. On a bavardé un moment, et au bout d'un moment je lui ai dit pour le mariage. Je l'ai vu tellement enthousiaste que j'ai décidé de l'inviter aussi, comme la chambre 20 est encore vide. C'est une chambre double, alors il a dit qu'il viendrait avec Albert, son compagnon, et comme cadeau de mariage, ils feront le reportage photo.

Il m'a demandé des nouvelles de Claude et je lui ai expliqué que je ne pouvais pas inviter Claude, même si j'en suis désolé. Le studio de Guy n'est pas loin de là, alors il m'y a conduit. Il m'a montré les photos qu'il prend, des hommes nus, et il m'en a donné que j'ai beaucoup aimées.

Et puis il a dit qu'il aurait aimé refaire l'amour avec moi, mais je lui ai dit que ça n'était pas possible. Je lui ai expliqué que ma relation est absolument "fermée" sur un choix partagé entre Jac et moi, même si nous n'en avons jamais parlé de manière explicite. C'est juste que j'aime trop mon Jac, et qu'il n'y a pas de place pour d'autres dans mon cœur et encore moins dans mon lit. Il n'a pas insisté et il m'a fait tous ses compliments.

Vendredi 16 Août 1974

Nous sommes presque arrivés. Je suis tellement excité. Jac aussi. Même si nous vivons déjà ensemble, nous avons compris que cette cérémonie, pour nous et nos relations, serait fondamentale. On va s'engager ensemble, devant nos familles et nos amis. Ça n'était pas nécessaire, mais c'est beau de le faire.

Aujourd'hui, j'ai eu une bonne idée. J'ai trouvé ce que j'allais faire comme cadeau de mariage à Jac.

J'ai toujours écrit dans ce journal en me cachant des autres, même de mon Jac. Ce n'est pas bien de continuer à me cacher de lui. Il doit tout savoir de moi, je ne veux aucun secret entre nous, il ne doit pas y en avoir. Je lui dis toujours tout ce que je pense, tout ce qu'il m'arrive, tout ce que je fais. Ça n'a plus de sens de l'écrire ici, et encore moins de le lui cacher.

Alors, adieu, mon journal. Tu représentes une part importante de ma vie, mais ta tâche se termine. Le 22 de ce mois, Jac et moi nous marierons. Toi, mon journal, seras mon plus important cadeau à cette occasion, et tu ne seras plus à moi. Alors je te quitte, je n'ai plus besoin de toi pour ouvrir mon cœur, j'ai Jac.

J'ai commencé à écrire le jour de mes 16 ans, il y a trois ans et demi. Je te quitte le jour où je vais m'engager devant ceux qui m'aiment à appartenir à mon amant, avec tout ce qui m'appartient, donc toi aussi.

*** ***

Et voilà, je viens de te relire de la première page à la dernière. Oui, tu es une part importante de ma vie, alors je vais te donner à Jac.

J'écrirai encore un truc, quand je te donnerai à Jac, face à face. Et alors, je serai totalement nu devant lui, pas seulement et uniquement physiquement, mais de toute mon âme.


Samedi 22 Aout 1974
10 h 30

DANS QUELQUES INSTANTS
NOUS SERONS UNIS A TOUJOURS
DEVANT CEUX QUI NOUS AIMENT

JE T'AIME JAC
MON UNIQUE
GRAND
AMOUR


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